CHAPITRE n
d'aubigné soldat, enseigne, ueutenant, écuyeb du roi de navarre.
Alors commence ce véritable roman d'andenne chevalerie et le récit des grands coups d'épée, de pistolet, d'arquebusades reçus, et surtout donnés, par notre héros. Ce ne sont que défis, bravades et folles témérités. L'auteur de la Vie s'y dédommage de la réserve imposée à l'historien. Les premiers temps furent rudes. Notre jeune soldat tremble souvent, non de peur, mais de froid ou de faim, à travers ce dur apprentissage, battant plaines et bois du Périgord, de la Saintonge, du Poitou. Dans cette région pourtant, il n'est qu'à demi affranchi, et se sent sous les regards de ses cousins « bien moutez, dont il craint les reproches. » Il donne son coup de main aux sièges d'Angouléme et de Pons et venge, devant cette dernière ville, une sienne tante, malmenée par un capitaine brutal.
A partir de l'année 1569, d'Aubigné fait entrée comme acteur dans son Histoire vamereelle. Il assiste à l'escarmouche de Jazeneuil, et Dieu sait aussi avec quels détails il raconte cette mince affaire I Continuons à nous borner ici au rôle d'annaliste. Il était à la bataille de Jarnac, mais a manqua roccasion de Moncontour. » En 1 570, d'Aubigné se trouvait à la défaite
de deux compagnies italiennes dans Jonxao. « On commençait à se fier en luy de mener vingt arqne* bnsiers, enfants perdus ; » et c'est à propos de ce même exploit qu'il se donne dans l'His^otre, s'y nommant pour la première fois, le titre un peu trop fastueux de « Capitaine ' . »
C'est à la prise de Pons qu'Aublgné « porte sa première enseigne'. » Il mène les enfants perdus au siège de Cognac, s'y signale par sa folle témérité, a commençant la barricade en pourpoint. » Anière, son capitaine, l'en récompense en lui faisant faire la capitulation.
Cette campagne qui lui valut le grade d'Enseigne, et qui clôt la première partie de sa jeunesse, se termine par une maladie. Pendant ses accès de fièvre, le moribond « faisait dresser les cheveux à la teste des capitaines et des soldats » par le récit de ses pilleries. « Cette maladie, écrit d'Aubigné, le changea entièrement et le rendit à luy mesmes '. » Il a environ dixhuit ans, prend conscience de ses actes, rougit d'avoir laissé un meurtre impuni et commandé, avant Tàge de l'autorité. Il comprend la responsabilité morale, aveu grave pour ses fautes prochaines, si l'indulgence n'était due aux circonstances et à un soldat de dix-huit ans I
Dans cet intervalle des guerres civiles. Agrippa rentra chez lui, muni par son curateur de quelques écus et d'un bail de sa petite terre des Landes^ mais il trouva son bien occupé par un maître d'hôtel du duc de Longueville qui s'en était rendu héritier. La ma-