Histoire universelle , t. II, col. IT
SUR TH.-AGRIPPA d'AUBIGNÉ. 17i
épouvantés, enfin de B*étre naïvement attaché à une coïncidence fortuite ^
Cinq lettres, adressées à M. de la Rivière*, premier médecin du roi, nous permettent de pénétrer plus avant dans les opinions de d'Aubigné, sur ce qu'il appelle un peu ambitieusement « des poincts de science, w La Rivière est un esprit libre, un de ceux que le dix-septième siècle flétrira de Tépitbète de libertins^ d'humeur gaie et quelque peu sceptique', qui fait profession de « n'avoir J4miai8 rien veu de iur»atweL » Son « ancien compagnon de lettres» l'interroge avec une sincère déférence sur quelques faits et phénomènes étranges. C'est d'abord la polyglotte de Cartigny, une pauvre villageoise ignorante, qui «respondoit disertement en toutes langues au ton de celuy qui parioit, la beucho fort ouverte, sans user aucunement ny de la langue, ny des lèvres. » Cette possédée, car elle se fait lier,
1. D'Aubigné avait, à la prière d*une dame, composé un petit Traité sur les comètes que lui-même déclare perdu. (Œuvres complètes^ t. I«r, Introduction^ p. xn.) Cette dame, il la nomme dans une de ses lettres les plus intéressantes, « sur les plus doctes femmes de ce siècle » (Œuvres complètes, 1. 1'', p. 447), c'est MUo de Belle- Ville, sœur du Lieutenant de Roy en Xaintonge. » Cq livre était « sur Texplication d'un distique qui est aux Tragiques:
Ce eomette menace, et promet à la terre,
Loasche ou pasle, flambant, peste, famine ou guerre. »
La crédulité de d'Aubigné ne 8*expligue que par la pensée de Tacite : « Inclinatis ad credendum animis, loco ominum etiam fortuita. » Pour les esprits crédules, les accidents les plus fortuits deviennent des présages. (Tacite. Histoires, liv. 11, ch. i.)