‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 131 sur 200 · Discours de la Méthode, l^e partie · texte numérisé non relu

Discours de la Méthode, l^e partie

2. M. Âtlianase Goquerel Als avait bien vouln nous permettre de rinterroger sur quelques points et mettre sa science à n«tre disposition.

ses luttes et de ses victoires théologiques, nous nous bornerons donc, pour ne point laisser une lacune dans notre étude, à en rappeler plutôt les circonstances.

On connaît la fameuse Conférence de Fontainebleau ; on sait que Duplessis-Momay, placé dans des conditions inégales par la partialité du roi, et provoqué par Du Perron qui accusait de fausses citations l'auteur du traité de l'Église (i^lS), sembla succomber sons la triomphante éloquence de son adversaire. Que, l'année précédente, le ministre Daniel Tilenus ait battu en retraite devant Du Perron, que la foi de Harlai de Sancy ne lui ait su résister, nous n'y contredirons point. Nous estimons surtout que Duplessis-Mornay commit une faute en négligeant de vérifier lui-même tous les textes invoqués, et une plus grave encore en se laissant traîner, mal préparé, à cette joute oratoire. Nous voulons bien enfin que le fougueux convertisseur, a monstrueux en science, » abondant « en discours bien polis, » ait réellement triomphé de son rival sur dixneuf des cinq cents passages allégués comme tronqués, mal cités ou interprétés. Ce duel, quelles qu'en aient été les conditions et l'issue, n'est, à nos yeux, qu'une petite curiosité historique qui ne prouve rien pour la valeur des personnages, encore moins pour celle des deux doctrines. Nous n'avons rappelé ces faits que parce qu'ils se rattachent à une Conférence de même genre oi!i d'Âubigné joua un rôle important. , Nous avons vu le goût de d'Âubigné pour la logique, et la dialectique. Nulle part elle ne trouve meilleur emploi que dans la polémique religieuse ; aussi son jgo,ût n'est-ii pas moindre pour la théologie. De 1 5'80 à 1^86, il semble s'en être particulièrement occupé. Lui-même, on se le rappelle, nous raconte que, sous

le ooap de graves mécontentements, il sentit sa foi ébranlée, se remit aux livres, « cerchant avidemment si en la Romaine il se poorroit trouver une miete de salut^ » et ne s'affermit en sa religion qu'après avoir feuilleté Panigarole, Gampianus et Bellarmin. C'est à cette époque, sans doute, et en ce moment de crise, qu'il acquit ce fond de connaissances dont nous allons le voir user contre Du Perron et le Père Gotton. Peu d'années auparavant, se trouvant à Libourne, avec « une grosse Gour de Princes, » il eut l'occasion de voir le Connétable de Portugal*/ Ce Connétable, fort épris d'une dame, fait avec d'Aubigné échange de distiques français et latins sur sa passion, et leur amitié « esmeut entr'eux d'estranges dialogues sur le fait de la Reli^ gion. » Notre Réformé était donc habitué de longue date et armé pour ce genre de discussions. D'Aubigné nous raconte que, quinze jours après la victoire de Du Perron, lui-même fut mis aux prises, à Paris, par le roi avec le vainqueur*. La dispute dura cinq heures, en présence de quatre cents personnages de marque. L'Ëvèque s'échappait en interminables discours, mais notre dialecticien l'enfenna, suant à grosses gouttes sur un Chrysostôme, dans une objection en forme, tirée de ses propres arguments. Le syllogisme victorieux était celui-ci :

«c Quiconque est faux en une matière ne peut estre juste juge en ceste matière»

i> Les Pères sont faux en la matière des controverses, comme il paroit en ce qu'ils se sont contredits.

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