HISTORIQUE
Les expériences de Magendie marquent un progrè*. considérable dans l’étude du mécanisme du vomissement. Avant ce physiologiste, ce mécanisme avait été bien souvent étudié et interprété de façons différentes. Les premiers observateurs avaient simplement attribué le vomissement à la contraction convulsive de l’estomac; en 1686, Chirac avança que cette contraction était insuffisante et montra que la part principale dans cet acte appartenait aux muscles abdominaux. Depuis lors les deux opinions rivales s’étaient partagé la science. Bayle, Sénac, Van Swieten avaient adopté les idées de Chirac ; mais l’opinion ancienne était encore défendue par Wepfer, approuvée par Haller avec quelques réserves, et proclamée par Lieutaud dans, un mémoire où les théories préconçues tiennent lieu d’expériences. Le procès n’était pas encore jugé lorsqu’ en 1813, dans un court mémoire présenté à l’Institut, Magendie vint prouver que le vomissement est dû à la contraction simultanée du diaphragme et des muscles de la paroi abdominale et que dans cet acte l’estomac ne joue aucun rôle important. La plus célèbre et la plus concluante de ses expériences, fut celle où, après avoir substitué chez un chien une vessie de cochon à l’estomac, il vit le vomissement survenir sous l’influence d’une injection intra-veineuse d'émétique.
Malgré la netteté de ces faits, les opinions de Magendie trouvèrent sur certains points quelques contradicteurs : I. Bourdon, Rühle, Tantini. Mais la plus grande partie des
physiologistes les adoptèrent, et personne, d’ailleurs, ne songea à revendiquer pour l’estomac le rôle principal dont il avait été dépossédé aux dépens des muscles abdominaux. L’accord était presque unanime. On sembla presque se désintéresser d’une question que l’on regardait comme tranchée, comme si après avoir démontré la non-participation de l’estomac au vomissement, on n’avait plus rien à rechercher sur les temps différents de cet acte complexe qui doit non-seulement expulser du ventricule les matières qu’il renferme, mais encore leur faire parcourir l’œsophage dans une direction opposée à celle que suit le bol alimentaire, leur faire retraverser le pharynx et la bouche pour les rejeter définitivement au dehors. Aussi la plupart des expérimentateurs laissent de côté le mécanisme même du vomissement. Le mode d’action des vomitifs, la recherche des nerfs dont l’excitation provoque le vomissement, celle d’un centre bulbaire qui présiderait à la coordination de tous les mouvements nécessaires à cet acte complexe, tels sont les principaux sujets que nous voyons étudiés depuis les expériences de Magendie.
Il ne faut pas croire pourtant que l’étude du mécanisme soit délaissée d’une façon absolue. Les mouvements supérieurs, ceux qui disposent le pharynx et la bouche pour la réjection, ont été déterminés avec détail (Spring, Traité de symptomatologie) ; le rôle constricteur du cardia a été étudié par Schiff (1). Enfin M. Sappey (2) et plus récemment M. Lauder Brunton (3), ont recherché quelle part il convenait de faire à l’œsophage dans le vomissement.
Mais il est un point sur lequel tous les auteurs, ou du
(1) Schiff. Phys, de la digestion.
(2) Sappey. Rapport àl’Ac. deraéd., 1863.
(3) L. Brunton. The practitioner, 1874.
moins presque tous, gardent le silence : c’est le rôle du thorax. Si quelques-uns cherchen t à expliquer l’ascen sion des aliments dans l’oesophage par les contractions antipéristaltiques de ce conduit, la plupart semblent oublier que ce conduit même est loge dans une cavité où la pression varie à chaque mouvement respiratoire et subit, par le fait même de ces variations, une série d’alternatives de dilatations et de resserrements dont on doit forcément tenir compte dans l’acte du vomissement. Ces influences thoraciques aux divers temps du vomissement sont pourtant mentionnées dans un petit nombre d’ouvrages, dont nous aurons plus bas à faire l’exposition et la critique. Ce sont elles surtout que nous désirons mettre en lumière dans ce travail.