CHAPITRE I
À peine l'électricité galvanique fut-elle découverte que Volta essaya l'influence des courants continus sur les diverses parties du corps humain et principalement sur les organes des sens, chose impossible jusqu'alors, l'électricité statique ne permettant pas de faire ces expériences.
Il expérimenta tout d'abord avec la chaine simple et n'obtint pour les organes de l'ouie et de l’odorat que des résultats négatifs, comme il le relate dans un article intitulé Nuevo oservaziont Sul élettricita animale.
Fowler (1796) faisant passer le courant par ses deux oreilles, n’obtint qu'une secousse désagréable de la tête. Volta
construisit alors un nouvel appareil avec lequel il recommencça et contrôla les expériences déjà faites avec la chaine simple. Parlant de l’action de sa pile sur l'organe de J'audi- On TOI
«Je n'ai plus qu'à dire un mot sur l'ouie: Ce sens que j'avais inutilement cherché à exciter avec deux seules lames métalliques, quoique les plus actives entre tous les moteurs d'électricité, savoir une d'argent ou d'or, et l'autre de zinc; je suis enfin parvenu à l’affecter avec mon nouvel appareil de 30 ou de 40 couples de ces métaux. J'ai introduit bien avant dans les deux oreilles deux espèces de sondes ou verges métalliques avec les bouts arrondis, et je les ai fait communiquer immédiatement aux deux extrémités de l'appareil. Au moment que le cercle a été ainsi complété, j'ai reçu une secousse dans la tête, et quelques moments après (les communications continuant sans aucune interruption), j'ai commencé à sentir un son, ou plutôt un bruit dans les oreilles, que je ne saurais bien définir : c'était une espèce de craquement à secousse ou pétillement, comme si quelque pète ou matière tenace bouillonnait. Ce bruit continua sans relâche et sans augmentation tout le temps que le cercle fut complet. La sensation désagréable et que je craignais dangereuse de la secousse dans le cerveau, a fait que je n'ai pas répété plusieurs fois cette expérience. »
Ritter (1801) fait observer que si on met les deux oreilles en communication avec une chaîne d’une forte batterie, on perçoit un son particulier un peu inférieur à un sol dièze, et que ce son est plus faible à l'ouverture qu'à la fermeture. Il fait remarquer en outre qu’une seule oreille étant en communication avec la batterie, et la chaine fermée par la main du côté opposé, si c'est le pôle de zinc qui est en communication avec l'oreille, le son est inférieur au sol dièze, la sensation
est plus faible à la fermeture qu’à l'ouverture, et le courant augmentant d'intensité, le son diminue.
Si, au contraire, c’est le pôle de cuivre qui correspond à l'oreille, le son est supérieur au 50! dièze, la sensation à l'ouverture est plus forte qu’à la fermeture, et le courant augmentant d'intensité, le son devient plus fort.
D'après lui, ces sensations ne sont pas subjectives de l'organe de l'ouie, mais plutôt le résultat de décomposition des liquides, d’où production de gaz qui pénètrent dans le conduit auditif et occasionnent des bruits.
Grapengiesser (1801) remarque, comme Volta et Ritter, une sensation uniforme pendant le passage du courant à travers les deux oreilles, et il dit:
« Le pôle de zinc (négatif) agit avec une force plus grande, s'irradie dans toutes les directions et provoque des bruits et des bourdonnements plus intenses que le pôle d'argent. Si le courant devient progressivement plus faible, le pôle de zinc produit encore une sensation, alors que déjà le pôle d'argent est sans effet. »
Grapengiesser combat l'opinion de Ritter au sujet de la cause des bruits perçus, et il s'appuie sur ce fait que dans certaines maladies de l'oreille, le son persiste un moment après l'ouverture du courant.
De 1801 à 1803, Augustin, Derselbe, Flies, Hellwag, Struwe, Wolke, Sprenger, Martens, s’occupèrent successivement de la question.
Hildebrandt (1809), se basant sur les expériences de Volta et de Ritter, avançait que la sensibilité spéciale de l'organe de l’ouie pouvait être excitée par le courant galvanique.
Paul Erman (1812), reprenant la question, s'exprime ainsi dans son article intitulé: Muscular contractions : « On ne peut déterminer exactement la nature des bruits; tout se
He
borne à des bruits répétés qu’on ne saurait mieux comparer qu'à ceux produits par une foule de boules roulant dans l'appareil auditif. J'ai obtenu cette description de beaucoup de sourds. »
Et plus loin : « Je n’ai jamais obtenu ni sur moi ni sur les autres, un son aussi bien déterminé que celui percu par Ritter. »
Wagner et Weber soutiennent qu'il est très difficile de provoquer des sons dans l'oreille par des courants continus.
Longet (1850) ne doute pas que le nerf acoustique ne puisse être excité comme les autres nerfs des organes des sens, mais il doute que dans l'expérience de Volta, le courant ait atteint le nerf acoustique.
Budge (1853) dit: « Par l'excitation électrique naissent parfois des sensations électriques. »
Allolf Fick ajoute: « On n'est pas encore sûr si on peut exciter la sensibilité spéciale du nerf acoustique par les autres sensations venues du dehors (chimiques, électriques, thermiques) ou obtenir simplement les réactions générales des nerfs sensitifs. »
Moos (1861) déclare que la surdité est due à une lésion du labyrinthe ou du nerf auditif toutes les fois qu'un courant galvanique assez fort pour déterminer des contractions dans les muscles de la face et des extrémités, est impuissant à développer des sensations subjectives de l'ouie.
La découverte de Faradey élargit encore le champ des expériences.
Katolinsky (1863) étudie l'influence de la direction du courant à travers le nerf acoustique sur la sensation auditive; et pour lui, le courant continu produit avec 12 à 15 couples de Daniel des sensations plus intenses que le courant d’induction. Les sensations principales sont celles äe fourmille-
ments. de bruits d’eau, de roulements de voiture et de bruits métalliques. Il trouve en outre que: « chez une personne ayant l'oreille saine, le pôle positif étant appliqué sur l’apophyse mastoïde, et le pôle négatif introduit dans l'oreille externe, le courant étant par conséquent descendant, les sensations perçues sont plus fortes que si on renverse les pôles, le courant devenant alors ascendant. »
Brenner (1863), dans son grand ouvrage intitulé: Untersuchungen und beobachtimgem aufdem gebiete der Electrotherapie, cherche à différencier les sons produits par le courant induit et le courant continu, à l'ouverture, à la fermeture, et pendant lc passage du courant.
Il trouvait que le courant Faradique appliqué à l'oreille ou dans son voisinage, produisait un tintement ou un bourdonnement ou un grondement, suivant le mode d'application ou la force du courant. Ces bruits, disait-il, étaient dus en partie aux contractions musculaires.
Pour le courant galvanique, le nerf réagit à certaines lois données.
La formule normale est la suivante :
Ka Skl — Son distinct et accentué.
Ka Skl — Son disparaissant par degrés.
Ka O = Pas de sensation de son,
An S — >» »
An D — » »
An O KI — Son léger et bref semblable à Kas.
Dans ces formules Ka signifie Kathode (pôle négatif), An — Anode (pôle positif, $ = Fermeture (Schliesung). O — Ouverture (Ocffnung), D = Durée du courant (Stromesdauer).
Pf — Sifflement.
K1 = Tintement.
S — Sifflement.
=. ee
A la formule normale il en oppose une autre ou formule anormale qui est la suivante :
Ka SES
KDE
Ka OS S, — Son décroissant.
An $ $’ — Son bruyant.
An D = Son durable.
An O = Rien.
Pour mieux exciter le nerf, il emplissait l'oreille d’eau salée, dans laquelle il plongeait le pôle actif d’une pile, l’électrode indifférente, large et ronde étant placée sur la nuque. IL faisait alors passer des courants d'une très grande intensité.
Il arriva par ce moyen aux conclusions suivantes :
Le pôle négatif étant appliqué à l'oreille, il se produit une sensation sonore à la fermeture du courant, sensation qui se continue pendant toute la durée du passage, mais en diminuant peu à peu de force et d'intensité.
Aucune sensation sonore n'est perçue à l'ouverture du courant. Si maintenant on applique le pôle positif à l'oreille, à l'ouverture seulement il se produit un son et encore ce son est très faible. A la fermeture et pendant le passage, rien ne se produit.
Dans les cas pathologiques, «la réaction du nerf acoustique subit des changements variables qu'on peut classer ainsi.»
19 HyPÉRESTHÉSIE DU NERF Le nerf réagit sans qu’il soit nécessaire d'employer l'inten-
sité capable de provoquer la réaction du nerf sain ; la réaction est plus forte et dure plus longtemps.
20 CHANGEMENTS DANS LA FORMULE DE LA RÉACTION SANS QU'IL Y AIT TOUTEFOIS D'HYPERESTHÉSIE
Dans ce cas : ou bien ces changements sont contraires à la formule normale, ou bien cette même formule est changée de différentes facons.