‹ Étude historique et critique sur la pesteChapitre 8 sur 24 · CHAPITRE PREMIER DE LA. CAUSE GENERALE ET ÉLOIGNÉE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER DE LA. CAUSE GENERALE ET ÉLOIGNÉE

Disons d’abord que la cause éloignée et première de cette peste a été et est encore quelque constellation céleste. Car, en l’an du Seigneur 1345, il y eut une importante conjonction de trois planètes supérieures, dans le signe du Verseau, le 20 e jour du mois de mars, à une Heure de l’après-midi. Cette conjonction, ainsi que v d’autres conjonctions et éclipses qui furent précédemment la cause réelle de la corruption meurtrière de l’air qui nous environne, présage la mortalité et la famine, ainsi que bien d’autres fléaux que nous passerons maintenant sous silence, comme n’ayant point de rapport avec notre sujet. Qu’il en soit ainsi, c’est ce que nous enseigne Aristote dans son livre sur les causes des propriétés des éléments, vers le milieu, où il dit : que la mortalité des nations et la dépopulation des royaumes proviennent de la conjonction de deux astres, à savoir de Saturne et de Jupiter, à cause du changement de ces deux étoiles, de triplicité à triplicité : d’où résultent des accidents graves, comme cela est démontré chezles anciens philosophes.

Et Albertus de Colonia, libro suo de causis proprietatis elementorum, tractatu 2°, cap. 1, dicit quod conjunctio duarum stellarum, scilicet Martis et Jovis, inducunt magnam pestilentiam in aere, et potissime quando in signo calido et humido, sicut tune fuit, conjunguntur. Nam, Jupiter, planeta calidus et humidus, a terra et aqua vapores mal os elevavit.

Mars vero, cumque sit intemperate calidus et siccus, vapores elevatos ignivit.

Idcirco per aerem multiplicia fuerunt fulgura, scintillationes, pestiferi vapores et ignés, presertim quia Mars, planeta malivolus, coleram generans atque guerras, a sexta die octobris, anni xlvii, usque in finem Maii anni presentis, fuit in Leone una cum capite Draconis ; que omnia, quia sunt ealida, multos vapores attraxerunt, et ob lioc hyemps non fuit frigida, ut deberet. Mars etiam, quia fuit retrogradus, plures a terra et aqua vapores attraxit qui aeri commixti ipsius substantiam corrumpunt : et etiam quia Jovem aspexit, aspectu malo : scilicet 4° : ideo dispositionem seu qualitatem malam in ipso anime nostre inimicam et repugnantem causaverunt. Exinde gêner ati sunt venti validi, quia, secundum Albertum, libro quarto meteororum, Jupiter habet a

Albert de Cologne, dans son livre sur les causes de la propriété des éléments, (traité 2% chap. 1), dit aussi que la conjonction de deux étoiles, à savoir, de Mars et de Jupiter, amène une grande pestilence dans l’air, surtout quand la conjonction de ces astres se fait dans un signe chaud et humide, comme cela eut lieu alors. Car Jupiter, une planète chaude et humide, souleva, de la terre et de la mer, les mauvaises vapeurs.

Quant à Mars, qui est excessivement chaud et sec, il embrasa ces vapeurs élevées dans l’air.

Voilà pourquoi l’air se remplit d’éclairs, de lueurs, de vapeurs pestilentielles et de feux, surtout, parce que Mars, planète malfaisante, qui engendre la maladie et la guerre, depuis le 6 e jour d’octobre de l’an 47, jusqu’à la fin de mai de la présente année, se rencontra dans le signe du Lion avec la tête du Dragon ; tous ces astres, qui sont chauds, attirèrent une grande quantité de vapeurs, de sorte que l’hiver ne fut pas froid comme il aurait dû l’être. De son côté. Mars, par son mouvement rétrogade, attira de la terre et des eaux une certaine quantité de vapeurs qui, mêlées à l’air, corrompent sa nature ; et comme il se tourna vers Jupiter à l’aspect malfaisant, il en résulta, en quatrième lieu, que ces vapeurs engendrèrent une mauvaise disposition ou qualité ennemie et contraire en elle-même à la vie humaine. De là, s’élevèrent des vents violents, car, d’après Albert, au livre

proprietate sua elevare materiam ventorum fortium qui, ut plurimum méridionales existentes, caliditatem et humiditatem süperüuas in istis inferioribus induxerunt. Humiditas tamen in nostra regione caliditatem superavit.

Et hec de causa uni versai i et remota, quoad presens, sufficiant.

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