ÉTUDE PARTICULIÈRE DES FLUORURES
Ce sujet est entièrement neuf, car le fluor, déjà si négligé jies chimistes, a été complètement oublié par les physiologistes, qui n'ont bien étudié que le chlore, le brome et surtout l'iode. Pour ma part, je ne me suis attaché qu'aux llfluorures les plus importants; du reste, plusieurs composés idu fluor sont encore à découvrir, et ceux que l'on connaît «ont peu solubles en général, à l'exception des fluorures alcalins et du fluorure d'argent.
Voici l'ordre que j'ai suivi dans cette étude :
1° Acide fluorhydrique ou fluorure d'hydrogène. 2° Fluorures métalliques.
1er groupe. — Fluorures alcalins.
2' groupe. — Fluorures alcalino-terreux.
%àc groupe. — Fluorures métalliques divers.
1° Acide fluorhydrique (HFI).
L'acide fluorhydrique, découvert par Scheele, qui l'appela '" fluortiçue, a été étudie plus tard, en 1810, par Gay- (jussac etThenard. Il est vrai que Schwankhardt, de Nuremberg, savait déjà, on 1670, qu'on pouvait graver sur verre aavee du spath fluor et de l'huile de vitriol (acide sulfurique), nmais la raison de ce fait était inconnue.
Cet acide, aussi concentré que possible, se présente sous l'aspect d'un liquide incolore, non congelable, bouillant à 20 degrés, et qu'on obtient par la condensation des vapeurs dégagées en chauffant, dans une cornue de plomb, un mélange de fluorure de calcium et d'acide sulfurique concentré. L'acide ordinaire renferme de l'eau, dans les mêmes proportions que l'acide chlorhydrique ; il a pour formule HF1,4H90, et distille intégralement à 120 degrés; sa densité est 1,15.
Propriétés. — L'acide fluorhydrique, même étendu, est un des liquides les plus corrosifs que l'on connaisse. II attaque le verre; aussi faut-il le conserver dans des vases de plomb, de platine, d'argent ou de gutta-percha. C'est sans doute à cet acide qu'il faut rapporter le récit que fait l'histoire ancienne, d'un liquide qui détruisait tous les vases, excepté ceux de corne de cheval. La présence de l'acide fluorhydrique dans certaines eaux minérales est en effet parfaitement possible. Il suffit pour cela que de l'acide sulfurique libre, comme il s'en trouve dans le Rio Vinagre, en Amérique, rencontre du spath fluor à une température un peu élevée. D'un autre côté, on sait que la vapeur d'eau surchauffée peut décomposer le fluorure de calcium, et M. Sainte-Claire Dcville [Comptes rendus de l'Académie des sciences, t.XLHI, 1856) a fait voir que l'acide chlorhydrique gazeux, rencontrant le spath fluor à une haute température, le décompose en donnant naissance à de l'acide fluorhydrique.
Telle est mon opinion au sujet de ce liquide célèbre dans l'antiquité. Je me suis assuré d'ailleurs que l'acide fluorhydrique n'exerce, pour ainsi dire, aucune action sur les tissus épidermiques condensés, tels que les ongles, les cornes, etc.
Effets de l'aride fluorhydrique sur l'homme et sur les anijnaux. — Ce corps est si dangereux, qu'on ne saurait trop user de précautions en le maniant, surtout lorsqu'il est concentré. Je tiens de M. Rousseau, fabricant de produits chimiques à Paris, l'observation suivante. L'un de ses contrei maîtres portait un vase rempli d'acide fluorhydrique, dont mne petite quantité coula sur un de ses doigts. Il éprouva ^aussitôt une forte douleur que ne purent calmer des lotions ;avec la potasse, la soude ou l'ammoniaque. Cette douleur, comparable à celle que produit la brûlure la plus vive, persista avec la même intensité pendant trois jours, et détermina i une fièvre aiguë avec insomnie. Il se produisit une ulcération iprofonde qui mit près d'un mois à se cicatriser, et laissa une dépression à la 'place qu'elle occupait. M. Rousseau m'airaconté également qu'un chat ayant renversé un vase ren- I fermante l'acide fluorhydrique, une certaine quantité de ce I liquide avait atteint cet animal à la cuisse; il s'ensuivit une i ulcération qui s'étendit en largeur et en profondeur, et ne I guérit que péniblement à la longue. Le liquide en question • était l'acide ordinaire, celui quia pour formule HF1,4H20.
lrc Expérience. — J'ai versé trois gouttes d'acide fluorhydrique sur le derme non dénudé d'un chien, et une goutte sur le derme dénudé d'une chienne.
Ils éprouvèrent de la fièvre, leur museau devint brûlant, mais les suites de la cautérisation ne furent pas les mêmes pour tous les deux. Chez le chien, l'acide s'étant étalé en surface, j'essuyai la peau presque aussitôt, et il ne se forma qu'une légère induration, puis une eschare sèche qui tomba au bout de huit jours. Chez la chienne, au contraire, la goutte d'acide que j'avais portée, à l'aide d'une baguette de plomb,
sur la partie dénudée, produisit une ulcération un pou plus large qu'une pièce de cinquante centimes, et qui mit près de trois semaines use cicatriser. Le pourtour de cette ulcération était induré, et au centre il se forma, à plusieurs reprises, une eschare molle qui tombait ensuite. Elle était séparée des parties indurées par une rainure circulaire, au fond de laquelle se trouvait un pus verdatre. J'ai examiné ce pus au microscope, je n'y ai rien trouvé de particulier ; il y avait des leucocytes en abondance, comme dans les plaies ordinaires, et quelques débris défibres élastiques et musculaires. J'aun:i plus tard à revenir sur ce sujet, lorsque je traiterai de la cautérisation parle fluorure d'argent.
Usages thérapeutiques. — Je n'ai trouvé jusqu'ici qu'une seule observation sur l'emploi de l'acide fluorhydrique comme agent thérapeutique. Le professeur Simpson [Ediab. joitrn., Aug. 1857) l'a employé contre un névrome profond siégeant au pouce; la douleur aurait été moindre qu'a la suite de l'application d'autres remèdes demeurés inefficaces, et la guéri son de la tumeur s'en serait suivie.
FLUORURES MÉTALLIQUES.
1" GROUPE. — FLUORUItES ALCALINS.
1° Fluorure de sodium (NaFl).
Ce sel est blanc et cristallise en cubes anhydres. Sa réac-ftion est alcaline. Il possède une saveur faiblement salée, ce qui tient probablement à son peu de solubilité. L'eau, en effet, n'en dissout environ que la vingt-cinquième partie de son poids ; de plus, il partage avec le sel marin la propriété de
în'êlre guère plus soluble à chaud qu'à froid. Contrairement à kce que disent les auteurs, je n'ai pas remarqué que sa dissolution, à moins qu'elle ne fût acide, attaquât le verre d'une unanière sensible. Il peut se combiner avec l'acide fluorhyillrique, pour former un fluorure double de sodium et d'hyillrogène NaHFl2, qui cristallise en rhomboèdres.
J'ai reconnu que le fluorure de sodium ne coagule ni "'albumine du blanc d'œuf, ni celle du sérum, et qu'il conserve bien les globules sanguins.
2" Expérience. — J'avais préparé, pour l'administrer à nun chien, une solution de 6 centigrammes de fluorure de ssodium dans 10 grammes d'eau distillée. Un chat du laboratoire, l'ayant trouvée à sa portée, la but tout entière.
Bientôt il éprouva du malaise, s'accroupit ; un quart d'heure aaprès l'absorption du sel, il eut un premier vomissement de imatières blanches filantes et spumeuses, suivi de six ou sept aiutres dans l'espace de vingt-cinq minutes. Après ce temps tiout rentra dans l'ordre. 11 avait pris le fluorure de sodium àà deux heures; il se portait très-bien à cinq heures, lorsque jje quittai le laboratoire.
3° Expérience. — J'administrai à un chien de taille moyenne lune solution de 50 centigrammes de fluorure de sodium dans 115 grammes d'eau distillée. 11 avait mangé quelques aliments mne demi-heure auparavant. Dix minutes après l'ingestion (Hu sel, il éprouva un seul vomissement de matières blanches sspumeuses, au milieu desquelles se trouvaient les quelques aalimenls qu'il avait pris. Ce vomissement arriva sans que ll'animal parût souffrir, et sa santé continua d'être excellente.
/i' Expérience. — Une chienne de taille moyenne et à jeun, ayant avalé une dose égale à la précédente, rendit au bout de cinq minutes des matières jaunes spumeuses; elle éprouva ensuite quelques nausées, puis elle se remit complètement. On voit que chez elle le malaise fut un peu plus considérable que chez le chien, qui avait mangé avant l'expérience.
Les chiens et les chats rendant facilement et à volonté, pour ainsi dire, ce qui gêne leur estomac, j'ai dù faire des expériences semblables sur des animaux qui ne vomissent pas, les lapins, par exemple.
5e Expérience. — Je fais avaler à un lapin, à quatre heures vingt-cinq minutes, une solution concentrée de 25 centigrammes de fluorure de sodium dans 6 grammes 50 d'eau distillée. A quatre heures trente-cinq minutes, il éprouve du malaise et cherche à peine à fuir, lorsqu'on s'approche de lui pour le saisir. Dix minutes après, il paraît souffrir davantage et éprouve un commencement de salivation. A cinq heures un quart, il a 150 respirations par minute, ses oreilles sont chaudes; la salive coule abondamment; puis ces symptômes disparaissent assez rapidement, de sorte qu'à six heures il paraît presque complètement rétabli . Le lendemain et les jours suivants, je ne constate pas la moindre altération dans sa santé.
@° Expérience. — Dans l'expérience précédente, j'avais fait avaler le sel en versant la solution dans la bouche maintenue ouverte; cette fois j'introduisis directement, à l'aide d'une sonde, dans l'estomac d'un autre lapin, une solution de 50 centigrammes de fluorure de sodium dans 25 grammes
Venu. Grand fut mon étonnementen observant des symptômes ^jont l'intensité était moindre que précédemment, bien que la bse eût été doublée. Ainsi, je ne remarquai pas trace de saliaation; l'animal parut éprouver moins de malaise que le premier; sa respiration n'avait pas augmenté de fréquence, et ses roeilles, chaudes quelques minutes après l'ingestion du sel, «vinrent fraîches comme à l'état normal. L'expérience avait té faite à trois heures un quart, à cinq heures il mangea avec Dpétit des' feuilles de choux, et le lendemain il se portait 'èès-bien. — J'eus soin d'observer la pupille avant et après aabsorption du sel ; je remarquai une dilatation double de ce uu'elle était auparavant, et cette dilatation persista le reste de u journée.
Cette expérience semblait annuler la précédente. Toutefois, m réfléchissant aux conditions dans lesquelles j'avais opéré, îs pensai qu'une plus ou moins grande partie du sel avait pu eénétrer dans la trachée, et de là dans le torrent sanguin par îîs poumons. Le sel, introduit rapidement dans l'économie, oouvait bien ne pas s'éliminer assez vite par les reins et avoir Ihoisi une voie nouvelle, celle des glandes salivaires, par ?isquelles les iodures s'éliminent également. Je crus donc m'en introduisant du fluorure de sodium directement dans la rrachée ou dans les veines, j'arriverais à résoudre la diffii ul té.
T Expérience. — 25 centigrammes de fluorure de sodium i:issous dans 12gr,5 d'eau furent injectés dans la trachée 'un lapin, avec lenteur et intermittence, afin de ne pas xxposer l'animal à la suffocation. Aussitôt après l'injec- <on, je constatai un ralentissement de la circulation et de la '•espiration. Un quart d'heure plus tard, le cœur ne battait
RABUTEAU. 2
guère que 60 à 70 l'ois par minute; cependant le lapin paraissait encore vif, il fuyait à mon approche; mais une demi-heure après l'absorption du sel, les battements cardiaques devinrent ] excessivements lents, ainsi que les mouvements respiratoires, et l'animal mourut presque subitement après quelques con-j vulsions. Ce n'est que quelques moments avant la mort que je remarquai un commencement de salivation.
Je l'ouvris quelques instants après. Les poumons me paru-l rent normaux ainsi que les autres organes; le coeur gauche i était vide; le cœur droit, l'oreillette surtout, renfermait du i sang couleur rouge brique non coagulé.
8e Expérience. ~ Dans le but de faire une injection dans les veines, je me procurai un chien de forte taille, jeune et ; vigoureux; mais auparavant je voulus essayer encore une fois l'absorption du fluorure de sodium par le tube digestif. Je fis avaler à cet animal, à jeun, 25 centigrammes de ce sel dissous dans 15 grammes d'eau. Une heure après l'ingestion, ayant trouvé par hasard de la soupe dans le laboratoire, il la mangea avec avidité. Je n'observai aucun symptôme mor- ■foide.
9e Expérience. — Injection de 1 gramme de fluorure de sodium dans les veines. — Deux jours après, ce même chien fut soumis à l'épreuve décisive que je me proposais :
A trois heures, injection de 1 gramme de lluorure dissous dans tiO grammes d'eau. Pendant les dix premières minute* qui suivent l'opération, il paraît peu souffrir; mais il pefl peu à peu sa vivacité habituelle et éprouve bientôt une légère agitation, puis il cherche le repos et se blottit dans un coin di laboratoire; à trois heures vingt minutes, il s'agite, se plaint,
t^n museau est brûlant, il a 130 pulsations, sa respiration sst accélérée; à trois heures et demie, j'observe un commencement de salivation, il a 80 respirations par minute. A partir ee ce moment, les symptômes, qui commençaient à devenir inquiétants, diminuent peu à peu; seulement la salivation est tôondante et dure trois quarts d'heure, mais la fièvre décroît, m 'a bientôt plus que 60 et kO respirations par minute; il cesse ee se plaindre et agite sa patte blessée en me regardant d'un iir de souffrance. A quatre heures un quart, il se relève un eeu sur ses pattes antérieures et devient sensible aux caisses ; enfin, à six heures, lorsque je quitte le laboratoire, il ee promène et semble presque complètement rétabli. Le •endemain il était bien portant, et il mangea avec avidité.
Les deux expériences précédentes sont les seules que j'aie nites sur ce chien. L'ayant ensuite donné à un de mes amis, Vai eu occasion de le revoir quelques mois plus tard; sa santé v ait toujours été parfaite.
10e Expérience. — D'après ce qui précède, on voit que pss fluorures, à l'exception du fluorure d'hydrogène ou acide liiorhydrtquë, sont loin d'être aussi terribles qu'on se le eerait imaginé. Le 10 décembre 1866, je pris, à quatre heures iiu soir, 25 centigrammes de fluorure de sodium, dissous fens 25 grammes d'eau. Saveur légèrement salée, non désaréahle. Les phénomènes que j'ai éprouvés sont les suivants: âusées légères, salivation et anxiété épigaslrique à peine œnsible. Les nausées ont disparu presque complètement à iinq heures; la salivation a été surtout intense à quatre meures et demie, et a disparu une heure et demie après l'abcorption du sel. La salive que j'avais recueillie a été perdue; !du reste, pour une quantité si faible de sel, j'aurais eu de la
difficulté à doser le fluor, car cette opération n'est pas aussi facile que le dosage de ses analogues, de l'iode par exemple. Je ferai remarquer que pendant tout le temps qu'a duré la salivation, j'ai senti sur les bords de la langue la saveur du fluorure de sodium, bien que je prisse le soin de me rincer la bouche, de temps en temps, avec de l'eau distillée. Enfin, à six heures, je dînai avec peu d'appétit ; j'éprouvais comme une sensation de plénitude dans l'estomac, et un reste de légère anxiété épigastrique qui disparut peu à peu.
Je crois ne pas devoir passer sous silence un épiphénomène qui se rattache peut-être à l'absorption du sel. Dès le soir du même jour, je commençai à éprouver un prurit incommode, qui persista, pendant une semaine, avec intermittence le jour et redoublement le soir. Il siégeait sur le tronc, sur les membres et surtout aux pieds, aux mains el aux doigts-, il ne s'étendait ni à la lete, ni au cou.
Néanmoins je n'ai jamais rien remarqué qui indiquât la présence de quelque chose de semblable chez les animaux que j'ai soumis à mes expériences sur les fluorures.
11e Expérience. — M. Maumené, après avoir nourri un chien pendant cinq mois avec du fluorure de potassium, crut pouvoir attribuer la production du goitre à l'action des fluorures. C'est après avoir eu connaissance d'une communication faite par lui à l'Académie des sciences, que je résolus d'expérimenter à mon tour sur le fluorure de sodium, pendant un temps prolongé. Lors de mes premières expériences commencées en janvier 1866, je n'avais pas connaissance du fait de M. Maumené; sa communication sera d'ailleurs citée et discutée à l'article Fluorure de potassium.
Le 7 décembre 1866, je mélangeai avec de la soupe
[) centigrammes de fluorure de sodium, et je la présentai a a chien, qui la mangea sans témoigner aucune répugnance ;
looins de dix minutes après, il eut un seul vomissement. Le 8, même essai, même résultat.
Le 9, je mêlai à la soupe seulement 25 centigrammes de il Dix minutes après, trois vomissements; le dernier ren-
'irmait des matières filantes jaunâtres.
Les jours suivants, j'allai en diminuant les doses ; et enfin, ; 1 7 décembre, le chien conserva 6 centigrammes de fluo-
mre que j'avais mêlé à sa soupe.
J'étais sur le point de renoncer a mes essais, vu les faibles oses auxquelles j étais réduit, lorsque je pensai que l'intolé-
aance était peut-être due à l'action de l'eau qui, en dissolvant 3 sel, le mettait immédiatement en contact avec les parois de estomac. J'imaginai alors de mélanger le sel avec de la iande, et, conformément à mes prévisions, j'observai con-
Itamment la tolérance, tout en augmentant chaque jour les oses jusqu'à un maximum de 50 centigrammes. Du 6 au 15 invier, il prit chaque jour 50 centigrammes de fluorure. Il c rendit jamais ses aliments que lorsque, malgré ma surveillance, il buvait, peu de temps après l'absorption du mélange.
Vendant tout ce temps sa santé se conserva : il semblait pouruit légèrement fatigué; mais si je le laissais seulement un our sans traitement, il était le lendemain dans un état des
Mus satisfaisants. Je me proposais de poursuivre cette expéience, lorsque lel/i janvier, au matin, mon chien disparut. I avait pris et conservé en tout environ 7 grammes de fluo-
rrure de sodium.
12e Expérience. — Le même jour, un de mes collègues du laboratoire m'offrit une chienne pour remplacer l'animal que
j'avais perdu. Je la mis aussitôt en expérience en lui donnant) du fluorure de sodium mélangé avec de la viande, quelquefois avec du pain. Elle en prit le premier jour 25 centigrammes, puis 30, 40 et bientôt 50 centigrammes. Ces doses, un peu fortes pour sa taille qui était au-dessous de la moyenne, paraissaient l'incommoder, mais, si je la laissais un jour en repos, elle reprenait bientôt sa gaieté habituelle. Plus tard elle se défia des aliments que je lui présentais; elle avait appris à les regarder comme suspects, et il me fallut user d'artifices. Enfin, jusqu'au 20 février, j'avais réussi à lui faire absorber environ 12 grammes de fluorure de sodium.
Je ne fus pas plus heureux dans cet essai que dans le précédent, car cette chienne me fut dérobée. Je me vois donc obligé de recommencer une troisième fois la même expérience.
Pendant que la même chienne était soumise au régime que je viens d'indiquer, une incision lui fut pratiquée dans la région cervicale ; en même temps une incision tout à fait semblable fut faite sur une autre chienne qui n'avait pas (iris de fluorures. La cicatrisation se fit de part et d'autre d'une manière identique. De plus, chez la première chienne, l'extraction d'un cristallin ne fut suivie d'aucun phénomène particulier- Les fluorures introduits dans l'organisme ne retardent donc pas la cicatrisation des plaies ; ce fait est intéressant à noter, vu la lenteur de la guérison des ulcérations produites par l'acide fluorhydrique.
2° Fluorure de potassium (KF1).
Le fluorure de potassium est un sel blanc, indécomposable par la chateur, déliquescent, à réaction alcaline et cristalli-
• ml en cubes. Sa solution n'attaque pas le verre, à moins lu'elle ne soit acide. Il peut, comme le fluorure de sodium, b combiner avec l'acide fluorhydrique et donner naissance
un fluorure double de potassium et d'hydrogène KHFI2.
J'ai reconnu que le fluorure de potassium ne coagule ni albumine du sang, ni celle du blanc d'œuf; il ne dissout aas non plus l'albumine coagulée, même lorsqu'on élève la impératurc. J'ai remarqué également qu'il ne précipite pas ; » caséine du lait.
Dans mes expériences sur le fluorure de potassium, j'ai uiivi à peu près le même ordre que dans mes expériences sur le fluorure de sodium. Un fait important m'a frappé, c'est |ijue les effets du premier sel sont plus énergiques que ceux Mu second. J'aurai à revenir sur ce sujet dans la deuxième warlie de mon travail.
llle Expérience. — Je fais avaler à une chienne, à jeun, fôO centigrammes de fluorure de potassium dissous dans
10 grammes d'eau. Cinq minutes après, vomissement de imatières blanches, filantes et spumeuses, comme celles que jj'avais observées dans mes expériences sur le fluorure de ssodium ; mais les vomissements continuent et les matières
rendues deviennent jaunâtres, puis tout à fait jaunes; elles rrenfermentde la bile. L'animal est fatigué, il cherche le repos cet l'obscurité. Néanmoins, une heure et demie après l'ingesttion du sel, il prend avec plaisir du pain et du lait. Sa santé >s'cst conservée.
15e Expérience. — Un chien à jeun prend, de lui-même, '< 80 centigrammes de fluorure de potassium dissous dans de I l'eau sucrée. Moins de cinq minutes après, il rend des ma-
hères semblables aux précédentes, mais les nausées et les I vomissements sont plus fréquents que chez la chienne ; ils sel succèdent pendant plus d'un quart d'heure, toutes les trois I ou quatre minutes. Il a une selle demi-fluide une demi-heure | après l'absorption du fluorure.
Cette dernière circonstance me fit penser que le fluorure J de potassium, introduit directement dans l'intestin, produirait ï des effets laxatifs. Pour vérifier ma conjoncture, je fis » l'épreuve suivante.
16e Expérience. — 1 gramme 50 centigrammes de fluo- i rure de potassium, dissous dans 30 grammes d'eau, sont injectés dans le rectum d'un chien. Presque aussitôt après, il rend cette injection, ainsi que des matières glaireuses assez abondantes. La santé n'est troublée aucunement ; le lende- I main les fèces offrent un aspect normal.
If:
17e Expérience. — Je fais avalera une grenouille 5 een- t ligrammes de fluorure de potassium. Ses mouvements, ra- \ pides d'abord, deviennent moins vifs, eh un quart d'heure & après l'absorption du sel, l'animal est presque complètement j immobile. Néanmoins elle s'agite parfois. Je lui pique et lui pince les pattes, elle paraît insensible; je les louche avec une goutte d'acide sulfurique, même insensibilité. Enfin la gre- , nouille éprouve bientôt des accidents tétaniques, elle a de l'opisthotonos, et meurt vingt-cinq minutes après que je lui avais fait avaler ce sel. Je l'ouvre aussitôt : les oreillettes se contractent encore légèrement, le ventricule est presque vide de sang. Les globules, examinés au microscope, sont normaux. Les poumons sont, rouges, congestionnés.
Il pouvait se faire (pic dans cette expérience une partie du
»bl eût pénétré dans les poumons. Je fis alors les essais suiaants.
48e Expérience. — Je prends deux grenouilles : chez iune, j'introduis 5 centigrammes de fluorure de potassium mus la peau de l'abdomen; chez l'autre, sous la peau des nisses. Les grenouilles respirent bien pendant huit à dix miitites; leurs mouvements sont violents parfois, mais bientôt (observe exactement les mêmes symptômes que ceux décrits précédemment, et la mort arrive aussi vingt-cinq minutes orès l'opération. Les poumons étaient encore congestionnés.
19e Expérience. — Le même lapin à qui j'avais donné (D centigrammes de fluorure de sodium (6e expérience), îéçut' 50 centigrammes de fluorure de potassium, dissous ans 25 grammes d'eau distillée* Il courut quelque temps ;ians le laboratoire, comme s'il n'avait rien ressenti, mais ientôt il parut souffrir. Néanmoins, deux heures après l'ineeslion du sel, il se remit complètement et mangea un peu es chou. Le lendemain, sa santé était parfaite. Ses urines, fêcueillies depuis la veille, à trois heures de l'après-midi, jusm'au lendemain à huit heures du matin, furent soumises à analyse chimique. Je n'y trouvai ni sucre, ni albumine. Les uant alors évaporées jusqu'à siccité, je traitai le résidu »r l'acide sulfurique concentré, et j'obtins un dégagement bbondant de vapeurs blanches, suffocantes comrne les vapeurs 'acide fluorhydrique, et attaquant le verre. J'avais la preuve nue la plus grande partie du fluorure de potassium avait passé aans les urines du lapin.
J'étais désireux de connaître à quelle dose le fluorure de
polassium produirait des effets toxiques chez celte espèoaj d'animal. C'est dans ce but que j'ai fait l'épreuve suivante.
20e Expérience. — J'ai fait avaler à un autre lapin 1 gramme de fluorure de potassium dissous dans 25 grammes d'eau. Moins de dix minutes après, ses oreilles sont devenues chaudes; la respiration s'est accélérée considérablement; j'ai compté près de 130 mouvements respiratoires par minute, cependant les battements cardiaques ne m'ont point paru plus fréquents qu'à l'état normal. La pupille ne s'est point ou peu dilatée. L'animal paraissait souffrant; il s'était retiré dans un coin et se laissait approcher. Tout à coup, trente-cinq minutes environ après l'absorption du sel, il quitte son coin, court dans le laboratoire, puis tombe sur le côté et meurt après avoir eu quelques convulsions.
L'autopsie fut faite immédiatement. Le cœur battait encore; l'ayant ouvert après la cessation de ses mouvements, h je vis que la partie gauche était vide et que la partie droite lu. renfermait un peu de sang non coagulé. Les poumons, le i foie, la rate, les reins, le cerveau étaient à l'étal normal. La u vessie était presque vide ; j'en retirai 2 centimètres cube d'urine dans laquelle je constatai la présence du fluor.
Cette mort rapide devait être attribuée à l'action exercée pai le sel sur le système nerveux; je trouve la preuve de cetto explication dans les convulsions qui l'ont précédée.
J'ai pensé également qu'il pouvait s'être formé du fluorur | de calcium avec les sels de ce métal répandus dans lorga nisme.
Dans ce but, un demes collègues du laboratoire, M. Lcgros et moi, nous avons examiné la pulpe cérébrale, et y avon trouvé quelques corpuscules présentant une forme cubiqu
PS
Ni
le
[ résistant à l'action de la potasse et des acides ordinaires, '('étaient probablement des cristaux de fluorure de calcium.
21' Expérience. — 25 centigrammes de fluorure de cotassium dissous dans 10 grammes d'eau furent injectés, Iriez un chien, dans les veines d'une patte. Aussitôt après iinjection l'animal s'est agité, il a aboyé, mais à peine étaiti détaché que v ses cornées se sont ternies et qu'il est mort. ,e sang, examiné une demi-heure après, était rouge-brique, iu mieux couleur lie de vin ; les globules étaient raccornis et eentelés sur les bords. Je n'ai rien remarqué de particulier aans les divers organes.
Des fluorures considérés comme cause du goitre. — Expérience de M. Maumené. — On a vu, à l'article fluoii rr de sodium, que j'avais commencé deux expériences, £ans le but de vérifier l'opinion de M. Maumené, sur la cause iu goitre. J'avais expérimenté sur le fluorure de sodium, it non sur le fluorure de potassium, parce que le sel de codium agit moins par son métal et davantage par le fluor.
Je dois déclarer qu'ayant examiné mes chiens plusieurs tois, pendant un mois et demi, je n'ai pu constater la moindre ijypertrophie du corps thyroïde. Mais M. Maumené avait laourri une chienne pendant un temps beaucoup plus long, t par conséquent mes expériences ne peuvent prouver qu'une Ihose, savoir : que les fluorures ne produisent pas immédiaeement le développement du goitre.
Voici la communication que M . Maumené a adressée à '.'Académie des sciences [Comptes rendus, 19 février 1866) :
« Je crois, dit l'auteur, que les fluorures sont les agents iilu développement goitreux, et pour m'en assurer j'ai soumis
une chienne au régime du fluorure de potassium pendant cinq mois; vers le cinquième, on vit apparaître un gonflement général du cou, très-saillant, plus en avant qu'en arrière, et si cette expérience n'a pas donné de résultat décisif, c'est que je n'ai pu éviter de laisser échapper la chienne, et que j'ai dû attendre trois ans pour la ressaisir et la soumettre à l'examen d'un anatomisfe. Le gonflement existait encore; mais M. Gaillet, professeur à l'École secondaire de Reims, n'a pas trouvé les caractères précis nécessaires pour nous former une conviction.
«Les fluorures sont très-répandus dans les pays à goitre : l'année dernière je les ai rencontrés dans les Pyrénées sur beaucoup de points. Si M. Saint-Lager trouve les pyrites partout, leur présence n'exclut pas celle des fluorures, et je crois pouvoir persister entièrement dans des vues que j'ai le premier soumises à l'épreuve expérimentale. >> [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 12 février 186G.)
M. Saint-Lager avait également fait connaître une expérience tendant à prouver que le crétinisme et le goitre endémique coïncident avec les terrains métallifères. La pyrite de fer, dit-il, vient au premier rang dans l'ordre de fréquence, c'est le seul élément constant dans les pays à goitre. En second lieu vient la pyrite de cuivre, puis la galène argentifère ou antimoniale, la blende, la stibine, la barytine. etc. El pour Vérifier son opinion il avait administré à un rat un mélange de sulfate ferrique et de pyrite de fer, à la dose de 5 centigrammes par jour. Sous l'influence de cette médication con tinuée pendant plus de deux mois, il vit apparaître nue tumeur à la place où se manifeste le goitre chez l'homme, et plusieurs médecins, auxquels il a fait voir l'animal, l'ont considéré comme décidément goitreux.
De ces deux opinions, quelle est la vraie? Le rat de M. Saint-Lager n'a pas été sacrifié, et la nature de la tumeur que portait la chienne de M. Maumené est restée indéterminée. L'examen microscopique eût résolu facilement la difficulté. Si l'une de ces opinions, parmi tant d'autres, devait être vraie, je me rattacherais à celle de M. Maumené. En effet, d'après ce que j'ai dit précédemment, le fluorure do calcium se rencontre surtout, comme le goitre, dans les pays montagneux formés de roches anciennes. On le trouve dans les étages des gneiss, desmicachistes, destalcsehistes, dans le terrain silurien, où il accompagne habituellement la galène cl la blende. Il faudrait donc pour résoudre la question avoir une connaissance approfondie de l'état géologique des pays où le goitre est fréquent, et posséder des analyses sur la richesse en fluorures des eaux de ces mêmes localités. M. Nicklès a trouvé que l'eau de Seine prise à Paris ne renferme presque pas de fluorures; or, en consultant le recensement des goitreux, fait en 1851, par ordre du ministère de la guerre, on trouve- que les départements renfermés dans le bassin de la : Seine possèdent peu de goitreux; par exemple danslaCôted'Or et dans l'Aube, il y en a 55 sur 100 000 habitants; dans la Marne, 70; dans Seine -et-Oise, 46; dans Seine-et- Marne, 37 ; dans la Seine-Inférieure, 33, et dans la Seine, '7 seulement. On observe l'inverse dans les départements qui i renferment des roches anciennes.
Ainsi dans le Bas-Rhin, il y a 164 goitreux pour 100 000 ihabitants; dans le Haut-Rhin, 288 et dans les Vosges lenorntbre s'élève à 410. On sait que les Vosges s'étendent dans le IHaut-Rhin; j'ai de mon côté rencontré souvent du gneiss à lune lieue et demie de Colmar; c'est ainsi que s'expliquerait le cchiffre élevé des goitreux qui se trouvent dans ce départe-
ment. En On je rappellerai que les eaux de Contrexéville et de Plombières sont riches en fluorures, et que les départements qui possèdent le plus de goitreux sont l'Ariége et les Hautes- Alpes : le premier en présente 736, et le second 951, sur 100 000 habitants.
3° Fluorure d'ammonium (AzH*FI).
On obtient ce corps en neutralisant l'acide fluorhydrique par l'ammoniaque, ou en chauffant un mélange de chlorure d'ammonium et de fluorure de sodium. 11 cristallise en primes incolores, très-solubles dans l'eau, ayant une saveur salée et piquante, et. entrant en fusion avant de se sublimer. Il répand à l'air une odeur ammoniacale, il en est de même de sa dissolution qui perd de l'ammoniaque et laisse déposer dos cristaux formés probablement par un fluorure double d'ammonium et d'hydrogène (AzH4) HF12, sel analogue à KHF12 ei à NaHFI2. ; • -
Les globules sanguins traités par le fluorure d'ammonium deviennent crénelés et ne se dissolvent ensuite que très-difficilement dans l'acide acétique.
22° Expérience. — Je fis avaler à une chienne 28 centigrammes de fluorure d'ammonium dissous dans 1 0 grammes d'eau distillée. Quatre ou cinq minutes après, elle éprouva des vomissements accompagnes d'efforts assez violents; de plus elle eut deux ou trois selles formées de matières liquides jaunâtres. Je ferai remarquer que, dans l'une des expériences précédentes, un chien ayant pris 80 centigrammes de fluorure de potassium eut aussi, malgré les vomissements, une
selle demi-fluide. Le fluorure d'ammonium paraît donc plus actif que les fluorures de potassium et de sodium.
Vingt-cinq minutes après l'absorption du sel, la chienne laissa échapper une bave jaunâtre, puis blanchâtre et blanche à la fin ; il s'en écoula ainsi une faible quantité pendant une demi-heure. Je lui présentai alors du lait qu'elle refusa, mais, deux heures plus tard, elle prit du bouillon et de la viande.
On voit que le fluorure d'ammonium produit un écoulement rapide de bile, puisque l'animal a eu des selles jaunâtres, quelques minutes seulement après le début de l'expérience. Les battements cardiaques qui étaient accélérés pendant les vomissements revinrent après à leur rhythme normal.
23e Expérience. — 30 grammesd'eau, contenant 1 gramme de fluorure d'ammonium, sont introduits dans le rectum d'une chienne. Moins de deux minutes après, l'animal rend l'injection, puis des glaires mélangées à des matières fécales; ces glaires, d'abord assez abondantes, diminuent peu à peu. Le lendemain les fèces présentent un aspect à peu près normal. On voit que les choses se sont passées comme chez le chien à qui j'avais administré lgr,50 de fluorure de potassium.
2ft° Expérience. — Un chien fui soumis à la même épreuve, et les phénomènes observés furent exactement semblables aux précédents. Mais le lendemain je répétai l'expérience; cette fois l'animal témoigna de la douleur, il poussait des cris en expulsant les dernières parties du liquide mêle* à des glaires. Sa santé resta d'ailleurs parfaite.
INJECTION DE FLUORURE d'aMMONIUM DANS LE SANG.
25e Expérience. — Un chien de taille moyenne reçoit, dans une veine saphène, 10 centigrammes de fluorure d'ammonium dissous dans '10 grammes d'eau. L'animal ne parait guère en souffrir; il perd seulement un peu de sa vivacité. Il était presque à jeun au moment de l'opération.
^Expérience. — J'injecte, dans une veine saphène, chez une chienne, environ 20 centigrammes de fluorure d'ammonium dissous dans 20 grammes d'eau. Cette chienne paraît souffrir plus que l'animal précédent; elle est fatiguée, abattue, et va se coucher dans un coin. Je remarque, pendant vingt minutes, quelques mouvements convulsifs du diaphragme.
Deux heures après ces expériences, qui furent faites successivement sur ces deux animaux, je leur présente du bouillon et de la viande; le chien mange avec appétit, la chienne prend un peu de bouillon en restant à moitié couchée, cependant elle finit par se relever complètement, et mange un peu de viande.
Le lendemain, tous deux se portaient très- bien. Je leur ai donné une nourriture substantielle jusqu'au matin du quatrième jour, où je me proposais de les soumettre à d'autres épreuves dans l'après-midi.
27e Expérience. — Cette nouvelle expérience est faite sur le chien à deux heures moins un quart. Je me proposais d'injecter dans une veine saphène une solution de \ gramme de
fluorure d'ammonium dans 20 grammes d'eau. Ayant éprouvé quelque difficulté, la solution est poussée alors dans la trachée. On sait que l'absorption par les poumons produit des effets aussi rapides que l'absorption par les veines.
Aussitôt après qu'il est détaché, ce chien vomit du linge provenant du pansement de la blessure qui lui avait été faite quatre jours auparavant, lors de la première injection. Il parait souffrir; il bave un peu, et a deux ou trois selles diarrhéiques jaunâtres. 11 marche en titubant, s'affaisse, se relève pour retomber de nouveau. Enfin, l'agonie commence un quart d'heure après l'opération; le cœur bat de plus en plus lentement, puis bientôt surviennent des bâillements et la mort qui a lieu à deux heures un quart.
Autopsie. — La trachée est remplie d'écume; les poumons ne sont pas congestionnés, non plus que le foie et la rate, mais les reins le sont assez fortement. La vessie est vide : le chien avait uriné vers deux heures. L'intestin grêle est rempli de mucus jaunâtre, inodore; le rectum est fortement plissé et complètement vide. Les cavités cardiaques contiennent un peu de sang; ce liquide est rouge-brique, les globules examinés au microscope sont dentelés, étoilés; en un mot, la coloration et l'aspect des globules sont les mêmes que ceux qu'on observe lorsqu'on ajoute une goutte de fluorure d'ammonium à du sang placé sur le porte-objet du mi- 'Croscope. Les leucocytes paraissent n'avoir rien éprouvé.
28e Expérience. — /i0 centigrammes de fluorure d'ammonium dissous dans 15 grammes d'eau sont injectés chez la • chienne dans les veines d'une patte antérieure. Après qu'elle est détachée, elle s'affaisse plus rapidement que le chien. BUa
RABUTEAU. 3
a, deux ou trois minutes après l'injection, une selle liquide jaune et filante; sa respiration devient fréquente et saccadée; elle éprouve des convulsions du diaphragme jusque vers ses derniers moments. Enfin la mort arrive, comme dans l'expérience précédente, une demi-heure après l'opération.
Autopsie. — De même que chez le chien, ni les poumons, ni le foie, ni ln rate ne sont congestionnés; les reins le sont au contraire beaucoup. La vessie est vide et revenue sur elle-même, elle n'est pas plus grosse qu'une amande. Le rectum est complètement vide et fortement plissé; mais l'intestin grêle et les deux premières parties du gros intestin contiennent une matière inodore, glaireuse, un peu jaunâtre, tout à fait semblable, en un mot, à celle que j'avais trouvée chez le chien. Cette matière est recueillie cette fois et donne un poids de 160 grammes. Examinée au microscope, elle présente une quantité prodigieuse de cellules et de noyaux épithéliaux. Ces cellules et ces noyaux provenaient de la muqueuse intestinale desquamée, comme il arrive dans le choléra. Ainsi s'explique ce flux intestinal abondant qui, deux ou trois minutes après l'injection, a produit des selles liquides chez mes deux chiens qui, auparavant, avaient dos selles normales.
29° Expérience. — Je fais avaler à une grenouille 5 centigrammes de fluorure d'ammonium. L'animal éprouve exactement les mêmes symptômes que ceux que j'ai observés dans un essai analogue fait avec le fluorure de potassium (voy. la 17e Expérience)', seulement les globules sanguins ne sont pas tous normaux; quelques-uns sont déformés sur les bords.
IIe GROUPE. — FLUORURES ALCALINO - TERREUX.
1° Fluorure de baryum (BaFl2).
Le fluorure de baryum est un sel blanc, peu soluble dans l'eau, mais soluble dans les acides fluorhydrique, chlorhydriqueet azotique. On l'obtient facilement en traitant le carbonate de baryum par l'acide fluorhydrique, ou en précipitant l'azotate par un fluorure alcalin.
Le fait sur lequel j'appelle l'attention, c'est la solubilité du fluorure de baryum dans l'acide chlorhydrique et par conséquent dans le suc gastrique, qui renferme une petite quantité d'acide chlorhydrique libre.
30e Expérience. — J'ai fait avaler à un chien à jeun 1 gramme 5 décigrammes de fluorure de baryum, mis en suspension dans Û0 grammes d'eau. Cinq minutes après, l'animal vomit des matières filantes spumeuses, blanches, très-peu teintées de jaune, et enfin cinq minutes plus tard il eut une selle verdâtre très-fluide; les vomissements avaient disparu, ils ne sont pas revenus. Deux heures après l'expérience, le chien but du lait avec avidité.
Los chiens rendant avec la plus grande facilité tout ce qui
;gêne leur estomac, il est probable que la plus grande partie
• du se! avait été rejetée. Malheureusement je n'avais pas recueilli les matières vomies, et il m'était impossible d'ap-
iprécierla quantité de fluorure qui avait été conservée. Je fis alors une nouvelle épreuve sur un lapin; on sait que cet ani-
imal ne vomit pas.
31e Expérience. — Te fais pénétrer dans l'estomac d'un lapin, à l'aide d'une sonde œsophagienne, 2 grammes de fluorure de baryum mis en suspension dans 30 grammes d'eau. Bientôt les battements cardiaques et la respiration se ralentissent; l'animal paraît souffrant, mais au lieu de s'accroupir, il étend les pattes postérieures et court parfois avec difficulté dans le laboratoire. Enfin les mouvements des pattes postérieures sont de plus en plus difficiles; le lapin devient paraplégique. Puis tout d'un coup il pousse des cris, il a des convulsions, de l'opisthotonos; la respiration s'arrête à la suite de quelques inspirations profondes, et il meurt vingt-cinq minutes après l'ingestion du sel. En un mot, les symptômes ultimes ont été les mêmes que ceux que j'avais observés une fois dans l'empoisonnement d'un lapin par le cyanure de potassium.
Cette expérience prouve simplement que le baryum est un métal éminemment toxique. En effet, il est impossible d'attribuer la mort du lapin à l'action du fluor, car le fluorure de baryum n'a pu se dissoudre qu'en faible quantité dans l'estomac. Je reviendrai plus tard sur cette expérience, lorsque je parlerai des effets toxiques des sels barytiques.
L'autopsie du lapin fut faite presque aussitôt que toute (race apparente de vie eut disparu. Le cœur battait encore; ses mouvements persistèrent cinq minutes après l'ouverture de la poitrine. Ce fait prouve que le fluorure de baryum n'avait pas agi comme un poison cardiaque, mais que son action s'était portée principalement sur les nerfs moteurs qui animent les muscles des membres postérieurs et les muscles inspirateurs. Les poumons étaient pelits et revenus sur euxmêmes. Je ne pus constater, à la vue simple, aucune lésion dans les divers organes.
2° Fluorure de strontium (SrFl2).
Ce corps ressemble au fluorure de baryum, et se prépare de la même manière. Il en diffère en ce qu'il n'est pas soluble dans l'acide fluorhydrique.
32e Expérience. — Un lapin est soumis à une expérience en tout point semblable à la précédente, si ce n'est que le fluorure de baryum est remplacé par le fluorure de strontium. L'animal paraît souffrir, il reste accroupi, mais il est calme, sa pupille n'est pas dilatée, sa respiration est seulement moins ample. Il mange un peu de chou deux heures après l'ingestion du sel. Le lendemain il est un peu souffrant, mais il paraît se rétablir les jours suivants; néanmoins il a de la diarrhée.
Ce lapin était moins fort que le précédent, cependant la dose fut parfaitement tolérée. Les propriétés chimiques du fluorure de strontium étant les mêmes que celles du fluorure de baryum, le premier sel a dû se comporter comme celui-ci dans l'estomac, c'est-à-dire se dissoudre en quantité à peu près égale; la différence des effets observés vient de ce que le strontium est beaucoup moins toxique que le baryum.
3° Fluorure de calcntm ÇSpa'th fluor) (CaFl2).
Le fluorure de calcium naturel est un sel présentant des couleurs variées et cristallisant en cubes. Lorsqu'on l'a obtenu par précipitation, il est blanc et amorphe. Ce corps est réputé insoluble dans l'eau, puisqu'il faut 26 000 parties de ce liquide pour en dissoudre 1 partie à 15 degrés (Wilson). Il est soluble clans l'acide fluorhydrique et dans l'acide chlorhydriqûe concentré; l'eau le précipite de celte dissolution.
33° Expérience. — J'ai mêlé à la nourriture d'un chien du fluorure de calcium naturel réduit en poudre fine et du fluorure obtenu par précipitation. Je n'ai rien observé de particulier dans ces deux cns.
Il serait intéressant de chercher si l'eau chargée d'acide carbonique est apte à dissoudre une certaine quantité de ce sel i s'il en était ainsi, on expliquerait plus facilement sa pré sence dans les végétaux et dans les animaux. Du reste, M. Nicklès a déjà fait remarquer qu'on trouve du fluor dans les eaux renfermant du bicarbonate de calcium.
IIP GROUPE. — FLUORURES DIVERS.
Parmi les autres fluorures métalliques, je n'ai étudié que ceux de zinc, de plomb et d'argent. Il serait curieux de faire des recherches sur le fluorure d'antimoine, qui, à l'inverse du chlorure, ne se décompose pas dans l'eau. Quant aux fluorures de mercure, le protofluorure, correspondant au calomel, est insoluble; le bifluorure, correspondant au sublimé corrosif, est décomposé par l'eau. Je me propose de faire plus tard des recherches sur tous ces composés métalliques du fluor.
1° Fluorure de zinc (ZnFl2).
Le fluorure de zinc est un sel blanc, peu solublc dans l'eau, plus solublc dans l'acide fluorhydrique. On l'obtient facilement en précipitant un sel de zinc par un fluorure alcalin . Celui que j'ai employé dans mes expériences a clé préparé d'une manière plus directe : comme le zinc se dissout très-lentement dans l'acide lluorhydrique, j'ai traite le carbonate de zinc par cet acide, et j'ai obtenu un sel qui, lavé à plusieurs
reprises avec de l'eau distillée, pouvait être considéré comme parfaitement pur.
34e Expérience. — Je mêle à la nourriture d'un chien de taille moyenne 50 centigrammes de fluorure de zinc. Je n'observe aucun symptôme morbide, la santé est parfaite.
35e Expérience. — Le lendemain la dose de fluorure est doublée et mélangée comme auparavant avec de la soupe. Le chien en mange suivant son appétit, mais, un quart d'heure après l'ingestion du sel, il rend ses aliments. Je n'observe pas les vomissements jaunâtres et spumeux, comme ceux qu'avaient produits les fluorures d'ammonium et de potassium. D'ailleurs l'animal ne paraît pas souffrir, et sa santé demeure intacte.
On voit, d'après les caractères assignés au fluorure de zinc, que ce corps diffère complètement du chlorure; on voit de plus qu'à la dose de 50 centigrammes, il n'a produit aucun effet morbide, ce qui tient sans doute à son peu de solubilité.
Je me propose de faire avec ce même sel des expériences sur des lapins.
Le fluorure de cadmium n'a pas été essayé ; il est analogue au fluorure de zinc par ses propriétés chimiques, si ce n'est qu'il est encore plus soluble que ce dernier dans l'acide fluorhydrique.
•2° Fluorure de plomb (PbFl2).
Ce corps est blanc comme le fluorure de zinc, amorphe, presque insoluble dans l'eau et dans l'acide fluorhydrique. On l'obtient en précipitant, par l'acide fluorhydrique ou un