Œuvres complètes, t. I«, p
SUR TH. -AGRIPPA D'aUBIGNÉ. 139
porte ouverte sur l'Italie, alors son activité redouble, on le sent plus à Taise ; sa correspondance avec Lesdiguières, Rohan, Je comte de la Suze, rambassadenr Gavassa est plus fréquente et moins énigmatique ; ses lettres deviennent presque claires; point de lacunes, plus de pages déchirées, de sous-entendus accompagnés de ce refrain, irritant pour notre curiosité : « Ceci n'est point bon pour le papier, ou bien encore : « Gela ne se peut faire que par un très bon cfaiffi». »
De la double politique de Richelieu, implacable aux Protestants français, fayorable à ceux de l'étranger, d'Aubigné n'a vu se réaliser que le premier acte ; la chute de la Rochelle a retenti douloureusement dans son cœur, car, malgré ses ressentiments personnels contre la municipalité Rochelloise, il savait rendre justice à l'héroïsme et ne put se dissimuler que c'était l'anéantissement de la Réforme comme parti politique. Singulier rapprochement : Richelieu vainqueur de la Rochelle, parmi tant d'honneurs décernés à l'arbitre de la France et bientôt de TEurope, recevait le modeste titre de gouverneur de Brouage et des tles de Ré et d'OIeron, de ces lies dont d'Aubigné, à cette heure prescrit, s'était cru un instant maître et gouverneur.
Libre du cété de la France, Richelieu, qui avait déjà commencé contre l'Autriche un système de guerre indirecte, allait se jeter dans la mêlée et faire reculer la fortune de l'Autriche. D'Aubigné, dont la correspondance ^ trahit l'impuissante agitation, de 1 620 à 1 628, n'avait rien pu pour conjurer les succès du Gardinal- Ministre. En vain oflre-t-îl à Mansfeld, comme à
1. Voir les parties de la Correspondance qui ont i>oar titre : Missives et discours militaires, — Lettres et Mémoires d'Estat{\. 1er, p. i31à287).
HO ÉTUDE HISTORKjUB ET LITTÉRAIRE
tous les ohels da parti, le secours « de sa petite espee» et' son inépuisable dévouement. Il a vu triom^er rAutriche sur toute la ligne, Tunion évangelique dissoute, le Palatin dépouillé, le Danemark deux fois vaincu par Waldstein et Tilly, la Bohème asservie et dépeuplée de ses sujets Réformés, tous les états protestants écrasés par l'empereur Ferdinand et son terrible lieutenant Waldstein. Dans une admirable épitre de consolation que d'Âubigné adresse à Rohan, après la mort de son fils, il trace un éloquent tableau de rétat de l'Europe ver» -4 626; «Vous voyez, Monseigneur, quel est le visage de l'Europe entière, espouventable de trente-quatre grandes armées, sur leisquelles le ciel gresle et faict plus de meurtres justes que d'injustes : le couteau , la faim et la peste marchent au son des tambours, et font leurs chargeiB plus souvent que les trompeltes ne la sonnent. L'Italie, l'Âimagne, la France et les Pays-Bas. sont puants de morts, et plus que les charougnes y puent les défections, les infid^tezet le mespris de toute vertu, en un temps où elle fei^oit tant de besoin. Les chefs des armées enseignent leurs soldats au mespris de la foy, et font trafic avec la mort de ces âmes misérables, pour emplir leurs coffres d*or et de sang. Ceux qui sont cogneus pour y aporter plus de probité sont rejettez, la faveur partage les honneurs, et la vertu repoussee enfonce le cbappeau : si bien qu'un mourant courageus, à qui la vie montreroit d'un des costez du lict ce tableau pour y venir vivre, tendroit la main gauche vers la ruelle à la mort qui luy en promettroit Texemption ^ . »