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CHAPITRE SEPTIÈME

M. Iietellier Lieutenant-gouverneur de Québec.— Ministère de Bouchervillc. — Mgr Conroy. — Sa mission. — Sa mort. — Décrets de Borne.

Vers la fin de l'automne de cette année 1876, le Lieutenant- gouverneur de la Province de Québec expirait, après une longue et honorable carrière. Issu d'une ancienne famille de cultivateurs de Sainte-Anne de Beaupré, M. René-Edouard Caron, devait à lui-même la haute position qu'il avait acquise. Il est, pour la jeunesse, un exemple de la récompense qui couronne le travail, la probité et la pratique des vertus civiques et chrétiennes. La pompe qui accompagna ses obsèques et l'immense concours qu'on y vit, démontrèrent la haute estime dont il jouissait.

Le premier ministre, M. Mackenzîe, offrit à M. Leteliier le poste laissé vacant par la mort de M. Caron. Ce fut plutôt par courtoisie pour son collègue que par

le désir de lui voir accepter son offre; car, pour nous servir de son expressiou, he thougJU Letellier too big a bug for that, c'eît-à-dire qu'il aurait aimé à le garder auprès de lui dans une sphère plus active. Celui-ci, après s'être consulté, prit le parti de ne pas accepter, en motivant son refus sur des considérations personnelles. Il y voyait un désavantage pécuniaire, et ne voulait pas engager sa nombreuse famille dans un train de vie que la modicité de sa fortune ne lui permettrait pas de continuer par la suite. De plus il savait que son parti pourrait difficilement le remplacer au Sénut, * et se passer d<i lui dans les temps d'élections. Son collègue, il. Cruchon, insistait fortement pour être nomme lui-même au poste vacant, mais cette nomination était ou ne peut plus impopulaire. Force fut donc, dans ces circonstances, de revenir à M. Letellier, qui dut accepter.

Talleyrand a dit quelque part: "Suivez votre pre- " mière impression, c'est toujours la meilleure." C'est ce que M. Letellier aurait dû faire. Il aurait dû demeurer dans la politique militante.

Sa nomination fut généralement bien accueillie dans tout le pays. Il faut dire que, dans la province de Québec, elle fut un soulagament pour les nombreux ennemis de M. Cauchon, qui avaient craint de le voir appelé à faire les honneurs de Spencer- Wood, où ils au-

• L'Honorable C.-A.-P. Pelletier l'a remplace an Sénat pour la division Grand vil le avec uu talent et un tact remarquables.

raient été oblige Jj l'aller saluer. La satisfaction qu'ils en témoignèrent contribua à rehiusser le clnix qu'on avait fait de M. Letellier.

Ls nouveau Lieutenant-Gouverneur fut installé le 16 décembre.

M. de Boucherville, alors premier ministre à Québec, était venu à sa rencontre avec se3 collègues pour le recevoir à Lévis. M. Letellier, en l'apercevant, lui tendit loyalement la main, eu l'assurant qu'il lui donnait toute sa confiance, et qu'il comptait que cette canfiance serait réciproque, malgré leur divergence en politique dans le passé. Il voulait dessiner franchement sa nouvelle position.

Nous omettons de mentionner les nombreuses adresses de félicitation et de bienvenue qu'il reçut de tous côtés, et auxquelles il répondit avec tact, dignité, et un bon goût qui atténuait un peu l'insipidité de ces félicitations banales. La réponse qu'il fit au " Club des Chasseurs" est même jolie : on y devine un disciple de Neinrod.

Nous allons entrer tout de suite dans le îvcit de la nouvelle carrière qu'il va parcourir.

Au lien de prendre possession immédiate de Spencer- Wood, M. Letellier alla s'installer à l'hôtel Saint- Louis, par un sentiment de délicatesse qui était dans sa nature. En présentant ses condoléances à madame veuve Caron, il lui offrit de continuer à demeurer à Spencer- Wood

jusqu'au printemps. Elle accepta cette offre avec reconnaissance, en lui exprimant combien elle était sensible à cette marque de déférence et de respect pour son deuil.

L'Assemblée législative était en session depuis le 10 novembre : elle fut prorogée le 28 décembre.

Après avoir rendu hommage, dans le discours de clôture, à la mémoire de son regretté prédécesseur, le Lieutenant-gouverneur ajoutait : " Ce sera mon ambi- " tion, comme c'est mon devoir, de me conformer à " l'esprit de la constitution sous laquelle nous avons le 11 bonheur de vivre." Il tenait à répéter publiquement ce qu'il venait de déclarer à M. de Boucherville personnellement.

Lors de la réception que le Lieutenant-gouverneur donna, suivant l'usage, au premier de l'an, toute la ville, sans exception de partis, s'y porta en foule pour lui rendre hommage, et fit voir par là la popularité dont il jouissait. Il en fut flatté. Mais ce qui lui plut davantage fut une invitation particulière de MM. les directeurs du collège de Sainte-Anne, le priant d'accepter leur hospitalité, et de venir recevoir leurs félicitations dans la maison même qui avait été le berceau de son éducation. Il s'y rendit, et fut accueilli avec des marques d'honneur et de déférence qui le touchèrent profondément, et qui effacèrent le souvenir de l'antagonisme qu'il y avait trop longtemps rencontré. Il était

fier d'être élève de cette maison qu'il aimait, et où, comme nous l'avons déjà dit, il avait puise un culte de vénération pour la mémoire de M. Painchaud, qui en avait été le fondateur. En ce jour, avait-il dit en présence des élèves, il se sentait heureux d'honorer en sa personne le nom de cet illustre bienfaiteur, et d'être l'élève de Sainte-Anne, qui, le premier, eût parcouru les divers degrés de l'échelle sociale pour arriver h la dignité dont il était revêtu. Son discours, rempli de souvenirs émouvants, fit une vive impression.

Pour encourager les élèves dans leurs travaux littéraires, il répondit par un sonnet improvisé à l'adresse qu'ils lui présentèrent. On lit souvent des vers moins bien tournés.

En entrant en fonctions, M. Letellier avait pris au sérieux, et non comme une simple formule, le serment qu'on lui avait fait prêter, d'administrer bien fidèlement la justice dans sa province.

M. J.-E. Collins, dans un ouvrage qu'il vient de publier sur l'administration du Marquis de Lorue en Canada, fait sur la portée de ce serment une remarque qui mérite une attention spéciale. Sous notre régime de gouvernement responsable, observe-t-il, le pays est gouverné par le parti dominant, et le gouverneur est guidé par l'avis des ministres dévoués à ce parti. Ainsi,

en lui imposant ce serment, c'est, dit-il, lui interdire d'avoir soit une conscience, soit une opinion à lui. Car si sa conscience se trouve en conflit avec l'avis que ses ministres lui proposent de suivre, son devoir l'oblige, soit d'en dissuader ses ministres, soit de les congédier, ou de se démettre lui-même.

M. Letellier entendait gouverner suivant les règles de la justice, et se tenir dans les limites exactes de ses devoirs, telles qu'elles sont tracées par la Constitution, et sans sortir de ses attributions executives. En même temps, à l'exemple de Lord Elgin, il se proposait d'user avec toute la discrétion et la modération possibles de l'influence que lui donnait sa position, pour s'en servir dans l'intérêt dii pays, et ne pas la laisser tomber dans un néant complet.

Peu de temps après son entrée en office, il se présenta une question peu importante en elle-même, puisqu'il ne s'agissait que de la nomination qu'on lui avait fait faire d'un conseiller municipal à Moutmagny ; mais la question était sérieuse au fond, puisqu'il s'agissait du droit de l'exécutif d'intervenir en prenant l'initiative à l'encontre du pouvoir judiciaire.

M. Letellier était davis d'annuler la nomination précipitée qu'on lui avait demandé de faire, et de laisser débattre devant les tribunaux la validité de l'élection fuite par les intéressés. M. le procureur général Angers, alors leader de la Chambre et premier ministre

de fait, soutenait le contraire, et fit un rapport en conséquence pour motiver son opinion. Cette opinion était bonne comme motifs pour invalider l'élection, mais c'était au tribunal à vérifier les faits sur lesquels elle était basée, et à se prononcer si l'on s'en plaignait, sinon l'élection continuait de subsister. Pour cette raison, M. Letellier ne put adopter l'opinion de M. Angers, et se vit obligé de révoquer la nomination qu'il avait faite par erreur. Le procureur général fut contraint de céder, par condescendance, a-t-il dit plus tard, mais plutôt avec un vif désappointement, et après avoir temporisé autant qu'il le put. C'est là ce que l'on a appelé " l'affaiie de Montmagny," qui devait revenir un an après sur le tapis, comme un grinf contre le Lieutenant-gouverneur. M. Angers demeura froissé ; mais M. Letellier voulut dès lors que le Procureur général se tînt pour dit, lui et ses collègues, que jamais il n'interviendrait dans les attributions du pouvoir judiciaire. Cet avertissement est important à noter, à cause du conflit que nous verrons plus tard s'élever entre eux sur le même principe de non-intervention, dans le recours que la loi accorde par la voie des tribunaux, à tous ceux qui ont des droits à défendre.

Cet incident fut le seul qui parût jusque-là causer quelque froissement entre le Lieutenant-gouverneur et ses ministres. C'était peu de chose, comme on voit, mais M. Letellier avait un caractère décidé, et celui de

M. Angers n'était pas moins entier. Il fallait ajouter très peu de chose pour blesser la susceptibilité de M. Angers, et pour qu'il prît ombrage de la position officielle de M. Letellier. Nous verrons ci-après qu'une simple affaire de préséance, mal comprise par M. Angers, lors d'un dîner officiel donné à Spencer- Wood trois mois après, en l'honneur de Son Excellence Monseigneur Conroy, le piqua au vif, et fut la raison pour laquelle il ne voulut plus mettre le pied au château . Bien plus, il épia l'occasion d'une autre invitation pour rompre en visière avec le Lieutenant-gouverneur.

Malgré la meilleure volonté du monde entre M. Letellier et ses ministres, les tendances respectives des deux partis, qui les avaient divisés jusque-là, ne pouvaient disparaître dans leurs appréciations mutuelles. Les ministres se croyaient naturellement obligés à une certaine réticence, en voyant, à la tête de leurs délibérations, un homme qui avait été jusque-là un des adversaires les plus déclarés de la politique des conservateurs. Si, de fait, ils étaient sous l'impression, comme ils se sont plu à le soutenir plus tard, que le gouvernement d'Ottawa leur avait envoyé un Lieutenant-gouverneur pour contrecarrer leurs vues et les éloigner du pouvoir, il n'est pas étonnant qu'ils n'aient pu placer leur confiarice en M. Letellier, et qu'au contraire ils aient montré une défiance méticuleuse à son égard. Pourtant, s'ils eussent voulu se confier franchement à

cet homme, qui, dans tout le cours de sa vie, n'a jamais trahi personne, il est certain qu'il les aurait cordialemeut aides, dans un effort commun, à promouvoir le bien public, d'autant plus que M. Letellier pouvait s'appuyer sur la droiture de M. de Bouchei ville et la sincérité de son patriotisme.

Ces deux hommes, faite pour s'entendre, furent plutôt séparés par la position qui leur était faite que par une antipathie personnelle.

La prévention des ministres n'était pas de nature à amener une entente cordiale qui, pourtant, est indispensable entre un gouverneur et les conseillers de la Couronne. Toute divergence d'opinion chez M. Letellier devenait pour eux un sujet de soupçon à l'égard de son impartialité, surtout au début de leurs rapports officiels, où les concessions mutuelles devaient être faites de bonne grâce.

M. Letellier, en législateur et en homme de loi qu'il était, examinait attentivement les divers documents soumis à son approbation.

Il avait signé, à la demande de M. de Boucherville et par condescendance pour lui, à la clôture de la session, un bill imparfait ou plutôt nul, * et il était depuis

• Il j avait eu uue né *l'£enc3 dans la législation antérieure. Dana l'espace de lcux ans, 16 actes avaient été amendés, et un rappelé comme inconstitutionnel.

WUne**, Montréal, 90 décembre 1876.

sur le qui vive, pour ne pas s'exposer à donner sa signature inconsidérément à l'avenir.

Le sort voulut qu'immédiatement après l'affaire de Montmagny, le premier ministre lui demandât la sanction d'une résolution passée en Conseil pour approuver certains règlements de la " Société d'Union des Menuisiers de Québec." Ces dispositions étaient contraires à l'acte d'incorporation, ainsi que l'avait déclaré le procureur-général. " Ce rapport, ce me semble, écrivit " M. Letellier à M. de Boucherville, aurait dû suffire " pour ne pas demander mon approbation à ces règle- " ments ; " et il refusa de sanctionner l'ordre en conseil dans ces conditions.

Cette remontrance et ce refus, quoique parfaitement légitimes, étaient de nature à froisser même des amis politiques. Le cœur humain est ainsi fait: l'amourpropre blessé brise même les meilleurs liens. Il est facile de concevoir que, dès le début, ces légers incidents aient jeté quelque défiance dans l'esprit du premier ministre.

Passons à un sujet plus important, et qui intéressait au plus haut degré les catholiques, notamment ceux de la Province de Québec, en même tems que les deux partis politiques en présence.

Le délégué apostolique, annoncé et attendu avec

anxiété, débarqua à Québec en mai 1877. Il fut reçu avec toute la pompe et la solennité dues à son rang, et chacun s'empressa, dans les deux partis, d'aller saluer son juge. La réputation de Mgr Conroy l'avait précédé, et on le considérait comme l'un des prélats les plus distingués de l'Eglise.

Son Excellence Monseigneur Conroy, Evâque d'Ardagh, en Irlande, était un élève de Eorne, et avait été secrétaire du cardinal Cullen, archBvêque de Dublin. Il avait été choisi comme délégué apostolique au Canada, à cause de son habileté et de sa parf ûte connaissance du régime constitutionnel suivi en Angleterre, et il possédait toutes les qualités requises pour sa haute mission : la prudence, la réserve, et la sûreté de jugement qui le mettait à l'abri des préventions de partis.

Il accueillit avec dignité les démonstrations dont il fut l'objet, et observa une réserve diplomatique qui ne laissa percer aucun indice d'opinion, sauf lorsqu'il fut attiré à une réunion du Cercle catholique, à Saint-Roch de Québec, chez le Dr Samson, où il rappela aux messieurs du Cercle que c'étaient les évoques qui avaient mission de régir l'Eglise de Dieu et non pas eux.

On a dit, daiu le temps, que le délégué n'avait pas été tre3 flatté de sa visite dans ce lieu, et que ses adieux n'avaient pas flatté davantage l'assistance.

M. Letellier fit royalement, à Son Excellence Monseigneur Conroy, les honneurs de Spencer- Wood, où il

réunit, pour lui rendre hommage, les hauts dignitaires ecclésiastiques, et les sommités laïques, tant puni les ministres et les juges que parmi les citoyens de la ville.

En sa qualité officielle, M. Letellier pouvait s'ouvrir au délégué, et il le fit dans les diverses conférences qu'ils tinrent ensemble. Car M. Letellier n'était pas étranger, ainsi que nous l'avons vu, à la mission du délégué apostolique. Rien n'a transpiré de lmirs entretiens, si ce n'est l'admiration de M. Letellier pour la haute intelligence du prélat, et pour ses vues langea et étendues sur les rapports de l'Eglise avec les , divers états, qu'il appliquait au Canada avec une clarté, une sagesse et une prudence admirables. Plus tard, on crut découvrir son jugement et son appréciation générale sur les hommes et les choses de ce pays. On a prétendu qu'il aurait dit, en résumant la situation, et en remarquant Tâpreté de nos querelles et les personnalités puériles dont elles sont marquées : It is the fauH of email communities.

Il ne cachait pas cependant la haute estime qu'il avait conçue des lumières et des connaissances approfondies de T Archevêque de Québec, de ses vertus solides, et de sa droiture d'intention.

Dès son arrivée, le délégué apostolique s'était montré à la hauteur de sa position, et on avait reconnu en lui un homme versé dans la haute diplomatie. Son intelli-

gence et son tact supérieur lui firent bientôt démêler la droiture des uns et l'astuce des autres. Les exagérations et les arguties de certains doctrinaires, qu'on a justement appelés les ultra-montés, ne servirent qu'à mieux lui faire apprécier la réserve et le bons sens de leurs opposants, qui représentaient la masse de la population. Les clameurs de haro soulevées contre les libiraux ne parurent produire aucun effet sensible sur ses oreilles. Retiré à l'écart, à l'abri toute influence extérieure, dans une maison de campagne près Québec, il y demeura quelques mois en observation. Ses moindres mouvements étaient épiés avec des yeux d'Argus, surtout par une classe qui depuis un quart de siècle tenait le haut du pavé, et ne voulait démordre d'aucune de ses prétentions, ni rien céder du terrain conquis, afin de maintenir sa domination.

Aprè3 une attente et une anxiété non satisfaite, les adulations de l'arrivée furent bientôt effacées, pour faire place au dénigrement par les mécontents. L'Evêque Conroy en dépit de ses hautes vertus et de son intelligence claire et lucide, avait baissé de trente degrés dans l'estime des ultra-conservateurs, depuis qu'il n'avait pas donné d'emblée gain de cause à ce qu'ils appelaient le parti des bons principes. Quelques faux dévots même se hasardèrent à blâmer sourdement la mollesse d'un prélat qui se permettait, disaient-ils, de prendre son bain tous les matins, de déjeuner à 10 heures, et qui ne

pouvait se passer d'un valet de chambre. Ces bonnes âmes ne se sentirent soulagées que lorsqu'elles virent le doigt de Dieu s'appesantir sur le nouvel Osa, qui n'avait pas craint, disaient-ils tout bas, de porter la main sur l'arche d'alliance du Canada.

Au bout d'un an, la mort soudaine et prématurée du délégué apostolique, que ces personnes considéraient comme suspect pour le moins de libéralisme, et dépourvu de toute clairvoyance, fut regardée par elles comme une intervention directe de la Providence en faveur de leur cause, qui n'était autre, suivant elles, que celle de Dieu et de l'Eglise. On nous croira à peine, si nous ajoutons que cette mort fut proclamée de fait comme un châtiaient divin, dont la conséquence était de préserver l'Eglise du Canada des maux dont elle était menacée.

Mais n'anticipons pas sur les événements.

Le délégué apostolique se rendit à la capitale, où Lord Dufferin, les ministres et la ville lui firent une réception digue de sa réputation et du respect dû à l'autorité qu'il représentait. Ses talents, déjà connus, brillèrent d'un nouvel éclat, à l'occasion d'une conférence qu'il voulut bien donner au profit de l'asile du Bon- Pasteur. Ce discours, remarquable par l'élévation des idées, la richesse de la diction et les nuances délicates qui en ornent le fond, ravit l'auditoire. Il fut

aussitôt traduit en français par M. Chauveau, comme un chef-d'œuvre du genre.

La mission du délégué s'accomplit dans le secret, et avec une diplomatie impénétrable. Pour les libéraux, il en résulta le mandement collectif des évêques de la province ecclésiastique de Québec, du 11 octobre 1877, qui allait ouvrir une ère nouvelle pour eux, et amener dans la suite leur réhabilation complète comme parti. Cette réhabilation fur hâtée par suite de la conduite imprudente et insubordonnée de leurs adversaires.

On voit, par ce mandement, que jusqu'à présent l'Eglise n'a condamné aucun parti politique, et que, par conséquent, on a eu tort de regarder les libéraux du Canada comme formant un parti politique condamné. Le mandement veut qu'on cesse de les confondre avec les libéraux-catholiques, et ils ont, comme ils l'ont toujours réclamé, droit de cité dans l'Eglise. Ce document pastoral interprète des mandements antérieurs, mal compris jusque-là par quelques-uns. " Malheureuse- " ment, y est-il dit, et contre notre intention, quelques- " uns ont cru voir dans ce document (la pastorale du " 22 septembre 1875) un abandon de la région des " principes pour descendre sur le terrain des personnes

" et des partis politiques nous suivons l'exemple

" du Saint-Siège, qui, en condamnant les erreurs du " Libéralisme catholique, " s'est abstenu de signaler les " personnes ou les partis politiques. Il n'existe en effet

" aucun document pontifical condamnant un parti poli- " tique quelconque; toutes les condamnations émanées " jusqu'à présent de cette source vénérable, se rapportent " seulement aux catholiques libéraux et à leurs prin- " cipes, et c'est dans ce sens qu'on doit entendre le " bref adressé en septembre 1876 à l'un de Nous. A " l'exemple du Souverain Pontife et suivant la sage " prescription de Notre Quatrième Concile, nous laissons " à la conscience de chacun de juger, sous le regard de " Dieu, quels sont les hommes que ces condamnations " peuvent atteindre, quel que soit d'ailleurs le parti " politique auquel ils appartiennent. "

Le mandement du 11 octobre 1877 fut accompagné d'une circulaire des mêmes Evoques à tout le clergé de la province ecclésiastique de Québec, poitant la même date.

Cette circulaire trace clairement la ligne de conduite que le clergé doit tenir par rapport à la politique en général, et aux élections en particulier.

Le parti libéral ne peut demander qu'une chose : c'est que les sages avis qu'elle contient, la réserve discrète et la grande prudence qu'elle recommande, soient mis en pratique. Il n'a pas droit à davantage.

Le délégué apostolique, de retour d'un voyage à la Californie, se rendit à l'île de Terreneuve, où le changement brusque du climat lui fut fatal. Quelques jours de maladie l'emportèrent (4 août 1878).

Cette mort causa un deuil véritable dans l'Eglise, dont il était déjà, à son âge, un des prélats éminents.

Mais nulle part cette fin prématurée ne fut plus vivement sentie qu'au Canada, où sa présence avait déjà commencé à rétablir le calme et à causer un grand bien.

Il avait pleinement justifié le choix que Rome avait fait de lui pour accomplir l'œuvre de pacification qu'elle voulait réaliser au Canada. Nul doute qu'avec les hauts pouvoirs qui lui avaient été conférés, et en y joignant le tact et l'habileté qu'il avait montrés, il ne fût parvenu, avec le temps, à régler, fortiter et suaviter, pour le plus grand avantage de l'Eglise et de l'Etat, les difficultés nées de causes irritantes, dont on lui avait confié la solution.

A cette nouvelle . déplorable, M. Letellier et ses ministres catholiques adressèrent au Saint-Siège leurs condoléances sur la perte de cet auguste personnage, et témoignèrent en même temps leur dévouement et leur reconnaissance au Saint-Père, pour sa sollicitude paternelle envers l'Eglise du Canada. Ils exprimèrent aussi l'espoir de voir un successeur appelé à continuer l'œuvre de sagesse et de justice si bien commencée par Mgr Conroy.

Le Cardinal Nina, alors Secrétaire d'Etat, répondit de la manière la plus bienveillante, de la part de Sa

Sainteté Ldon XIII, par une lettre que noua donnons textuellement :

{Traduction)

" A Son Excellence Monsieur L. I.etlllieb, LiEtTEXAXT-ccuvEiiyECR . de la Province de Québec.

« Excellence,

" C'est pour moi tmc t fiche bien 8griablc de pouvoir faire cennaitre ù Votre Excellence que le Saint-Père, duquel je me suis fait un deveir de référer le c cntcnu de lYdresFC que vous avez bien voulu me transmettre, en même temps que votre tstimec lettre du 21 août dernitr, a accueilli avec une satisfaction toute particulière les condoléances exprimées di;ns cette adresse, au sujet de la mort de l'illustre Prélat Monseigneur Conroy, et l'hcnorablc témoignage rendu, tant aux rares qualités di nt il était doué, qu'aux services signalés dont l'Eglise Catholique lui est redevable dans le peu de temps qu'il est demeuré dans votre pays.

*' Non moins agréables ent été pour Sa Sainteté les sentiments de sincère « ttathement et de filial dévouement que Votre Excellence, do concert avic les ministres catholiques de la Puissance du Canada, a voulu, en cette circonstance, manifester envers le Saint-SKgc. sentiments qui fent voir le vif intérêt qui vous anime pour le plus grand bien c!e notre suinte religion dans cette môme Puissance.

" C'est pourquoi, le Saint-Père, bien reconnaissant de cette manifestation de bienveillants sentiments, m'a chargé d'eu foire, en Son nom, les plus vifs remerciments à Votre Excellence, et par Elle & tous et chacun des honorables ministres ci-dessus mentionnés.

" Quant à la demande relative à l'envoi d'un nouveau Délégué Apostolique, qui travaille à continuera œuvre commencée av^c tant de succès par le regretté Mgr Conroy, Sa Sainteté m'a ordonné de la remettre à la Sacrée Congrégation de la Proj>agandc, lcquelle ne m tiquera pas de s'en occuper avec toute la maturité et toute la 6ollicïtudo qu'exigent la gravité et l'nrgcuce d'une pareille question,

" Je profite de la présente occasion pour assurer Votre Excellence des sentiments de la considération la plus distinguée, avec lesquels j'ai l'honneur d'être bien sincèrement,

•' Do Votre Excellence,

" Le très dévoué serviteur,

" L. Cardinal Nlnjl.

11 Berne, 18 septembre 1S78.

Mgr GillooJy, évêque d'Elphen, fut nommé en décembre de la même année, pour succéder à Mgr Conroy, comme délégué apostolique au Canada et aux Etats- Unis. Pour des raisons que nous ignorons, il ne vint pas en Amérique.

Malgré le mandement collectif des Evêquc3 (Il octobre 1877), publié sous l'inspiration de Mgr Conroy, le parti ultra-catholique de la Provinca ne se tint pas pour battu. Il n'en continua pas moins h attaquer les libéraux dans la presse, eu affectant toujours de les assimiler aux catholiques -libéraux. Cette perfide assimilation avait tant de prise sur l'esprit du peuple qu'ils ne voulaient pas lâcher un si bon moyen de le tromper à leur profit. Cette confusion d'idées a été tellement enracinée dans la population, qu'encore aujourd'hui de bons catholiques de nos aitnpagnss n'oseraient pas voter pour un libéral, de peur d'être damnés.

Certains membres du clergé et un suffragdnt de l'Archevêque continuèrent à s'ingérer trop dans les élections politiques, et firent aussi des tentatives pour faire modifier la loi des élections sur c< l'influence indue," et même voulurent ressusciter le programme de 1871. La division éclata alors entre les évêques, mais la majorité des fidèles suivit la houlette du Métropolitain. Toutefois un certain nombre de membres du clergé et une faction laïque, sans se révolter ouvertement, demeurèrent opiniâtre .ne nt dans leurs préventions et leur

même hostilité contre le parti libéral. Cette insubordination continuant à persister, et s'étant même déclarée ouvertement, l'Autorité Pontificale infligea aux rebelles une réprimande foudroyante, par un décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande en date du 13 septembre 1881.

On se rappelle encore la sensation produite par la promulgation de ce décret. Au grand désespoir des rebelles censurés et des conservateurs en général, ce document réhabilite devant l'Eglise le parti libéral du Canada.

Comme il est destiné à mettre fin à la guerre religieuse entreprise en ce pays contre les libéraux, nous croyons, vu son importance, devoir le rapporter en entier.

( Traduction)

" A Moxskignkur Albxandrb Taschbreau, Archevêque de Québec. u Illustrissime et Révércndissime Seigneur,

" Il est venu à la connaissance de la Sacrée Congrégation de la Propagande que, dans votre Prorince, certains membres du clergé et du corps séculier continuent à s'ingérer trop dans les élections politiqu s, en se servant soit de la chaire, soit des journaux et autres publications.

" Il est également connu de la susdite S. Congrégation, que certain suffragant de Votre Seigneurie cherche actuellement à recourir au Parlement, pour faire modifier la loi des élections relativement à l'influence dite indue.

•' Or, pour ce qui concerne le premier point, je m'empresse de rappeler à Votre Seigneurie que, déjà en Tannée I **?(;, la Suprême Congrégation du Saint Oftice a émané l'instruction suivante :

" Il faut faire entendre aux Evéques du Canada que le Saint Siège reconnaît parfaitement l'extrême gravité des faits rapportés par eux,

et qu'il y a à déplorer particulièrement le tort dont en souffrent l'autorité du clergé et le saint ministère. C'est pourquoi, afin de réparer de si grands dommages, il faut surtout en extirper la racine. Or, la cause de si graves inconvénients se trouve dans la division de ces Evéques entre eux, tant au sujet de la question politique qu'au sujet d'autres questions qui s'agitent en ce moment au Canada.

" Afin donc de mettre un terme à ces dissensions si regrettables, il sera nécessaire que ces Evoques, de concert avec Monseigneur le Délégué Apostolique envoyé au Canada, s'entendent pour déterminer une ligne de conduite iiniform», à suiyre par tous et chacun d'eux à l'égard des partis politiques.

u Une autre cause des mêmes inconvénients se trouve dans l'ingérence trop grande du clergé dans les affaires politiques, sans se soucier assez de la prudence pastorale. Le remède convenable à cet excès de zèle, c'est de rappeler à ces Evéques ce qui leur a déjà été recommandé par cette suprême Congrégation le mercredi 29 juillet 1*7 1, à savoir que, à l'occasion des élections politiques, ils se conforment, dans leurs conseils aux éle: teurs, à ce qui se trouve décrété dans le Concile Provincial de IcûH. Il faudra ajouter que l'Eglise, en condamnant le libéralisme, n'entend pas frapper tous et chacun des partis politiques qui par hasard s'appellent libéraux, puisque les décisions de l'Eglise se rapportent à certaines erreurs opposées à la doctrine catholique, et non pas à un parti politique quelconque déterminé, et que, par conséquent, ceux-là font mil qui, sans aucun fondement, déclarent être condamné par l'Eglise un des partis politiques du Canada, à savoir le parti appelé réformiste, parti ci-devant chaudement appuyé même par quelques Evéques.

" Enfin, pour ce qui regarde l'objet principal des doutes proposés, à savoir quelle mesure il y a à prendre relativement aux catholiques qui, pour cause de prétendue ingérence indue du clergé dans les élections politiques, recourent au tribunal civil, on ne peut donner à ce sujet une règle générale aux Evéques, et il appartiendra en conséquence à qui en a l'office, de pourvoir, dans chaque cas, à la conscience de celui qui a fait ce recours.

" Que les Evéques prennent donc les mesures nécessaires pour sauvegarder l'honneur du clergé, ayant soin surtout d'empêcher, autant que possible, que des personnes ecclésiastiques soient obligées de comparaître devant le juge laïque

" Il faudra enfin exhorter les Evéques à observer, par rapport aux affaires politiques, la plus grande réserve, eu égard particulièrement

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au danger qu'il y a de provoquer à une guerre violente contre l'Eglise les Protestauts, déjà inquiets et irrités contre le clergé, syus prétexte d'ingérence indue dans les élections politiques

" En outre, il faut faire en sorte que le clergé évite toujours do nommer les personnes en chaire, encore bien plus si c'est pour les discréditera l'occasion des élejtions, et qu'il ne se serve jamais de l'influence du ministère ecclésiastique pour des fins parti julières, si ce n'est lorsque les candidats pourraient devenir nuisibles aux vrais intérêts de l'Eglise.

" Conformément ù cotte instruction, Votre Seigneurie doit faire connaître sans retard à tous ses suffragants, au clergé et à tous ceux que cela conc-rai», que c'est l'intention du Saint-Père que les susdites prescriptions du Saint-OâL'C soient j igourousement observées.

" Pour ce qui a rap^o.t au second point, Votre Seigueuric devra notitur ù chacun dos sutfr.ig.inti, de la part de Sa Sainteté, que chacun dJ3 P/élats iaiiVidujllemJiit ait à s'abstenir d'agiter ou de faire agiter, soit dans le Parlement, soit dans la presse, la question do dj la moi. finition dj la loi cou .'ornant la dite influence indu:. Que s'il arrivait uiu épopu où les évj.iues réunis jugeassent tous ensemble que 1j temps opportun est venu de faire la susdite demande, ils djvron' d'abord rejourir ù cjtte Sacrée Congrégation, pour en recevoir les instructions convenables.

« Dans cette pensée, jj prie le Seigneur qu'il vous prodigue tous les biens.

« llom-j, Palais dj la P/opagande, l:> septembre 1681- " De Votre Seigneurie,

" Le très affectionné serviteur,

" Jean Cardinal Siméoxi,

" Préfet.

" I. Masotti, 11 Secrétaire."

Afin de dessiner encore plus nettement les choses, si

c'est possible, l'Archevêque de Québec en promulguant

ce décret par la voie des journaux, écrivit, le 10

octobre 1881, au journal Le Canadien, qui avait em-

biassé chaleureusement la défense du clergé dans son

ingérence dans les élections, de publier le document

sans commentaire ou discussion. " Maintenant que le c< Souverain Pontife à parlé/' ajoute cette lettre, " il " est du devoir de tout catholique sincère d'accepter sa " décision avec respect et pleine soumission."

On remarque, dans la lettre de l'Archevêque, qu'il appuie spécialement sur la fausse interprétation donnée aux documents de la Cour de Eome contre le libéralisme, et appliquée perfidement aux libéraux-canadiens.

" A cela, dit-il, se rapportent les paroles suivantes de son Eminence, sur lesquelles j'attire spécialement votre attention, parce qu'elles tendent à faire disparaître une équivoque dont on a abusé trop souvent : " L'Eglise, en " condamnant le libéralisme, n'entend pas frapper tous " et chacun des partis politiques qui, par hasard, s'ap- " pellent libéraux, puisque les décisions de l'Eglise se " rapportent à certaines erreurs opposées à la doctrine " catholique, et non pas à un parti quelconque déter- " miné, et que, par conséquent, ceux-là font mal qui, " sans autre fondement, déclarent être condamné par " l'Eglise un des partis politiques du Canada, à savoir " le parti réformiste, parti ci-devant chaudement ap- " puyé même par quelques évêques. "

" Il faut aussi éviter d'entraîner ou de mêler le clergé dans des questions où son autorité et son ministère pourraient avoir à souffrir."

On aurait pu croire que la cause était terminée pour des catholiques : Roma locuta est, causa finita est

Point du tout. Il y eut en certains endroits une résistance publique, et Ton remarqua surtout la résistance passive, employant cette force d'inertie qui se cache et craint de se montrer au grand jour. La cause était jumelle de celle connue sous le nom de "question universitaire," également décidée contre les vues du même parti. Perdre les deux procès à la fois avait suffoqué les ultra-catholiques qui s'étaient érigés en directeurs de Tépiscopat. Il fallait, comme autrefois les Jansénistes, en appeler au Pape mieux informé. On l'avait trompé, disait-on, on avait acheté les congrégations romaines, suborné les cardinaux avec des dîners, etc., etc.

Ce n'est là qu'une partie des injures à peine croyables lancées contre la Cour de Rome, par des fanatiques que le désappointement et le dépit rendaient furieux. En un mot, le désordre alla si loin que l'Autorité Suprême dut intervenir de nouveau, et imposer silence aux révoltés.

Pour quiconque connaît les lenteurs de la Cour Romaine, qui marche, comme on dit, avec des souliers de plomb, et sa diplomatie, qui est saus contredit la pre- • mière du monde, il y a lieu d'être étonné de la voir si prompte à atteindre les coupables, et si brève et sévère dans la forme de son langage. Elle voulait en finir par un ordre sans réplique. Nous citous ce document en entier, pour ne pas en atténuer la portée. Il est adressé à l'archevêque de Québec.

u Illustrissime et Révérendissime Seigneur.

11 Le Saint Père a appris avec déplaisir que certains catholiques de " votre province cherchent à fomenter encore des dissensions, soit par u rapport à l'ingérence indue dans les élections politiques, soit par 41 rapport à la succursale de l'Université Laval, établie à Montréal. k Pour lever donc tout d mte à ce sujet, et pour mettre fin une foia u pour tontes aux dissensions susdites, dans l'audience du 22 courant, u H a de nouveau ordonné d'écrire à Votre Seigneurie, que c'est sa " volonté expresse qui l'on observe rigoureusement les deux décrets u donnés par sa Sainteté sur les dites questions, en septembre dernier. * Que du reste, les personnes qui se disent défenseurs de Montréal et " qui restent encore a Rome, • le font contre la volonté du Saint-Père, " et abusent ainsi des circonstances politiques actuelles.

« Après avoir fait connaître ces choses, je m'offre A vous de tout " cœur.

a Rome, de la Propagande, ;îl décembre 1^3 î. " De votre Seigneurie,

" Le très dévoué serviteur,

" Jean, Cardinal Siuéoni, " Préfet, " J. Massotî, Secrétaire."

Il faudrait ne pas connaître l'esprit normand qui fait le fonds du caractère canadien, pour croire que les récriminations ont cessé depuis ces décisions.

Mais pour quiconque voit clair, il est évident que cette question est désonnais morte, et que c'est en vain qu'on cherchera à la réveiller.

Cette répression dans le clergé a été entrevue de loin par M. Letellier, à l'époque où son ingérence s'est fait le plus sentir contre lui. Ce qui le faisait combattre avec un courage indomptable, c'est qu'il avait la certi-

• En Canad i, il n'y avart pas ù se méprendre sur le nom des personnages ainsi indiqués.

tude d'un triomphe final, sinon pour lui-même personnellement, du moins pour son parti. Ce triomphe, il ne Ta pas vu de son vivant, mais il a pu l'annoncer d'avance, avec ce coup-d'œil sûr qui lui faisait rarement défaut.

Le temps et la réflexion apaiseront ces divisions, et ramèneront à un état normal les rapports entre le régime sacerdotal et le régime constitutionnel implanté au Canada. Toute époque de transition renferme en soi une crise. C'est celle que l'on vient de subir. En effaçant l'esprit de parti, on peut, avec la modération, la prudence et la tolérance indispensables dans notre état social actuel, assurer l'harmonie et la véritable entente qui doit exister entre les diverses autorités.

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