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fesse « s'estrè abusé pour avoir mis en avant des différents de la Religion, non moins qu'en ce qu'il dit de rintention qui avoit esmeu la Renaudie. » Cette passion de partisan, que nous ne voulons pas lui reprocher, cette raison éloquente et courageuse qui lui avait déjà dicté son Lwre des marchands, sont-^lles bien le fait, dans le sens où il entend ces mots, d'un historien politique plutôt que religieux ? Nous n'oserions Tafôrmer. Sans doute, comme Régnier de la Planche le dit en terminant son livre, « la postérité admirera et détestera tout ensemble, en voyant la France servir sous François II, de théâtre où furent jouées plusieurs terribles tragédies ; » mais elle sera tentée de reprocher à cet honnête homme, modeste confident d'un des principaux acteurs, lui-même simple comparse dans l'action, d'avoir été trop ému pour la raconter en historien impartial.
C'est évidemment la Popelinière ^ qui tient la plus grande place, si non dans l'œuvre, du moins dans la pensée de d'Aubigné.
Après quelques atteintes sur la faiblesse de son caractère, d'Aubigné rend, à plusieurs reprises, justice à la Popelinière. C'était un homme de guerre, en même temps qu'un écrivain. «Il a pris, dit-il lui-même, Toecurrence des guerres civiles pour juste occasion de joindre la connaissance des lettres à la pratique des armes. » D'Aubigné ne pouvait manquer de priser une telle alliance de goûts chez un contemporain « qui
1. Histoire de France, enrichie des plus notables occurrences survenues es Provinces de V Europe et pays voisins,
savait faire autre chose que des histoires^.» Certains traits de ressemblance et rapports entre les deux écrivains et leurs œuvres nous font insister de préférence sur la Popelinière. —Sans instituer un parallèle suivi entre les deux historiens Protestants, la comparaison ressortira de certains faits, de quelques citations, et nous ne la croyons pas trop redoutable pour Tauteur de V Histoire universelle.
L'Auteur de VBistcfire de France^ qui la commence, comme d'Aubigné, à Tan 1550, « a passé également tous les grades ordinaires, soit sur terre, soit sur mer, soit en charge d'infanterie, soit en la conduite de cavalerie. 9 II a été employé pour des négociations politiques ou guerrières. Si l'argent est le nerf de la guerre, il est aussi, parait^il, le nerf des historiens. La Popelinière « a eu en tous lieux assez de moyens pour s'enquérir et recercher les plus Grands de quelque condition qu'ils fussent, dé ce qu'il pouvoit ignorer, voire d'acheter à deniers contans ce que l'humeur d'aucuns luy eut autrement dénié. » L'historien, loin de s'indigner contre la corruption humaine, sait au besoin la mettre à profit. Sa fortune lui a donc permis de voyager beaucoup, « pour mieux concevoir à l'œil et plus au naïf et représenter les places, rivières, passages, rencontres, assemblées et autres notables particularités. D'Aubigné, lui aussi, eut un instant de semblables facilités, mais la mort de Henri et les intrigues des Jésuites ne l'en laissèrent pas jouir longtemps*.
1. Brantôme félicite en ces termes le vieux Lesdiguières d*unir le goût des lettres k celui des armes : « Les lettres et les armes mariées ensemble font un beau ciel de nopces. » ( Vie de» hommes illustres et grands capitaines français. Disc, 84, art. vi.)
a. « Il y a quinze ans que le rui Henri le Grand fut induict
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La Popeiinière, comme d'Aubigné, avoue ses emprunts, pour les premiers troubles, à Belleforest * et à l'Histoire Ecclésiastique*. Pour les autres, « les discours n'en sont dus qu'à lui et à ceux qui lui ont fourni quelques mémoires », « lesquels il nommera toujours, s'ils le trouvent bon. » Il y a là un souci constant d'exactitude auquel d'Aubigné ne s'est pas aussi rigoureusement astreint. Pour les alfaii^es estrangeres, « il en parle, tantôt d'après les plus renommés auteurs, tantôt comme celuy qui en a veu et entendu bonne partie, mesmement, d'Angleterre, Flandres et pays voisins. » D'Aubignédut plusieurs fois partir pour l'Allemagne ou l'Angleterre, mais ne partit jamais ; il refusa du
par un Jésuite de défendre à M. d'Anbigrié le travail de THistoire ; M. le cardinal du Perron, an contraire, poussa Sa Magesté à permettre, et puis à commandét' expressément, la poursuite de ce labeur, en usant de ces termes : Qu'il ne connoissoit aucun autre qui çust fournir aux parties nécessaires pour un tel ouvrage, si bien oue le Roi en veint à promettre une somme raisonnable pour faire un voyage aux pays esloi^ez, voir les places desquelles le sit a contribué au succez des sièges et combats.... Ces promesses estant différées et mai sollicitées par un esprit bandé ailleurs, furent rendues vaines par la déplorable mort de ce grand Roi. » {Histoire universelle. L'Imprimeur au lecteur, D. 11.) Il semblerait résulter de ce passage qu'à un moment du Perron fut plus empressé que d'Aubigné lui-même à solliciter en sa faveur Texécution des promesses royales.
1. Historiograpbe sons Henri III, mauvais romancier plus encore qu'historien. Le titre de son œuvre est : Les grandes annales et histoires generalles de France dès la venue des Francs en Gaule jusques au règne du Roy Henri HT. Paris. Gabriel Ruon, 1579. 2 vol. in-f».
2. Il est sans doute question de Y Histoire ecclésiastique des Eglises reformées au royaume de France de 1521 a 1563, (par Th. de Rèze). Anvers, de l'imprimerie de Remy (Genève), 1580. 3 vol. in-8«. François Rourgoing, d'abord chanoine ae Nevers, puis ministre calviniste, a aussi écrit une Histoire ecclésiastique. Genève, 1560 et 1563. 4 vol. in-f».
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roi celte dernièie mission en de fâcheuses conjonctures, ne voulant, dit-il, « porter le noir. »
La Popelinière, rendons-lui cette justice, ne sait pas ))ien mentir, puisqu'au rapport de d'Aubigné, il vint un jour lui confesser avec larmes que dans un passage de son Histoire, il avait « vendu sa plume^ » Un maître en Tart de mentir, c'est Paul Jove, « aussi ex* collent parleur que médisant et grand Tableur ; c'est lui qui disait haut et clair ne se soucier de mentir en affaires de Qonsequence, ou à Tappettit des Grands qui Tappointoient, d'autant que pour un de son temps qui cognoistroit le faux avec le vray, toute la postérité tiendroit ses témoignages pour véritables. » La Popelinière, qui rapporte ce cynique propos de TEvèque Italien, confesse assez naïvement, tout en protestant de sa constante véracité, « qu'il aimeroit mieux mentir à ses contemporains, qui en fin pourroient descouvrir la vérité, qu'à ses arriere-neveux. » Sans abuser de cette confession, reconnaissons qu'elle rend vraisemblable l'accusation de d'Aubigné.
Le ton de la Popelinière est beaucoup moins superbe que celui de notre historien. Tandis que celui-ci n'a souci que de la vérité, si désagréable qu'elle puisse
1. L'article de h* France protestante (première édition de MM. Haag) est visiblement favorable à la Popelinière (Lancelot du Voisin). A propos de Taccasation de vénalité soulevée par d'Aubigné, il dit : A ce témoignage unique, il est facile aen opposer vingt autres qui le démentent. » Il faudrait distinguer entre les témoignages de Sorel, Daniel, Legend're, Arcère et Lestoile. Aucun d'ailleurs, que nous sachions, ne contredit formellement, et avec preuves, raccusation de dAubigné. DAubigné lui-même témoigne de Testime et de la sympathie à la Popelinière, Taccusant seulement, en une circonstance unique, de coupable faiblesse que son repentir et son aveu ont en partie rachetée.
Nous lisons ces mots dans un billet de dAubigné adressé k
être, colui-là « n'a fait emploi de son corps, do se» biens, de sa vie et de son honneur que pour complaira;.» il n'épargne rien pour a agréer » à son lecteur.
La Popelinière est modéré comme d'Aubigné, le premier par tempérament, le second par empire sur sa passion. Sachons d'autant plus de gré à d'Aubigné de s'être, en ce point, réglé sur son devancier, d'en avoir parfois presque copié les expressions, quand il déclare vouloir éviter « l'envie que ces noms factieux de Papistes et de Huguenots ont apportée. » L'auteur de V Histoire de France « condamne les fautes réciproques des deui partis, comme fort éloignées de Chrétiens; » il essaie d'établir une balance égale. Bèze, le remerciant de l!en* voi de son livre (Lettre du 15 janvier 1581), le louait de ne s'être « formalisé pour les uns ny pour les autres. » Si l'on en croyait la sentence du synode de la Rochelle, évidemment entachée de passion et de complaisance pour certaines rancunes, l'historien aurait écrit « au préjudice do la vérité de Dieu, au desavantage et des-* honneur de laSainte doctrine de la Religion Reformée' . »
M. de la Popelinière (Nérac. !•' avril 1583) : « J'ay parlé au Roy, mon maistre, de vostre affaire, et au ministre de Saint-Gelais. Depuis, au conseil du Roy de Navarre, ilz disent que de vous* mesmes vous pouvez effacer ce qui les offence » (t. I®', p. 580). Sans forcer le sens de ce passage, ne lit-on pas facilement entre les lignes? La Popelinière apprend que quelques endroits de son livre ont déplu au roi, il s empresse de demander quels sont ces passades, pour les modifier au gré de la partie intéressée. On lui répond un peu dédaigneusement, qu'il peut bien effacer de lui-même ce qui offense. Tout cela ne sent-il pas une plume servile ou du moins bien complaisante ?
1. Cite d'après la France protestante (première édition, article Voisin de la Popelinière, p. 530-531). On comprendra fiue nous ne prétendions pas trancher entre deux coreligionnaires une question aussi délicate. Ce serait à faire à l'auteur qui entreprendrait une étude sur la Popelinière et son histoire. Sai^
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Nous verrons ce que sont Timpartialité et la philosophie de récrivain.
Malgré son ton de gentilhomme militaire, la Popelinière a de singulières préoccupations d'homme de lettres ; d'abord il se plaint « des corneilles parées de plumes étrangères, » récrimination assez légitime, car il avait été pillé par d'impudents plagiaires ; il se pique de créer des termes indispensables à la langue militaire \ « de bien exprimer le naturel de chaque chose par des noms et termes significatifs, » qu*il a inventés et mieux accommodés, s'efforçant de les rendre a les plus doux à l'ouye et à l'oreille qu'il lui a été possible. » D'Aubigné, lui, se crée sa langue, sans y songer et sans )e dire, une langue unique au seizième siècle ; il n'a pas de ces préoccupations de novateur et de rhéteur. Lorsque la Popelinière parle de « la rudesse de son naturel langage, » on est tenté de sourire en se rap* pelant les véritables a ftanchises et severitez de village, y> « la rustique liberté » de d'Aubigné. Quand le premier invoque « la grâce de celuy qui pourra bienheurer le commencement, suitte et dernière fin d'un tel ouvrage, » on songe à « ce Dieu vivant, auquel seul appartient honneur et empire à l'éternité*, d dont l'invocation conclut si majestueusement la belle préface de V Histoire universelle.
jrétendre sacrifier ici Tan à Tautre, nous tenons seulement à constater que rien n'établit la fausseté de Taccusation de d'Aubigné.