ANESTHÉSIE DU NERF
Ce dernier ne réagit plus, ou s’il réagit, le courant employé est plus fort que celui qui provoque la réaction du nerf sain.
Pour lui, la formule normale ne peut-être obtenue que dans un certain nombre de cas et souvent seulement sous l'influence de courants douloureux ; etil termine l'histoire de l'excitation électrique du nerf auditif par ces mots : « Il n’est pas démontré que le nerf acoustique réagisse sous l'influence d’un courant électrique et l'on ignore comment se fait cette réaction ».
Pour la valeur thérapeutique, Brenner ajoute:
1o Le courant galvanique est indiqué, non seulement dans les cas ou l’on ne peut diagnostiquer aucun changement morbide, mais encore chaque fois que la réaction anormale du courant montre que le nerf participe à l'affection;
20 Le traitement galvanique peut aider la resorption des produits morbides.
Les lois normales posées par Brenner, n'étaient après tout que l'application des lois générales à une fonction spéciale. En effet, si l’on excite des muscles par l'intermédiaire du nerf moteur, les réactions sont les mêmes et les contractions
Loi
correspondent exactement aux sensations sonores produites dans l'oreille.
Il affirmait de plus que ces phénomènes acoustiques étaient dues à l'excitation directe du nerf acoustique et non à une action réflexe sur le trijumeau; et que l'appareil nerveux réagit surtout quand il est lésé.
Sitsyanko (1867), Brenner (1868), Eulenbourg (1869), reprennent l: question sans l’approfondir davantage.
Hagen (1866-1869), comme Brenner l'avait déjà fait, étudie alors les modifications produites dans les sensations perçues par l’altération plus ou moins grande du nerf et il formule ainsi les résultats de ses recherches:
1° Le nerf acoustique réagit sous l'influence du courant galvanique ;
2? Gràce à l’irritation galvanique de ce nerf, on ne peut reconnaître s'il est lésé ou non et ce moyen seul permet de s'en assurer ;
3° On peut diagnostiquer avec certitude, grace au courant, une perforation de la membrane dn tympan;
4° Dans une oreille malade, l'irritation du nerf fait connaître s'il est également atteint;
5° Lorsqu'ea même temps que ‘des bourdonnements d'oreille, il existe de l’hyperesthésie du nerf, on peut abolir ces sensations momentanément ou d'une manière durable.
Wreden emploie une autre méthode d'électrisation et introduit une sonde au moyen d’un cathéte:, jusque dans la trompe d'Eustache et même dans la caisse du tympan. Au moment du passage du courant, le sujet entendait des sifflements, des rugissements et des sons de cloche.
Mais loin d'être de l'avis de Brenner, qui attribuait ces perceptions sonores à l'irritation directe du nerf acoustique, il
donnait comme cause de ces sons, les contractions des petits muscles de l'oreille.
Erb (1869-70)thange le manuel opératoire et fait usage du mode d'exploration externe « J'ai modifié, dit-il, d’une façon que je crois utile, une méthode déjà emplovée par Brenner, la méthode des expériences dites extérieures, à l'aide de laquelle on atteint son but plus surement, et en tout cas, d'une manière plus agrèable pour la personne examinée. Elle consiste en ce qu'une grande électrode d'éponge humide ou plutôt une électrode « moyenne », soit posée et maintenue solidement, immédiatement devant le conduit auditif, avec légère pression du tragus, mais sans remplissage d'eau et sans obstruction du conduit auditif. L'application de l'électrode indifférente sur la nuque, facilite pareillement l’expérience. On fait alors, la force du courant s’accroissant toujours, des fermetures réitérées de la kathode, dans l'intervalle des fermetures de l’anode, ou, quand l'excitation est très faible, des revirements réitérés du courant, et l’on engage la personne examinée à faire spécialement attention aux sensations de l'ouïe et à négliger autant que possible les autres phénomènes ».
Il retrouve la formule normale de Brenner et déclare que « la qualité des sensations des sons qui se manifeste diffère d'individu à individu mais bien moins chez les personnes saines que chez celles qui souffrent des oreilles.
John Roosa (1880) dans son ouvrage sur l’électrodiagnostic des maladies du nerf auditif avoue : « qu'il ne peut croire à la valeur pratique de l'électricité pour le diagnostic ou le traitement des maiadies de l'oreille », tr itement qu'il a d'ailleurs complètement abandonné.
Schwartze discute les théories de Brenner mais n'approfondit pas le sujet.
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Blake trouve que: « Le passage du courant galvanique augmente non seulement la limite de perception des tons musicaux, mais aussi l'intensité de perception, le degré d'augmentation de l'intensité de perception étant une mesure du degré de l'intensité avec laquelle le nerf réagit au stimulant. »
Loewenberg (1872), Keisselbach (1882), Benedickt (1888), Gellé (1888-89) soutenaient que les sensations subjectives de l'appareil de perception des sons étaient dues à des contractions fibrillaires des petits muscles de l'oreille moyenne, tandis que d’autres, Bernhart, Massini, Houghton, Ewald, Piscarolo et Silva défendaient la théorie de Brenner.
Pollak et Gaertner (1888), font sur l’excitabilité du nerf acoustique par l'électricité des recherches dont voici les conclusions : « Le nerf acoustique de l'oreille normale ne réagit ordinairement pas aux courants d'une intensité moyenne (15 M A). Quand il s’agit d'otites à forme sécrétoire la réaction a lieu même lorqu'on emploie des courants faibles. Ce qui fait que les auteurs ne sont pas d'accord sur le degré d’excitabilité électrique du nerf acoustique, c’est qu'ils ont eu recours à des procédés défectueux. L'appareil de Gaertner est le meilleur, l'électrode positive est appliquée sur le tragus et l'électrode négative au bras du côté opposé. L'examen des oreilles normale a donné presque toujours un résultat négatif. L'excitation galvanique, n'a produit de sensation auditive que dans le cas d'inflammation de l'oreille moyenne. »
Pour expliquer ce fait, Pollak et Gaertner admettent que les terminaisons du nerf acoustique, ne sont excitées que lorsqu'elles ne sont plus isolées du courant par leur enveloppe osseuse. L'excitation électrique se produit également dans les inflammations chroniques de l'oreille moyenne, ce qui s'ex-
plique facilement car les altérations des éléments anatomiques augmentent la conductibilité électrique.
Lorsque les bruits sont perçus par l'oreille du côté opposé à l'oreille en expérience, la réaction est dite paradoxale, on l'observe dans les cas ou des courants très faibles provoquent des sensations auditives, ce qui s'explique par la diminution de la résistance électrique.
Laroche (1887) fait connaître les résultats de ses expériences. Il essaya d'appliquer l'électricité au traitement des surdités nerveuses, et dans certains cas d’hyperesthésie du nerf, 1l retrouva la formule anormale de Brenner et constata même parfois l'inversron complète de la formule. Il ajoute : « Dans l'hyperesthésie avec altération de la formule tous les efforts doivent tendre au rétablissement de la réaction physiologique. »
Beard et Rockwell reprennent les expériences de Brenner, disent retrouver la formule normale et appliquent l'électricité au traitement des surdités hystériques. Ils avouent cependant ne pas trouver chaque fois la formule ncrmale et bien souvent seulement avec des courants douloureux. Ils essayent également de traiter les surdités consécutives à une fièvre cérébrospinale ainsi que les suppurations chroniques de l'oreille par le courant galvanique.
Perrelet dans une thèse soutenue à Lyon en 1890, publia les résultats de ses recherches. Il expérimenta avec la méthode de Wyss qui consiste à introduire dans le conduit auditif externe, un tampon d'ouate hydrophile trempée dans de l'eau. L’électrode indifférente est tenue dans la main du côté opposé. Il fit des recherches sur des individus sains, sur d'autres dont les oreilles étaient malades et il rechercha
‘également l'influence de la quinine et du salicylate de souüe sur les sensations subjectives de l'organe de l'ouie.
Ses conclusions sont les suivantes :
1° La réaction de l'appareil auditif sous un courant de galvanisation se manifeste par un son que l’on peut classer dans l'échelle musicale. Ce son est le plus souvent un sifflement ou un tintement métallique d'un timbre électrique, bruits se produisant aux ouvertures, fermetures et renversements du courant, ne doivent pas être considérés comme une manifestation de la réaction électrique ;
2° La cause de la réaction électrique siège très probablement dans un trouble de nutrition ou de circulation du nerf de la huitième paire;
3° Son siège doit se placer en tout cas dans l'appareil nerveux de l'oreille et probablement dans le tronc du nerf lui-même ;
40 La meilleure méthode pour obtenir cette réaction, est le passage du courant inverse de temps à autre par le commutateur;
5° Les maladies dans lesquelles on obtient la réaction électrique, sont complètement indéterminées; l'électricité ne peut donc, sauf de rares exceptions, servir de moyen de diagnostic;
6° La valeur thérapeutique de l'électricité n’est pas encore très determinée. Cependant dans les bourdonnements d'oreille d'origine interne, elle semble agir très bien.
Enfin Gradenigo fit un très grand nombre d'expériences sur des individus sains et sur d’autres dont les oreilles étaient malades. Il rechercha les modifications des réactions électriques sur les sujets névrosés, sur ceux aiteints de tumeurs cérébrales ou d’autres affections du cerveau et de la moelle. Pour ces expérimentations, il se servit de la méthode interne de Brenner et de la méthode externe d’Erb, et dans une
lettre qu'il nous fit l'honneur de nous adresser le 3 mars 1892, il nous communiqua les résultats de ses travaux.
« J'ai observé, dit-il, que chez les individus sains à organe de l'ouie normal, on n'obtient d'ordinaire (avec le courant galvanique à méthode d’application externe d’Erb) aucune réaction du nerf acoustique (même avec une intensité de 10 à 20 M A) excepté chez les personnes nerveuses ou facilement excitables, chez lesquelles, surtout en répétant les séances, on finit par obtenir une réaction avec un courant de 4 à 6 M A). Ces sujets constituent les 10 à 12 0/0 des personnes saines que J'ai observées.
Une réaction électrique du nerf acoustique s'obtient facilement dans les maladies de l'organe de l’ouie en général et du nerf lui-même, maladies dans lesquelles il existe soit un degré manifeste d'hyperhémie, soit de notables modifications dans les conditions de nutrition du nerf. C’est ainsi que l'on peut obtenir une réaction avec un courant même faible, dans le stade aigu d'une grave furonculose du conduit auditif externe, dans les otites moyennes purulentes, dans certaines poussées aigues d’otite catarrhales chroniques, dans les otites internes et dans les névrites de l’acoustique par méningite ou par tumeur cérébrale.
L'importance diagnostique d'une aussi facile réaction est, comme on le comprend aisément, assez faible dans les cas de maladies inflammatoires graves de l'oreille externe et moyenne, où l'examen objectif à lui seul nous permet de reconnaitre le siège et la nature de l'affection morbide; cette importance peut être au contraire très grande à mon avis dans les différentes affections de l’appareil de perception des sons. C’est précisément dans cette classe de ma’adies que la réaction électrique s'obtient avec les courants les plus faibles {M A et parfois des fractions seulement de M A) etil ya
motif à conclure de là pour une augmentation de l'excitabilité électrique du nerf acoustique. C’est une chose connue quon arrive souvent très difficilement à établir la cause d’une surdité qui est due à une lésion des organes de perception des sons. Maintenant il résulte de mes recherches que lorsque dans cette classe de maladies, on a une réaction facile du nerf acoustique, on peut admettre que le processus morbide du labyrinthe ou du tronc nerveux lui-même n'est pas encore éteint, et qu'il existe encore un certain degré d'hyperhémie. Le pronostic dans ce cas est plus favorable que lorsque avec l’existence d’une grave surdité nerveuse, on observe le manque d’excitabilité électrique du nerf acoustique. Dans ce cas on peut à mon avis penser qu'il s’agit, non pas d’un processus actif en pleine évolution, mais de processus déjà évolués dont l'issue est fatale et ne peut être modifiée.
En ce qui concerne le nerf acoustique, j'ai déjà indiqué comment une augmentation de son excitabilité électrique s'observe dans les lésions inflammatoires proprement dites, qu’elles soient en rapport avec des méningites, avec des tumeurs qui compriment le tronc nerveux (colesteatomes, sarcomes, etc.), ou simplement avec une névrite par stase analogue à celle que l'on observe à l'extrémité bulbaire du nerf optique, en rapport avec une augmentation de pression endocranienne causée par des tumeurs. Dans la surdité de l'hystérie et dans celle du tabes dorsal, la facile excitabilité du nerf acoustique fait défaut, d'après nos observations.
Une réaction facile à ‘obtenir peut s’observer dans les traumatismes de la tête, même plusieurs années après l’accident, et alors même (u'il n'existe pas de diminution appréciable de l'audition.
La réaction électrique du nerf acoustique vient à acquérir une signification diagnostique toute spéciale, ainsi que j'ai pu
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m'en assurer dans un Cas par l'examen anatomique, par ce fait qu'une stase lymphatique du tronc de l’acoustique provoquée par une tumeur endocranienne peut se révéler cliniquement rien que par une faible réaction électrique et cela alors même que la fonction auditive est normale, du moins en apparence. (Contr. à la path. du n. acoustique. Annales, 89.) En concluant, je crois pouvoir mettre en rapport la réaction facile au nerf acoustique (réaction de son avec un courant d'intensité inférienre à 6 m. amp., d'ordinaire 1 m. amp. et moins avec les conditions hyperhémiques du labyrinthe et du nerf lui-même).
Ces conditions hypérhémiques peuvent étre provoquées par des phénomènes inflammatoires ayant pour siège le labyrinthe ou le nerf lui-même, ou bien par la propagation de graves hypérhémies de la cavité tympanique, où encore par voie réflexe grâce à des phénomènes inflammatoires du côté du conduit auditif externe. Des arguments développés par moi ailleurs me font penser que la réaction électrique doit être attribuée au tronc lui-même du nerf acoustique plutôt qu'à ses ramifications labyrinthiques. Pour ce qui concerne la formule de la réaction, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai publié dans ma communication préliminaire. (Centralblatt f. d. med. Wissensch, 1888.
La formule est d'ordinaire normale. Les variations plutôt rares n’ont pas à mon avis de signification électrique bien définie.