‹ Étude historique, critique et expérimentale de l'action des courants continus sur le nerf acoustique à l'état sain et à l'état pathologiqueChapitre 8 sur 43 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Reprenons successivement tous les auteurs qui se sont occupés de la question et examinons leurs procédés et les résultats de leurs recherches.

Volta insiste surtout sur ce point, que c'étaient des bruits et non des sons qui étaient perçus, mais il ne fit qu'une expérience de laboratoire, sans aucune importance au point de vue clinique. On ne peut rien conclure de son expérienc2, qu'il ne renouvela pas, à cause des douleurs éprouvées. En effet, son procédé de fermeture du circuit l'exposait à tous les inconvénients des courants transverses: douleurs vives, vertiges, phosphénes, goût métallique, salivation, larmoiement, contraction des muscles de la face et partant difficulté extrême d'analyser les sensations.

L'explication de la cause des bruits, donnée par Ritter, peut être vraie avec la méthode interne, elle l’est moins avec la méthode externe.

Grapengiesser différencie l’action des pôles, mais ne fait connaître ni son mode d’expérimentation, ni les intensités électriques employées.

Ermann est moins explicite encore et se contente de chercher à préciser le genre des bruits perçus.

Wagner et Weber se rapprochent de nos conclusions, mais ils oublient de dire s'ils ont expérimenté sur des oreilles saines ou sur des oreilles malades et pas plus que les autres, ils n'indiquent la technique opératoire ni les intensités.

La conclusion de Moos est erronée, car c’est surtout dans les altérations du nerf ou du labyrinthe, qu'on obtient des réactions électriques, sauf toutefois quand la destruction est complète.

Katolinsky mesure les intensités, mais avec des appareils qui ne lui permettent d'avoir aucune précision il oublie, en outre, les résistances internes du circuit. Quant aux bruits perçus, il est probable qu'ils étaient dus à la pression de l'électrode, contre le tragus, ou la membrane du tympan. De plus, il attribue à la direction du courant, une action qui n'appartient qu'aux pôles.

Brenner approfondit le sujet, mais sa méthode d'expérimentation est défectueuse : L'eau salée, introduite dans l'oreille, sous l'influence électrolytique du courant, se décomposait et devenait cause de bruits. Le sujet éprouvait des douleurs très vives et de plus, les appareils primitifs dont il se servait, ne lui permettaient pas de faire des expériences bien précises. Aussi les conclusions se ressentent-elles de tous les défauts de l’expérimentation.

Jamais, chez aucun de nos sujets, nous n’avons pu retrouver la formule normale, à laquelle il voulait ramener tous les malades et qui pour lui était l'indice d'une oreille parfaitement saine. Brenner avait probablement voulu appliquer au nerf auditif les lois de Pfluger sur les nerfs moteurs, mais il revient sur ce qu'il avait avancé, quand à la fin de son ouvrage il conclut en disant: «Il n'est pas démontré que le

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nerf acoustique réagisse sous l'influence de l'électricité et l'on ignore comment se fait cette réaction ». |

C’est donc à tort que certains auteurs reproduisent cette notion erronée de la généralisation de la formule de Brenner, par l’auteur lui-même. Ses conclusions, à propos des oreilles malades, sont vraies en certains points et surtout lorsqu'il attribue en partie les sensations sonores aux contractions des petits muscles de l'oreille moyenne. Ces muscles, en effet, qui ne réagissent pas sous les courants de faible intensité, doivent se contracter dans une certaine mesure, lorsqu'on emploie des courants aussi considérables que ceux dont usèrent les premiers expérimentateurs.

Hagen fait usage de la méthode de Brenner et des mêmes moyens de mesure de l'intensité électrique. Quant à ses conclusions, nous voyons qu'il n'indique pas si les oreilles qui réagissent au courant galvanique sont saines ou malades; pas plus qu'il ne fait connaître la proportion des réactions obtenues. Comme sur 100 sujets à oreilles saines, il y en a de 12 à 13 qui ont des sensations subjectives de l'ouie, le seul moyen de diagnostic de lésion du nerf auditif indiqué par Hagen est assez problématique.

Pour le diagnostic de la perforation de la membrane du tympan, sa réaction électrique est au moins inutile, l'examen objectif permettant de reconnaître la lésion.

Nous démontrerons plus tard qu'une tumeur du cerveau, ou même une simple congestion du labyrinthe ou du nerf suffisent à produire une réaction électrique, et par conséquent cette même réaction ne peut étre une preuve évidente de l'altération du nerf.

Nous réfuterons les assertions de Wreden dans le chapitre suivant.

La méthode d’Erb est presque aussi douloureuse que celle

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de Brenner. Ni avec l’une ni avec l’autre, nous n’avons pu dépasser une intensité de 3 milliampéres, car les douleurs devenaient alors intolérables et les phénomènes subjectifs étaient trop violents pour permettre de continuer l'expérience. Brenner fermait le circuit par une électrode placée sur la nuque du sujet, Erb la plaçait dans la main, du côté opposé. Or, dans ce dernier mode de fermeture, il se produit des courants transverses qui produisent des vertiges internes.

Daus ses conclusions, 1l oublie de donner les proportions dans lesquelles varient les sensations perçues par les oreilles malades et par les oreilles saines.

Malgré les recommandations qui leur étaient faites, les sujets ne parvenaient pas à se débarrasser des phénomènes accessoires. Si les courants étaient trop intenses et si, au contraire, ils étaient trop faibles, aucune réaction n'avait lieu, bien que le nerf fut parcouru par les courants transverses du cerveau. |

Pollak et Gaertner ont formulé une conclusion semblable à la première des nôtres, mais ils ont négligé de donner la proposition d'oreiiles saines qui réagissent; de plus, la modification apportée par eux aux méthodes d'expérimentation employées jusqu'alors, ne diminue pas les courants transverses, et par conséquent n’est pas d'une très grande importance.

La méthode de Wyss, employée par Perrelet, est une des meilleures ; mais la fermeture du circuit par la main du côté opposé, expose à tous les phénomènes décrits plus haut. Ses conclusions sont vagues, car il n’expérimente que sur un petit nombre de sujets.

Nous ne parlerons plus des inconvénients de la méthode d'Erb, dont s'est servi Gradenigo, pour faire ses nombreuses expériences.

Nous regrettons qu’il ne nous ait pas fait connaitre les appareils dont il s’est servi pour examiner ses sujets. Quant au diagnostic des tumeurs cérébrales, comme toute hypérhémie du labyrinthe ou du nerf peuvent donner lieu à une réaction, nous nous permettons de douter que ce procédé ait jamais la valeur diagnostique de l'examen du fond de l'œil.

Quoiqu'il en soit, Gradenigo a retiré de l'obscurité dans laquelle elle se trouvait cette question si délicate des réactions électriques du nerf acoustique. Il a expérimenté sur un grand nombre de sujets, et il n’a rien conclu qui ne fut appuyé par un très grand nombre de preuves.

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