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Mais il est une autre forme de la striation qui ne saurait reconnaître la même cause; c'est celle qu'on rencontre, en particulier, dans les fibres des Apocynées. L'explication de STRASBURGER (/. €.) à ce sujet est en tous points inadmissible.
Deux fragments d'un ruban enroulé en spirale, rapprochés jusqu'au contact, ne peuvent laisser entre eux aucune ligne de démarcalion, s'ils sont aussi réfringents l'un que l’autre et si leur adhésion est complète.
Comme le fait remarquer Correxs, les « lignes de contact » se comprendraient et on s’expliquerait qu'elles fussent visibles, si elles marquaient la limite entre deux substancesde pouvoirs réfringents différents : mais tant que les bandes oules lamelles en contact ontmème indice de réfraction, on ne peut distinguer entre elles aucune ligne de séparation.
Une excellente preuve à l'appui de ceci a été fournie par KRABBE (46, 368), à l’occasion de ces mêmes fibres d'Apocynées, el nous avons déjà rapporté ses observations à ce sujet.
Les fibres des Apocynées, comme celles des Asclépiadées et de l'Euphorbia palustris, portent des renflements qui alternent avec des parties amincies. Aux endroits renflés, des amas de protoplasme se trouvent pris entre les lamelles convexes et il est très facile, comme cela a été dit, de décomposer, en ce point, la membrane, en ses strates constitutives ; mais, aux extrémités supérieure et inférieure de l'élargissement, les amas de protoplasme se terminent en coin, et forment finalement une ligne fine qui ne tarde pas à disparaitre. À partir de ce moment, deux lamelles successives, auparavant très visibles, grâce à la substance intermédiaire, se confondent totalement, sans qu'il soit possible d'apercevoir entre elles aucune ligne de séparation. Cette ligne doit donc être formée par une substance spéciale, pour être vue.
Expérimentalement, la théorie de la «ligne de contact» de Srras- BURGER peut être tout aussi facilement réfutée. On n'a qu'à sécher une fibre, l'examiner dans un liquide dont l'indice de réfraction soit voisin de celui de la substance qui constitue la membrane,et la strialion disparaît complètement ou presque complètement.
C'est donc ailleurs que dans la raison donnée par STRASBURGER, qu'il faut chercher la cause du phénomène.
Si maintenant, comme l’a fait CoRREN<, on observe dans l'alcool
absolu les fibres péricycliques desséchées au préalable, on voit la siriation exister encore, même dans deux directions ; elle paraît toutefois plus affaiblie que lorsqu'elle est imbibée d’eau. I suffit, en effet, de plonger la préparation dans l'eau pour voir les stries beaucoup plus distinctement et pour assister — fait plus important encore — à l'apparition de stries nouvelles. L'imbibition au moyen de l'eau détermine donc la production de stries qu'on n'apercevait pas auparavant.
Que l’on compare alors les deux préparations en abaissant le tube du microscope pour rechercher siles stries aperçues sont dans un même plan, ou si, au contraire, elles appartiennent à des assises différentes.
Il est certain que si les stries inclinées de gauche à droite par exemple, sont à un niveau supérieur à celles inclinées de droite à
Fig. 33. — Striation de la membrane dans une partie élargie d’une fibre libébérienne de Vinca minor. — 1. La membrane imbibée d'eau. — II. La membrane desséchée et incluse dans l'alcool absolu {CoRREns).
gauche, ces stries étant sombres avec une telle mise au point, la teinte devra être plus sombre encore, à leur intersection. Or, cela arrive dans le deuxième cas,c'est-à-dire quand la membrane est imbibée d’eau (fig.33, 1), mais non pas quand elle est déshydratée (IT).
Ainsi donc, lorsque la membrane est privée d'eau, la striation qui persiste ne peut être due qu'à des rainures que l'alcool, en les envahissant, permet d'apercevoir el qui paraissent se croiser à un même niveau.
Quand elle est plongée dans l'eau, des stries apparaissent à des niveaux différents; mais, au point de vue de leur nature, il est plus difficile de se prononcer, et on se trouve pris entre deux alternati-
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ves : ou bien il y a, comme le veut Dirrpez, des fentes spiralées se remplissant d'eau et apparaissant dès lors très nettement ; ou bien c'est une alternance de substances riches etpauvres en eau, celles-ci pouvant d'ailleurs représenter une seule individualité chimique ou deux composés différents. Dans tous les cas, c2t exemple montre que la striation n'est pas toujours due, dans une même membrane, à une seule et mème cause, mais, qu'au contraire, les causes probables, énoncées au commencement de cette étude, peuvent se trouver combinées de façons diverses.
Les vues nouvelles de STRASBURGER (414, 569) sur la constitution intime de la membrane, lui permettent d'expliquer, dans une cer- {aine mesure, quelques observations de CorRess et d'apporter une donnée de plus, au phénomène dela striation.
Correns, en se servant d'une technique spéciale, imprègne des fibres de nitrate d'argent et trouve que les lignes étroites et sombres qui, dans la striation comme dans la stratification, sont intercalées auxlignes épaisses et claires, absorbent el réduisent plus facilement ce sel. Elles se dessinent donc, avec une teinte brune plus ou moins accentuée et, à un très fort grossissement, se traduisent par des lignes noires formées d'une série de points. La parfaite concordance existant entre la striation et la stratification, fait songer aux bâtonnets, distants les uns des autres, qu'on observe dans certaines lamelles minces. Pour SrRAsBuRGER, les stries sombres seraient dues à une structure semblable. Ce dépôt d'argent remplirait les intervalles laissés entre les bâtonnets.
Il se passerait ici quelque chose de tout à fait analogue à ce qu'on constate, dans la couche à bâtonnets du grain de pollen, lorsqu'on la soumet à l’action des colorants. Ceux-ci ne se fixent pas sur les bâtonnets, mais se localisent dans leurs intervalles, comme fait ici le sel d'argent.
Celte interprétation concorde tout à fait avec les vues de DipreL (9, 169). Un des premiers, il a remarqué que l'inclusion des fibres dans un milieu très réfringent, a pour résullat le renversement de l'image. Lesstries claires deviennentsombresel inversement. Le phénomène s'explique fort bien, si l'on admet la structure en bâtonnet des stries, car le liquide d'inclusion remplit leurs intervalles, et, s'il est très réfringent, c'est la sirie primitivement sombre qui apparaît la plus brillante.
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Quand on examine une fibre en coupe transversale, on peut s'assurer que les stries ne se correspondent pas dans les couches qui se suivent (fig. 34). Comme l'a montré Kragge (46), ordinairement, elles sont plus ou moins obliques et non tout à fait radiales ; de plus, elles ne sont pas droites, mais, au contraire, plus ou moins courbées.
Lorsque, dans une même membrane, il y a deux systèmes de stries, l'examen de la membrane en surface, avec un grossissement suffisant, montre avec certitude que les stries des deux systèmes appartiennent à des couches différentes. C’est l'opinion de DiPrez, STRASBURGER, KRABBE et CORRENS, qui con-
cluent dans un sens tout à fait opposé à Fig. 34. — Coupe transver-
celui de NAEGELI. sale d’une fibre libérienne
On peut enfin, aussi, observer parfois de NOM le Date SEE Ë Ê à direction des stries (Cor-
que les stries d'un seul et même sys- RENS).
tème, par exemple les stries obliques à
gauche, ne sont pas toutes exactement parallèles. Elles forment parfois des angles de plusieurs degrés (5 degrés chez Nerium Oleander ).
En résumé, la striation reconnaît donc bien deux causes. Elle est produite soil par un épaississement localisé, soit par différenciation de la membrane. C'est dans ce cas seulementqu'il y a véritablement striation ; le premier n'est qu'une forme de l’épaississement en général.
Quant à la différenciation, elle provient de l'hydratation plus ou moins grande des stries et ne provient que de là. Jamais COoRRENS ne l'a vue être indépendante de la quantité d’eau et tenir seulement à des propriétés optiques spéciales de la substance des stries.
Cette différence d'hydratation n'exclut pas une différence chimique de la substance des stries. L'une peut même être la conséquence de l’autre. Il n’est pas impossible que les stries claires et Les siries foncées soient formées de deux matières distinctes, par leur composition chimique, et dont l'une est plus hygroscopique que l’autre. Cette dernière hypothèse est-elle la vraie, et dans ce cas, quelle est la nature chimique de cette substance constitutive des
stries sombres et s'hydratant si facilement ? Nous possédons quelques indications à ce sujet, mais elles sont loin d'être suffisantes pour qu'il soit possible de répondre à ces questions.
Correns observe que la macération de Scauzze ou l'eau de Javel paraissent dissoudre une partie de la substance des stries foncées, tandis que l'autre persiste, comme une sorte de squelette unissant les deux stries claires voisines.
De son côté, SrrAsBuRGER (L. c.) est fort porté, comme nous l'avons dit, à altribuer à ces stries foncées la même structure qu'aux « lamelles de jonction » ou lamelles sombres de la membrane. Ce seraient aussi des couches à bâtonnets, el entre ces bâlonnets se trouverait une substance fixant fortement les sels d'argent.
Les vues des deux histologistes concordent donc entièrement : les bâtonnets de STRASBURGER correspondent au squelette admis par Correxs, el Lous deux admettent, en outre, l'existence d'une substance intermédiaire moins dense et moins résistante.
Cette substance est l'homologue de celle des « lamelles de jonclion ». Chez celte dernière, comme on l'a vu,elle montre une grande affinité pour les colorants, et lorsqu'il s'agit d'une fibre lignifiée, elle donne les réactions de la lignine avec plus d'intensité que le reste de la membrane. Elle témoigne, par conséquent, de caractères chimiques un peu spéciaux ; mais c'est tout ce qu'on sait sur sa nature, et c'est là aussi que se bornent nos connaissances sur la striation de la membrane.