CONCLUSION
Si nous jetons maintenant un coup d’œil sur l’ensemble de ce travail, nous voyons qu’une maladie, nettement caractérisée par deux symptômes, les bubons et les charbons, et connue de tous sous le nom de peste, quelles que soient les épithètes qui l’accompagnent, régnait déjà en Egypte et en Lybie dès le commencement de l’ère chrétienne. Au sixième et au quatorzième siècles, elle a eu, sous le nom de peste Justinienne et de peste noire, des recrudescences terribles, qui, â chaque fois, ont semblé sur le point d’anéantir l'humanité. Cette même maladie, on l J a vue parcourir l’Europe dans tous les sens pendant le seizième, le dix-septième et le dix-huitième siècles, mais reculer peu à peu vers l’Orient ; elle n’en est pas sortie depuis le commencement de ce siècle, et aujourd’hui resserrée sur une zone étroite dans la dépression Caspienne, elle semble s'éteindre sur place, menaçant encore le monde de ses retours imprévus.
En somme, nous voyons le fléau reculer sans cesse devant la civilisation : fréquent et terrible
aux époques de misère et de convulsions sociales, comme le Moyen-Age, il devient plus rare et plus restreint dans son évolution, à mesure que le bien-être et l’hygiène se répandent au sein des populations pacifiées.
L’Europe du dix-neuvième siècle ne saurait offrir un terrain favorable à la propagation active. et meurtrière de la peste ; et l’épidémie d’Astrakan de 1878, importée dans nos pays n’eut certainement pris aucune extension : le terrain ne s’y prêtait pas.
Le fléau ne saurait naître et prospérer aujourd’hui qu'au sein de populations sales et misérables; s’il s’étend, ce ne peut être qu’à la faveur d’une guerre, d’une de ces calamités publiques qui font reculer un moment la civilisation.
On est donc autorisé à prédire la complète disparition de la peste : la marche progressive de l’humanité doit fatalement amener ce résultat.
La diffusion de l’instruction, la généralisation du bien-être, la paix universelle feront s’évanouir pour jamais ce sombre fantôme des temps de barbarie ; l’histoire du passé nous garantit les promesses de l’avenir.