‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 174 sur 200 · Œuvres complètes^ t. I«f, p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes^ t. I«f, p

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CréatUm^^ médiocre poème didactique qui, pour être long et complet, n'en est pas davantage une « œuvre achevée. » Inutile d*énnmérer après d^Aubigné les deux autres « volées » de poètes français et latins qui se

1. Disons-le franchement, pour n*y plnsreyenir, ht Création est une erreor de d'Aubigné. La science d'un Manilius, celle d'un Lucrèce, sont relevées par des beautés poétiques, chez Tun par Forgueil national, chez Tantre par le sentinoent du néant de l'homme. La physique de du Bartas, au milieu de son emphase méridionale, s'échauffe d'inspirations bibliques, parfois même prophétiques; le poète, en choquant notre goût, se fait pardonner par une grandeur étrange et une puissante originalité. En un mot, à travers les éléments et la matière, tous trois savent faire passer un éclair de poésie.

D'Aubigné, qui n^est plus ici sur son terrain, déduit longuement en vers techniques et mortellement froids, une nomenclature d'histoire naturelle.

Tous ces 08, l'un sur Tautre en bon ordre agencez, Ont esté par nature en plusieurs lieux percez. Par le plus grand des trouz la meduleuse espine. Sortant du test, descend tout au long de l'echine.

Et combien que ce dos ne soyt point divisé, Ce nonobstant il est en cinq pars disposé, C'est à saToir le col, le meUphrene, Tombe, L'os sacron, l'os coccis qui vers le rectum tombe... etc. {Œuvres eompUtes^ t. III, CréûtUm, eh. xiii, p. 4S5.)

Ne croirait-on pas ces vers, et tant d'autres qui leur ressemblent, tirés d'un manuel chirurgical, rédigé en vers, à l'effet, d'aider la mémoire des étudiants ?

A peine Dieu et l'infini inspirent-ils à l'auteur de la Création quelques vers médiocres :

Ce gr.ind et puissant Dieu, duquel parler j'entens, Car eetuv la qui est, 6 'est l'Etemel sans temps. Et lequel par le tems, d'une gloyre admirable,' Monstre qu'après le temps son estre est perdurable, etc. (ch. I, p. 388.)

D'Aubigné vieilli, s'inspirant ici d'une science d'emprunt, n*est

{>lus d'Aubigné. La colère est sa muse ; quand Tàge l'a calmé, e poète disparaît. Tout ce que nous pouvons reconnaître, c'estun effort méritoire, mais médiocrement heureux, pour assouplir le vers français aux descriptions précises et tecuniques de lascience.

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rattachent à là Pléiade, phalange mobile, composée de sept chefs, mais où les contemporains ont enrôlé tous les versificateurs qui suivirent alors, de près ou de loin, le drapeau révolutionnaire de la Renaissance.

D'Aubigné a vu Malherbe, et le nomme parmi ces poètes qui ont « accoursy la liberté de la poésie. » Il eût, croyons-nous, partagé Tavis de Lingendes qui disait « que Malherbe n^estoit qu^un tyran, et qu'il abattoit Tesprit aux gens ^ » Qu'eût dit Malherbe des Tragiques, s'il eût seulement daigné les lire ? Pas un vers n'eût sans doute échappé à sa pointilleuse et pédantesque critique.

Mathurin Régnier, pour avoir accompagné à Rome un cardinal et un ambassadeur de France*, n'en est pas moins resté un franc libertin, qui vécut des libéralités de son oncle Desportes, et mourut à quarante ans de ses débauches. Il ne connaît ni la cour, ni la politique, ni les armes, pas plus que la religion, bien qu'il ait joui d'un canonicat. D'Aubigné ne l'a pas nommé une fois, et pourtant ces deux satiriques, si différents d'esprit et de tempérament, sont de même lignée littéraire. Tous deux, en pleine révolte contre la férule d'un Malherbe, se sont forgé une langue faite de sens et de génie, coulant leur vers de premier jet, sans souci des règles de la grammaire, ni même de la décence; vrais poètes au sens propre, créateurs de leur idiome. Régnier a mis sa muse au service de la morale vulgaire et du bon sens ; d'Aubigné s'inspire de ses, haines politiques, de ses convictions religieuses ; de là,

1. Historiettes de Tallemant des Réaux. Ed. Techner, iii-18, t. !•', p. 277.

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