Histoire universelle, t. II, col
Tertement, » « travailler du pic et de la pique, etc. » D'Aubigné affecte voloatiers le pluriel des substantifs abstraits ; il écrira: « vos hardiesses, vos prudences, des magnanimités, tant de constances esmenreillables, les succès de nos attentes, les franchises et seyeritez de mon village. » S'il abuse de ces formes, nous reconnaissons qu*elles donnent souvent à la phrase une grande etfière allure.
Qu'on nous pardonne ces citations un peu nombreuses dans une étude où nous avons négligé de parti pris le côté purement philologique ^ ; elles étaient nécessaires pour donner une idée du caractère de son style. Si la langue de d'Aubigné a échappé au pédantisme érudit de la Renaissance par cette luxuriante imagination qui tire ses expressions non des livres, mais de la nature, de la vie courante, du champ de bataille, de tous les métiers, n'allons pas jusqu'à prétendre que son style ne soit pas fortement imprégné de latinisme'. D'Aubigné ne serait point de son siècle; mais, quoique
i. Nous avons, dans notre préface, énoncé l'espoir de publier un jour un glossaire de la langue de d'Aubigné. Toutes les questions philologiques trouveront leur place dans ce volume.
2. Citons pour exemples ces mots non créés, mais eniployés par d'Aubig[né :
Cunctation, impetrer, velUation (velites) vanités aUenes, fils dégénères, paré [paratus ou plutôt par) à toutes les volontés, lignée mppoiee (supposita de proie creatum, Virgile). De tout point aaunés (unis comme un seul, ad unum). La salvation de Genève, carmes (carmina, vers), immunes {immufiM, exempt), front tetrie {tetrictUf sévère), aree [aratrum). labourée, subst. Inferies (inferisf), sacrifices expiatoires. Exercites {exercUu8)j armées. Union [unio, grosse perle). Les emprunts faits à la langue grecque sont un peu moins fréquents, autochire» a&rdytip (t. lY, p. 35) ; discratie^ 6uar»pa9ta (t. IV, p. 33) ; astorgcy âaropfoç, sans pitié(t.I«', p. 6) ; eknche^ IXt^- Xoç, preuve (t. !•', p. 745) ; etc., etc.
SUR TH. -AGRIPPA d'aUBIGNÉ. 237
nourri de grec et de latin, il n'en hérisse pas sa pro^e et ses vers. Nul des écrivains du seizième siècle n*a autant que lui dédaigné le lourd bagage de l'érudition classique. Sa verve et sa puissante originalité en eussent été encombrées, il est trop riche de son propre fond pour emprunter même aux anciens. C'est un érudit, qui se dissimule toujours sous la casaque du soldat ; il a tenu plus longtemps et plus volontiers l'épée que la plume ; n'oublions pas cependant « qu'il lisoit aux quatre langues à six ans. »