‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 126 sur 200 · Œuvres complètes, t. I«', p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, t. I«', p

3. Agrippa de Nettesbeim, médecin et philosophe, né en 1486, mort vers 1534, dans ses deux principaux ouvrages : De incertitudine et varietate sdentiarum. De occulta philosophia, a donné dans les erreurs du mysticisme et de la magie; c'est ce qui a fait mettre sous son nom des œuvres qui ne sont pas

vieule de Salomoa, lesFasemaiions de Zoroastre, a avec force autres petits livrets de cette marchandise. » Malgré ce mépris, que nous croyons sincère à l'époque où il écrit, <x cette marchandise d permit à notre nouvel adepte de charmer la cour de Catherine, où « les magiciens estoient merveilleusement recerchez. » <x 11 estoit bien aise de faire le devineur des choses qu'il savoit par moyens. » Les filles de la Reine se couvraient le Tisage.de leur masque en lui parlant, de peur qu'il ne lût leurs pensées. Il disait à l'une le nom de son amant, il montrait à une autre, dans un miroir, «le plus accompli de ses trois amants. » A ce jeu, et dans cette cour, notre magicien avait bien des chances de tomber juste, et l'on conçoit qu'il fût pour ces filles un objet de terreur et d'irrésistible curiosité.

Un jour, d'Aubigné prêta le concours de. sa science au roi Hemi III, qui, lassé de voir sa mère eiploitée par les magiciens, voulut dévoiler la supercherie du curé de Saint-Saturnin de Tours. Celui-ci, placé entre une récompense et le gibet, finit par tout confesser, «en pleurant comme un veau.» A ce propos, d'Aubigné nous apprend qu'il avait curieusement étudié, dans le fameux Jouan Picatrix de Tolède, « sur les poincts des images d'or et de cire, car ils avoyent esté cerchez sur les accusations de la Mole et de Cauconnas. » On le voit, d'Aubigné, tout en faisant la part des tours de physique et des mystifications, dont sa jeunesse s'est amusée, est demeuré en quelques poincts le disciple convaincu d' Agrippa et de Louis d'Arza. Il estime <x qu'il y a des sorciers qui, trompez

plus de ]ai que la Clavicule et les Fascinations ne peuvent être attribuées à Salomon et à Zoroastre.

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par le Diable d'un plus honneste nom, en trompent les autres.)) Même au milieu des éclairs de son bon sens, la Demonùmanie ne perd pas tous ses droits.

Un gentilhomme des parents de d'Aubigné s'est épris d'amour, poussé jusqu'aux promesses de mariage, pour une demoiselle de moindre condition, très laide, et de contraire religion. Notre savant ne doute point que pareil mystère ne soit causé par philtres et drogues pharmaceutiques, agissant sur la partie du cerveau otL git l'imagination. A c6té du mal, il indique le remède. Il faut, et nous sommes de son avis, « priver de la fréquentation, donner des exemplaires nouveaux et nouvelles idées, suggérer en la place quelque chose qui vainque le premier objet, w La nourriture excellente, les puissantes odeurs, les tableaux choisis, les musiques ravissantes ne sauraient nuire à distraire le gentilhomme amoureux ; quant aux « amulettes et marmelades de pommes de CSapendu, » nous aimons à croire que le médecin la Rivière n'en a pas reconnu l'efficacité. Ecoutons l'explication de ce dernier Temède : Il se peut qu'amulettes et drogues n'aient par elles-mêmes aucune « venefique faculté, » mais elles sont empoisonnées par la présence du Diable qui les conseille et en use pour dissimuler son action immé* diate. Tel est du moins l'avis du savant Hortoman, de l'Académie du Roi de Navarre.... et aussi celui de d'Aubigné.

Lescot, dont l'auteur entretient son ancien compagnon de lettres, nous parait un simple prestidigitateur. Lescot tire de sa pochette un amas d'habillé» ments de sa hauteur, ou bien faisant asseoir autour d'une table vingt-sept personnes, il force la compagnie à « penser une mesme carte, hors mis la plua

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belle qui en aura une à part. » Qui n'a tu, peutr^èlre exécuté, des a mutations de cartes» et le tour delà carte forcée? Mais voicr qui est moins hanal. Un jour, il lui propose dQ l'emmener « par dessus le Louvre. y> « Je né say s'il l'eust peu faire, mais je né le Voulus pas essayer. x> Parole de charmante naïveté, où Ton ne sait qui domine du doute, de l'admiration, ou de l'effroi. D'Aubigné, dira-t-on, avoir peur I Mais luimême confesse qu'uivmot de Lescot « lui gela le sang'; » Il est vrai que ce terrible homme, peu soucieiil de son salut, qui se bat une nuit par semaine avec le diable, fit une mauvaise fin, a bien digne de sa vie : » Un cocher More, en Toscane, l'enleva un beau jour en l'air, au galop de quatre chevaux noirs I « Tels galands, ajoute d'Aubigné en forme de conclusion, ne sont différents des sorciers que de noms et se damnent avec plus de lustre., »

Nul doute que la Rivière, a ce savant homme, » « le plus grand médecin que l'Europe connut, » athéiste plutôt que bon religieux ^ , ait dû sourire en voyant les perplexités naïves, les crédulités superstitieuses d'un si vaillant soldat, d'un esprit si ferme sur d'autres questions.

D'Aubigné est puissant par l'ardeur de sa foi, la probité de ses convictions, l'imagination, qualités qui font le poète et le grand écrivain. Ce qui est hardi chez lui, c'est le caractère, non l'esprit. Sous ce rapport, il est inférieur à Ramus, à Bèze, à l'Hôpital, à Momay. L'étendue manque à cette intelligence. Son instruction, si vaste qu'elle nous paraisse, surtout pour un

1. Jeanne d'Albret disait : « que les médecins estoyent communément du tout bons religieux ou du tcnt atbeistes. »

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homme quifat,«S(ddat 54 ans, Capitaine 50, Maistre de eamp 44, et mareschal de camp 32 ans^ a est un bagage d'érudition soolastique plutôt que littéraire, acquis prématurément par un enfant précoce qui, par boutades, s'est, à longs intervalles, remis sur les bancs ^ mais qui n'a jamais secoué l'ancien jougj affranchi sa raison.

1. Histoire universeUe. L'Imprimeur au lecteur, passade déjà cité^p. 11.

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