HISTORIQUE
De tout temps la question des eaux a été une de celles dont s’est le plus vivement préoccupé l’administration des villes. C’est ainsi que nous voyons en Grèce les fontaines publiques être l’objet de soins tout particuliers de la part des municipalités; outre qu elles étaient mises sous la protection de quelque déesse, des officiers spéciaux étaient chargés de leur surveillance et pouvaient prétendre à d’insignes honneurs quand ils remplissaient bien leur tâche. Des peines graves étaient édictées contre ceux qui portiaent préjudice à ces eaux et les pénalités, qui se bornaient à l’amende pour les citoyens, allaient pour les
esclaves et les étrangers jusqu’à l’emprisonnement et la fustigation.
A Rome, on but tout d’abord l’eau du Tibre, mais bientôt ayant reconnu sa mauvaise qualité, les Romains ne reculèrent pas devant des travaux considérables pour en amener de sources très éloignées. La police des eaux forunies par les aqueducs, confiée successivement à divers fonctionnaires, fut enfin dévolue à des commissaires spéciaux des eaux.
Ces travaux que les Romains firent en Ralie pour se procurer une bonne eau de boisson, ils les répétèrent partout où ils passèrent et notamment en Gaule : les aqueducs de Paris, Clermont-Ferrand et Nîmes sont bien connus.
A Lyon même, plusieurs aqueducs existaient, dont le plus célèbre est celui qui amenait à Lyon les eaux du mont Pilât en passant parChaponost etBaunand, où l’on voit encore des restes de ces gigantesques constructions. Cet aqueduc est surtout intéressant, parce que c’est le seul, où pour économiser des travaux, les Romains aient mis à profit la théorie du siphon. Les eaux, avant de traverser la vallée d’Yzeron, se réunissaient dans un réservoir d’où partaient douze tuyaux en plomb, qui, portés par des massifs de maçonnerie élevés dans le vallon, allaient se jeter sur la colline opposée dans un deuxième réservoir d’où se faisait la distribution des eaux.
Moins heureux, ou plus mal entretenus que ceux de Rome, la plupart des aqueducs de la France ne sont plus qu’à l’état de ruines. Beaucbup, du reste, étaient des œuvres de plaisance, et celui du mont
Pilât était dans ce cas, puisqu’il fut établi en principe pour fournir de l’eau au palais royal de l’empereur Claude, installé à Fourvières.
Rome, qui est encore alimentée par la plupart de ses anciens aqueducs conservés en bon état, est la ville du monde la mieux pourvue d’eau. Chaque habitant dispose de plus de 200 litres par jour: les jets d’eau et les fontaines publiques fonctionnent jour et nuit, et ce continuel renouvellement de l’eau, ce mouvement incessant auquel elle est soumise, doivent s’opposer d’une manière efficace au développement des microorganismes .qui, au contraire, se reproduisent si rapidement dans l’eau stagnante.
Nous n’avons que peu de renseignements sur l’eau employée à Lyon pour l’alimentation des habitants des premiers siècles de sa fondation. La ville était alors sur le coteau de Fourvières, et il est probable que l’on dut utiliser les nombreuses sources que l'on voit encore maintenant en divers points de la colline.
Puis, les habitants devenant plus nombreux, envahirent peu à peu les bas quartiers et la Croix- Rousse; on but alors de l’eau de puits et celles plus ou moins grossièrement filtrées du Rhône et de la Saône.
Dès 1770, on se préoccupa activement de distribuer à l’agglomération lyonnaise une eau potable de bonne qualité et en quantité suffisante. A cette époque, l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon organisa à trois reprises un concours de mémoires sur ce sujet. De son côté, l’administration ne se désintéressa pas de la question. Déjà l’eau de la D. r
Saône était rejetée par tout le monde; mais le litige demeura longtemps en suspens entre les partisans des eaux du Rhône et ceux qui leur préféraient les eaux des sources des Lords de la Saône.
En 1840, M. Alphonse Dnpascpiier publia un ouvrage sur la comparaison des eaux de source et des eaux de rivière ; il conclut en faisant ressortir l’avantage qui résulterait pour la ville d’amener à Lyon les eaux dérivées des sources de la Roye, Ronzier, Fontaines, Neuville, etc. D’après lui, on pourrait ainsi obtenir quotidiennement 10 à *20 millions de litres d’une eau excellente qui, amenée à Lyon à une altitude de .'1.3 h .3.5 mètres, })Ourrait aisément être distribuée dans toute la partie basse de la ville, sous la réserve d’en utiliser une partie comme force motrice pour élever à la Croix-Rousse une quantité suftisante pour les hauts quartiers : Saint-.Just, Fourvières et le plateau de la Croix-Rousse.
Cet ouvrage est accompagné d’un examen microscopique comparatif des eaux de ces sources et de celles du Rhône et de la Saône aux diverses époques de l’année. Cette analyse, faite par le D'' Donné, de Paris, mentionne la présence d’animalcules infusoires en plus faible quantité dans les eaux de source. Les conditions défavorables dans lesquelles se sont faits ces examens leur ôtent toute valeur scientifique; mais on peut néanmoins les considérer comme un acheminement vers les méthodes bactériologiques.
En 1843, M. Terme, ancien préfet de Lyon, étudiant les divers procédés pour amener de l’eau à Lyon : restauration d’aqueduc, élévation de l’eau du
Rhône, etc., conclut ümileinent en faveur de la dérivation des eaux des sources des bords de la Saône.
En 184.3, Monfalcon et de Polinière, dans
leur Hygiène de la, ville de Lyon, se rangent à l’avis de M. Terme.
Mais en 1846, le Conseil municipal rejeta comme insuffisantes les eaux de la Saône et celles des sources de la Roye et de Neuville, et donna la préférence aux eaux du Rhône pour être distribuées pour l’alimentation. Un arrêté du Préfet, Jayr, confirma cette décision.
En 1847, M. Reyre présenta un avant-projet au sujet de la distribution des eaux du Rhône. Longtemps ce projet fut remanié et son exécution ajournée, et la Compagnie des eaux de source continua à fonctionner à Vaise, la Guillotièreet la Croix-Rousse, plusieurs années encore après l’entrée en fonction de la Compagnie des eaux du Rhône.
Ce n'est qu’en 1853 que fut signé le traité de cette Compagnie, qui entra en action dès 1856; pourtant la colline de Fourvières ne fut desservie qu’après 1859, et l’on dut pour cela élever à Montessuy la colonne de 60 mètres de hauteur qui existe encore.
L’organisation, telle qu’elle fut faite alors, est demeurée dans ses grandes lignes telle qu’elle est encore de nos jours.
Nous arrêterons ici ce court aperçu historique, et nous ne nous occuperons pas de l’état où en est la question actuellement au point de vue administratif. De nombreux projets d’eaux ont été proposés à la municipalité, qui ne s’est encore prononcée pour aucun.
La plus grande partie de l’eau consommée à Lyon est fournie par la Compagnie des eaux du Rhône; pourtant, il existe encore deux autres modes d’alimentation qui ont une certaine importance dans notre ville ; les sources et les puits. Ces derniers, surtout, sont excessivements fréquents, principalement sur la rive gauche du Rhône, dans les quartiers has des Brotteaux et de la Guillotière où une maison sans puits est excessivement rare.
Les sources n’existent que sur les coteaux, principalement celui de Fourvières, où elles sont en assez grande abondance.
Nous nous proposons dans ce travail d’envisager au point de vue de l’hygiène, la valeur de ces trois catégories d’eaux potables ; notre sujet se trouve donc, par ce fait, divisé en trois parties bien distinctes. Dans un quatrième chapitre, nous résumerons les conséquences qui découlent de ces études, et nous tirerons les conclusions pratiques qui en dérivent.
Nous n’avons en vue dans ce mémoire que la ville de Lyon ; aussi, n’insisterons-nous sur le S3^stème des eaux de telle ou telle ville, que pour prendre un terme de comparaison et voir les avantages résultant de leurs procédés.
Nous avons entrepris cette étude avec la plus parfaite impartialité, et nous nous contenterons toujours de l’examen des faits, évitant avec soin toute assertion théorique ; l’hygiène, qui est une science positive par excellence, ne pouvait avoir de meilleur auxiliaire que la bactériologie.