VII
De l’action combinée des antiseptiques et de la chaleur sur la virulence du micrococcus septieus puerpéralis.
Suffisamment édifié sur la façon dont agissaient certains antiseptiques eu présence de nos bouillons de culture simplement ensemencés, nous avons voulu expérimenter quelle serait leur action sur des cultures achevées.
Ce n'était plus alors qu'une action de contact prolongée pendant un certain temps. Nous avons choisi l’espace d'une heure, et nous avons ajouté des températures variées comme adjuvant des antiseptiques.
Dans ce but, ayant sounmus à l'étuve à 150° un certain nombre de petits tubes de verre appelés vulgairement tubes homéopathiques, je déposai dans quatre d'entre eux avec des pipettes flambées et exactement graduées, un demi-centimètre cube de culture faite dans le bœuf salé (culture reconnue très active).
J’ajoutai ensuite à chacun de mes quatre tubes ainsi préparés un demi-centimètre cube d’une solution de sulfate de cuivre à 6/00.
Ceci fait, un tube fut laissé pendant une heure à
OT Le la température ambiante, c'est-à-dire — 17. Quant aux trois autres, je les portai dans trois étuves différentes, très exactement réglées :
La 1° à + 35.
La & à + 42.
La 3° à + 52.
Les mélanges furent également soumis pendant une heure à ces différentes températures, retirés desétuves et subitement refroidis, afin que la chaleur ne prolongeât pas sur eux son action.
Quatre lapins furent aussitôt moculés dans le péritome, avec cinq gouttes de chacun de nos mélanges traités comme il est dit plus haut pendant l’espace d’une heure.
Tous ont paru d'abord résister à l’moculation. Mais deux d’entre eux, morts trois semaines après linoculation, ne présentaient pas trace de lésion puerpérale. Vraisemblablement, leur mort était due à une cause étrangère à l’inoculation. De sorte que, même à la température de 17°, le sulfate de cuivre a détruit le virus au bout d’une heure. Conséquemment, cet antiseptique peut se passer de l’action adjuvante de la température.
Après le sulfate de cuivre récemment recommandé par Charpentier (1), je ne pouvais moms faire que d’expérimenter le sublimé préconisé aujourd’hui par un grandnombre d'accoucheurs et de gynécologistes,
(1) Charpentier. Académie de médecine, séance du 4 mars 1884.
et dont le professeur Tarnier, dans sa leçon d'ouverture, venait de faire une si brillante apologie.
Mon manuel opératoire et mon mode d'expérimentation furent absolument les mêmes que pour le sulfate de cuivre.
Les quatre sujets que je soumis à l’imoculation résistèrent parfaitement.
Mais les recherches de Dahl ayant montré que le sublimé injecté à des lapins produisait des altérations manifestes du rein, je désirais savoir si la dose de sublimé capable d’anéantir le microbe était suffisante pour amener une intoxication spéciale.
Je sacrifiai donc un certain nombre de mes sujets, aucun n’a présenté de lésion rénale, et je n'ai trouvé ni dans les reins, ni dans les uretères, les dépôts d'oxolate de chaux, dont parle Saikansky.
Ainsi donc, l'expérimentation vient justifier la préférence des accoucheurs à l'égard du sublimé, et malgré les récentes attaques de Stadfeldt et de Stenger contre ce médicament, nous croyons, avec Tarnier, Tuhrmann et Taenzer de Breslau, que le sublimé est un excellent agent antiseptique contre îe microbe de la septicémie puerpérale.
Est-ce à dire qu'il ne puisse jamais produire des phénomènes d'intoxication mercurielle ? Nous nous garderons d’une affirmation aussi catégorique, d'autant qu'instruit par la clinique, nous savons combien certaines personnes sont sensibles à des doses infinitésimales de certains médicaments, parmi lesquels nous devons placer, en premier lieu, les préparations hyärargiriques.
Que de fois, en effet, une simple friction avec l'oneuent napolitain a amené de la gingivite et des signes d'intoxication.
Cependant, nous croyons pouvoir affirmer que dans les cas qui nous occupent, les injections avec des solutions de sublimé ne dépassant pas 14/1000, sont extrêmement précieuses et n’exposent pas d’ordinaire les malades à des accidents pouvant avoir une certaine gravité.
Duclaux (1) dans son livre, Ferments et Maladies, conseillant l'emploi de l’acide borique où du borax dans les cas d'infection puerpérale, il était rationnel que je continuasse ma série expérimentale par l’emploi de cet agent, qui déjà expérimenté dans d’autres conditions citées plus haut, n'avait pas paru donner de brillants résultats.
Je me comportai donc à l'égard de cet agent exactement de la même manière que je m'étais comporté à l'égard des deux précédents.
Un demi-centimètre cube de solution à 2/50 fut mis en contact avec un demi-centinètre cube de culture.
Quatre tubes furent amsi préparés et portés chacun pendant une heure aux différentes températures de + 17,435, + 42 et + 52 types que nous avons adopté pour toutes nos expériences analogues.
Quatre lapins furent imoculés et deux seulement ont succombé, ce sont ceux qui avaient reçu l’injection avec les mélanges portés à + 17 et + 35.
(1) Duclaux. l'erments el Maladies. Paris, 1882,
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L'autopsie a péremptoirement démontré qu'ils avaient bien été tués par le virus puerpéral.
Les trois autres ont survécu sans avoir jamais paru fatigués.
Or, comme le virus entretenu à 47° même plusieurs jours peut encore pulluler et fournir des cultures actives, l’action adjuvante de la température sur les effets de l'acide ‘borique ressort ici très manifestement. |
J'aurais pu arrêter là cette série d'expériences, mais on m'aurait peut-être blâmé de n'avoir pas recherché dans les mêmes conditions l’action de l'acide phénique, l’antiseptique à la mode, d'autant plus qu'il est absolument abandonné par quelques gynécologistes, tandis que d’autres prônent encore son efficacité.
J’agis donc avec cet agent identiquement comme j'avais agiavec les précédents.
Quant aux résultats, ils furent semblables à ceux que m'avait donné l'acide borique.
Deux sujets sur quatre succombèrent à l'infection, et, ic encore, ce furent les deux sujets qui avaient été inoculés avec les mélanges soumis aux deux plus basses températures de H 17 et +35.
Ces résultats sont extrêmement précieux ; ils montrent, en effet, que l’action microbicide d'un antiseptique faible {tels que l'acide phénique et l'acide borique) peut-être augmentée, si on élève à une certaine température le liquide qui doit servir à l'injection.
Aprés ces résultats, nous eussions désiré savoir
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s'il n'aurait pas été possible de diminuer le titre des solutions du sublimé qui agissent d’une manière si efficace et contre lesquelles on s'élève néanmoins à cause des dangers d'intoxication.
Mais l'expérience que nous avions tentée dans ce but, a échoué pour une cause accidentelle, et le temps ne nous à pas permis de la répéter.
Cette expérience est à faire. Elle nous laisse les plus grandes espérances. Nous sommes convaincus qu'elle répondra dans le sens de celles qui précèdent. Si la démonstration en était donnée, on conçoit que l’on pourrait bénéficier sans danger des merveilleuses propriétés antiseptiques du sublimé corrosif.
Dans l'emploi des antiseptiques contre le virus puerpéral, il faudra donc faire un choix raisonné et ne pas oublier que la température des liquides qui les contiendront est un facteur important dans la manifestation de leurs effets.
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