CHAPITRE Vn
n'iSBIONÉ RÉFUGIÉ A GENÈVE, SA TIULLESSB, SES RAPPORTS AVEC SON FILS CONSTANT, SA MORT»
D'Aubigné emploie les dernières pages de sa Vie à exposer ses légitimes griefs contre un fils indigne, qu'il a flétri et déshérité dans son testament ^ Il faut insister sur ces/( offenses énormes, » car elles ont humilié, torturé le coeur de d'Aubigné, lui ont inspiré quelques-unes de ses pages les plus douloureusement éloquentes, et, comme il ferme son autobiographie sur cet amer souvenir^ on pourrait croire que la plume lui est tombée des mains de honte et de douleur.
Les plus heureuses dispositions, secondées par une éducation dirigée « avec tout le soin et despense qu'on eut peu employer au fils d'un prince',» ne surent préserver du désordre et de l'opprobre ce misérable, affamé de grossiers plaisirs. Tous les crimes ont souillé
i. « Je déclare Constant d^Anbigné, mon fils aine et nniqne, ponr le destrnctenr du bien et honneur de la maison, et en tant aa*en lui a esté, et pour avoir mérité d*estre entièrement déshérité par plusieurs offences énormes, particnliereipent pour-aToir esté accusateur et calomniateur de son père, en crime de leze-majesté. » {Testament de Th.- Agrippa dAubigné, Œuvres complètes, t. !•', p. 120.)
2. Jean d'Aubigifé eut même à lutter contre le mauvais vouloir de sa seconde femme, Anne de Limour, qui « portait impatiemment et la despense et la trop exquise nourriture » employée par le père. {Œuvres complètes, t. !«', p. 5.)
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son existence : ivrognerie, débauches, jeu, fabrication de fausse monnaie, assassinats, enlèvements. D'An* bigné pardonna' plusieurs fois ces scandales, essaya de couvrir son fils de son crédit, de son bonorabilité ; mais ce que Taustère protestant ne pouvait guère pardonner, ce fut de voir son propre sang pratiquer les Jésuites, renier sa foi, en trafiquer et tromper les deux partis. En vain le père lui donna la lieutenaaee de Mailleiais, pour le rattacher au devoir; Constant, qui a transformé la place en brelan, boutique de faux monaayeurs et mauvais lieu, essaie de la ravir par forée à son gouverneur. Deux fois Mailleiais et le Dognon of&irent le triste spectacle d'un fils, d'un beaufrère et d*un père se donnant assaut et luttant avec soldats, écheUes «t pétards, pour la reprise de ces places. Ces entreprises criminelles sembleraieiit tn^ insensées, si elles n'eussent été encouragées par la oonniveoce de la cour; aussi Roban, gouvecaeur de la province, n'en put jamais obtenir justice.
En 1624, Constant vint à Gtoève tenter unaréconciliation avec son pèie, mais un rapport &it au Petite Conseil le signale comme créature des Capuoins et des Jésuites et, quoique naguère en fort petit équipage à Paris, bien en couche et muni d'argent. Si la réconciliation ne se fit pas alors, un échange de lettres entre le père et le fils prouve que tant d'offenses n'avaient pas encore complètement découragé rindulgenee paternelle.
Le 18 juillet 1625, d'Aubigné remerde le connétable Lesdiguières de « l'excès de ses courtoisies envers le père et le fils^ Si on luy tient promesse, je
i. Œuvres complèteit t. !•', p. 316.
Snn TH.<-AORII»t»A d'aubigiié. 97
mtttitf resfMiiito sous la siernie, po«^ ]wf Met à lA tenir. » Il s'agisgtit sans doute de eondokedee troupes en SaiDtonge, mais d^Aubigné qtii eonnalt son fils, ne Tent pas s'engager ponr lui, s'il n'a d'autres res^ sources que la bourse paternelle, et se tient sur une prudente réserve: ic J'aj bien veu, lai écrit-il, réussir des voyages entrepris témérairement, et comme l'on dit, des embarquements saiïs biscuits, à ceux qui ne portoyent que leurs personnes, et non pas à ceux qui ont plus de charge d'âmes qu'un curé*. .. »
L'apostasie arrache à d'Aubigné de réritables cris de rage : « Surimeau, tenez pour certain que l'apostasie ou l'atbeisme me sont insuportables envers ceux qui ne me touchent point de sang, [mais] qu'il n'y a règle médiocre en ma douleur ny en ma juste colère, quand le Diable a mis les ongles dans mes entrailles poui ^iompber du fils que Dieu m'avoit donné... Vous demandez que je vous ouvre, pour vous jetter à mes pieds, et je vous dis que ma porte ne vous peut recevoir que vous n'ayez brizé on franchy les portes d'Enfer*; » Dans une autre lettre, également sans date, mais évidemment de la même époque, d'Aubigné écrit à Constant: « Vos desbauches et dettes vous ont osté l'ordllier de la maison et le repos. La condition où
1. Lettre à Constant (1626) Œuvres complèies, 1. 1«, p. 192. Voir aux Documents et pièces jtLstificatives une lettre inédite de Constant, tirée des manuscrits de Bessinges (yol. m, f. 57 et 58). Nous pouYons regretter de n'ayoir pu Tinsérer au tome I«r des Œuvres complètes, ayant la lettre xxv, p. 192, car elle rend plus intelligible la réponse du père.
U y a éyidemment une erreur de daté on de mois, la réponse précédant la question, à moins, ce qui est possible, que le fils ne soit reyenu à la charge dans plusieurs lettres.