‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 1 sur 200 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Un séjonr de deux mois à la bibliothèque de Bessinges, près Genève *, nous permit, il y a douze ans, avec la collaboration de M. Fr. de Caussade, de collationner sur les manuscrits Tronchin, les œuvres publiées de Th. -Agrippa d'Aubigné et de copier celles qui n'avaient pas encore va le jour.

C'est ainsi qu'il nous fut donné de publier, de 1873 à 1877, quatre volumes, dont environ quinze cents pages inédites, entre autres une correspondance de quatre cents lettres.

Dans une note de notre introduction (p. ix), nous exprimions l'espérance de pouvoir éditer, en une deuxième série, V Histoire universelk du même

1. Voir poar de plus amples détails notre introduction ani Œuvres complètes d' Agrippa d'Aubigné (4 vol, in-8^ Paris, A. Lcmcrre, 4873-1817).

II PRftPACB.

auteur, devenue fort rare depuis longtemps, publication qui eût justifié notre titre à'Œuwres complètes de Th,'Agrippa d'Aubigné.

Cet espoir, malgré un commencement d'exécution, ne &*e&t pas réalisé. Le récit de nos efforts déçus ne saurait intéresser qu'un bien petit nombre de lecteurs ; qu'il nous suffise de dire, à l'adresse de ceux qui ont pu s'étonner de voir inachevé le monument que nous élevions à k gloire de d'Aubigné, que, pour renoncer à l'emploi de matériaux amassés par un patient labeur, pour abandonner un projet caressé pendant douze années, il a fallu qu'un obstacle invincible et le soin de notre dignité nous imposassent un si douloureux sacrifice.

Parmi nos matériaux demeurés sans emploi, avec un glossaire complet de la langue de d'Aubigné S se trouvait une étude sur d'Aubigné. La Société de l'histoire du Protestantisme français voulut bien, en 1880, honorer ce travail d'un prix réservé depuis plusieurs années aune étude sur d'Aubigné historien, distinction précieuse à nos yeux, à cause de la compétence spéciale des arbitres du concours, et parce que nous trouvâmes, à ce moment, dans leurs bienveiUanta suffrages, une sorte de consolation aux déboires infligés à notre passion d'éditeur.

C'est cette étude que nous offrons aujourd'hui au public, remaniée on certaines parties, augmentée de

1. Nous espérons achever et publier un jonr ce gioHtire, complément dn travail que nous avions entrepris.

plitrAci. m

plusieurs pages qui ne rentraient pas dans le cadre d'un programme déterminé.

D'Auhigné n*a pas même été nommé dans une histoire de la littérature française, oBuvre de longue haleine et de couscioice, que TAcadémie, voulant honorer le talent d'un de ses membres, et s'bono* rant pour ainsi dire eUe-méme, a récompensée d'un de ses grands prix. Aujourd'hui, en mettant au concours pour le prix d'éloquence de 1884, une étude sur Agrippa d'Aubigné, Tillustre Compagnie semble réptfer un déni de justice, ou venger l'auteur des Tragtfues d'un inccmoevable oubli.

Sous prétexte que ce sujet était devenu un peu le nôtre par nos travaux sur le seicième siècle et la publication des Œuvt^i amplètH d'Agrippa d'Aubigné, quelques bienveillants amis nous conseiilaient de prendre part à ce concours. Nous estimons qu'il est messéant, à un certain âge, de descendre dans aucune sorte d'arène, et qu'il convient de laisser se disputer ces couronnes des talents jem^ et sûrs d'eux-mêmes.

Si nous pouvons concevoir quelque modeste ambîticMi dans cette circonstance, c'est seulement que notre monographie, la plus complète qui ait été écrite sur d'Aubigné, en fournissant des matériaux et des documents utiles au futur lauréat de ce concours, offrira en même temps un portrait non flatté, mais fidèle du Béarnais.

Ajout(ms que d*Aubigné veut être jugé d'un libre esprit ; qu'il faut, tout en reconnaissant ses fai-

iV PR£PACE.

blesses, son humeur morose et intraitable, pouvoir admirer et louer sans restrictions ni arrière-pensées, au détriment même de plus illustres tètes, ce censeur des vices aristocratiques et royaux, ce défenseur opiniâtre de la liberté de conscience, cet homme, étrange et rare en tous temps, qui n'admet pas que, pour de puissants intérêts, fût^e la raison d'État, il soit permis de violer son serment, de manquer à la foi solennellement jurée.

Entre le chef victorieux d'une dynastie royale, populaire pour ses qualités comme pour ses vices, si favorablement traité par l'histoire depuis deux siècles et demi et le pauvre gentilhomme saintongeois, plus importun à son maître par ses vertus que par ses défauts, criminel de sa foi inébranlable, vaincu, proscrit, souvent calomnié, nous n'aurions point songé à établir un parallèle vraiment trop mégal ; mais ce parallèle, étant l'âme de notre sujet, s'est imposé à notre esprit, à notre plume. Avons-nous toujours réussi à nous prémunir contre le sentiment qui fait involontairement sacrifier l'heureux et habile vainqueur au vaincu peu adroit et malheureux? Avons-nous assez résisté au secret plaisir d'offrir, après coup, à ce dernier une sorte de revanche des trahisons de la fortune? Nous affirmons, du moins, l'effort d'une conscience libre de préventions et l'absolue impartialité de notre jugement, et nous osons espérer que ceux de nos lecteurs qui mettent, comme nous, les principes immuables de la morale au-dessus des

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