‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 158 sur 200 · Assauts volontaires, recognoissance, assaiU colonel^ etc · texte numérisé non relu

Assauts volontaires, recognoissance, assaiU colonel^ etc

2. On ne peut s'empêcher de se rappeler ici le début de la première oraison funèbre de Bossuet, qui se rencontre avec notre historien en des termes presque identiques : « Celui qui règne dans les cienx et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et Tindépendance, » etc.

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La comparaison des deux historiens ne permet pas de douter que Tesprit du nôtre n'ait été quelquefois hanté par d'inévitsd>les réminiscences, mais telle est la vivacité de Timpression, telle l'originalité du style, que c'est le devancier qui semble l'imitateur.

La Popelinière, se rappelant son Polybe, semble nous promettre des aperçus philosophiques, quand il reprend la matière de son histoire d'un peu plus haut, « considérant comme les causes des accidens humains s'entretiennent d'un lien éternel et connu de peu de gens. » Mais ne nous fions pas trop à ces promesses, qui vont se réduire à un vain étalage d'érudition, de rhétorique et de vulgaire sagesse. Gomment s'étonner que les massacres de la Saint-Barthélemiy évoquent, sous la plume d'un protestant, le souvenir du sénat romain, de Galba et des ministres de Nero,. que l'assassinat de Goligny ne lui inspire que de froides réflexions morales sur l'incertitude des choses humaines, quaiid nous le voyons com* parer les « décédez pour le fait de conscience au papillon, lequel voletant autour de la lumière, en fin en esprouve la vertu qui le brusle pour trop aimer? » L'historien se console de ces atrocités, en pensant que les victime«t « esprouverent la vérité de leur Religion, heureuses d'échanger contre une gloire perdurable une vie trainee parmi les ordures de la vanité de ce monde. » a Jamais gens ne furent tant aveuglez, écritil encorOj depuis que le monde est, créatures ne furent si bien prises à la pipee, car on ne les scauroit' totallement excuser de faute, veu la longue pratique de si grandes affaires qu'ils avoient conduict^. » Puis, après une longue dissertation pour prouver que (kuous faisons

^ 1. Histoire de France, liv. XXI, p. 13.

nostre fortune nous-mesmes, » Tauteur condut que (( les François n'mitd'un bon jugement preveu les aecidens. 9 Ainsi les catholiques ne sont pas innocents,

mais les protestants sont coupables de n'avoir pas

deviné qu'on ne les attirait à Paris que pour les égorger de nuit, désarmés, pendant leur sommeil et que la cour tramerait longuement « ces matines Parisiennes ! » L'tiistorien, on le pense bien, nie la culpabilité du roi^ ; il va plus loin et conteste aux victimes le droit de légitime défense, s'appuyant sur l'exemple du Christ I Combien, au sortir de ces pages qui ne respirent ni l'onction édifiante d'un ministre chrétien, ni le légitime ressentiment d'un homme d'épée, l'on apprécie davantage la mâle sobriété d'un d'Aubigné qui, presque seul de tout son siècle, a su échapper aux obsessions de l'érudition antique, laisser les Grecs et les Romains dormir dans leur poussière et ne pas évoquer tant d'ombres vaines en présence des drames sanglants de l'histoire qu'il avait vécue ! Combien l'on admire ce sang froid de l'historien qui ne s'échappe ni en comparaisons, ni en jugements personnels, ni même en légitimes invectives, assez maître de lui pour s'en remettre à la terrible éloquence des faits, n'y point mêler la sienne et compter uniquement, le dénombrement des victimes et la dé«* position des témoins achevés, sur l'équité du tribunal! La Popelinière pousse l'esprit pratique jusqu'aux dernières limites et développe, avec une complaisance qui rappelle un peu trop les naïfs quatrains de Pibrac, des

1. Histoire de France^ p. 89. Nous ne saurions mieux faire, chaque fois qu*il est question de la Saint-Barthélemj, que de renvoyer à la belle et irréfutable étude de M. H. Bordier, qui a fait définitivement la lumière sur plusieurs des principaux points de ce lugubre drame. (Voir plus naut p. 83, note i.)

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adages tels que ceux*ci : « En toute chose il faut considérer la fin. » Comme il a blâmé Timprévoyance des Réformés, il leur reproche de « rebouscher les yeux à toutes raisons leiparentes, de mespriser la considération de tous moyens humains, de s'enfondrer de gayeté de cœur à tous périls et pertes évidentes. » Reconnaissons que la Popelinière ne manque pas d'un certain bon sens humain et pratique ; mais d'Aubigné, qui personnifie la résistance héroïque, l'esprit chevaleresque et militaire du Protestantisme, a pour devise : « Aidetoi, le Ciel t'aidera, » et surtout : k Fais ce que dois, advienne que pourra'. » C'est lui qui a dit dans un vers d'allure toute cornélienne :

« Je vois ce que je yeux et non ce que je puis. »

En un mot, la morale de la Popelinière, c'est l'utile ; celle de d'Aubigné, le devoir.

1. « La devise de ces gens-là (les protestants) était la grande et simple parole du prince d'Orange aux jours de Tadversité : «Quand nous nous verrions, non seulement délaissés de tout le monde, mais tout le monde contre nous, nous ne laisserions ^s pour cela jusqu'au dernier de nous défendre, vu Véguité et justice du fait que nous maintenons. » (Michelet, La Ligue ^ Henri IV, p. 330.)

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