‹ Étude historique (volume 2)Chapitre 4 sur 26 · HOCQUART · texte numérisé non relu

HOCQUART

Veu par Nous Chr de Tordre militaire de St Louis, Major des Troupes en la Nouvelle France.

DEBEAUJEU.

Veu par Nous Commissaire < la Marine ayant la police Troupes en garnison à Québ VARIN.

Par Monseigneur, CHAMAZART.

Il eût été facile à M. Letellier, en publiant ce document, de confondre les calomnies inventées à plaisir pour nuire a son caractère et à sa popularité ; mais il ne daigna pas même s'arrêter devant ces petites manœuvres. Il marchait droit devant lui, poursuivant toujours son but.

Le motif pour lequel François Letellier de Saint- Just obtint ses lettres de congé est digne de remarque. Le congé absolu lui fut accordé à cause de son intention de demeurer dans la colonie, où il avait déjà acquis des propriétés pour s'y fixer. En effet, il avait déjà commencé un établissement dans la seigneurie de la Durantaye, paroisse de Saint- Vallier, sur une terre en partie défrichée, qu'il acheva de mettre en culture et où il éleva sa famille. Après un premier mariage, qui dura assez peu de temps, il épousa en secondes noces, à Québec, le 26 Août 1743, demoiselle Françoise Pelletier, de qui il eut, entre autres enfants, Michel Letellier de Saint-Just, né en 1746, aïeul du lieutenantgouverneur Letellier.

L'aisance que François Letellier parvint à acquérir lui permit de donner une bonne éducation à ses enfants, particulièrement à son fils Michel. Quelques lettres qu'on a conservées de ce dernier dénotent une des meilleures instructions qui pût se donner alors dans notre pays. Ce qui est d'autant plus remarquable que le tempe où il fit son éducation coïncide avec la période

la plus troublée de notre histoire. Au commencement de la guerre de la conquête, François Letellier de Saint- Just n'avait que quarante-huit ans, et il n'y avait qu'une quinzaine d'années qu'il était sorti des rangs de l'année. Comme toute la population fut alors appelée sous les armes, et que l'âge de l'ancien soldat le classait parmi les hommes vigoureux, nul doute qu'il prit une part active dans les nombreux engagements que son corps* d'armée eut à soutenir soit sur les frontières, soit dan» l'intérieur du pays, maid la tradition n'a gardé aucun» détail» des différentes campagnes qu'il a faites avec les milices canadiennes.

Michel lui succéda sur le bien paternel. Son esprit cultivé, joint à un sens droit, sa liante respectabilité et son expérience dans les affaires, le placèrent bientôt au premier rang parmi ses concitoyens. La considération et l'influence dont il jouissait firent jeter les yeux sur lui à l'époque des élections de 1800.

Il n'y avait alors que neuf ans que l'Angleterre avait accordé au Canada un commencement de liberté politique, en y introduisant le système du gouvernement représentatif (1791). On jugera du degré de liberté que cette constitution laissait à nos pères, par le fait que, sur les cinquante députés dont se composait ce parlement (le troisième sous la nouvelle constitution), un cinquième de ses membres était formé d'officiers salariés par le gouvernement. M. Letellier de Saint-

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Just fat élu député à l'assemblée législative pour son comté, alors désigné sous le nom de " Hertford." Chaque comté ayant droit à deux représentants, M. Louis Biais, cultivateur comme M. Letellier, et résidant à Saint-Pierre, Rivière-du-Sud, fut élu conjointement avec lui. Le nouveau député se rangea parmi la phalange des membres canadiens-français, et soutint avec elle la cause de cette nationalité que son petit-fils devait plus tard défendre sur un plus grand théâtre, et sous le régime de la liberté. Michel Letellier fut un des trois députés qui votèrent invariablement contre l'expulsion du fameux Bourke, qui fut trois fois mis hors de la chambre.

De son mariage avec dame Marie-Louise Moreau (1773), Michel Letellier de Saint-Just eut plusieurs enfants, dont il surveilla l'éducation au prix des mêmes sacrifices que son père avait faits, pour lui procurer à lui-même celle à laquelle il devait, en grande partie, la position honorable qu'il occupait parmi ses concitoyens. 11 n'épargna rien pour faire suivre un cours d'étude à son dernier fils François, en qui il avait reconnu des qualités rares, une intelligence vive, un esprit pénétrant et un jugement sûr. Celui-ci remplit pleinement les espérances de son père. Il était du nombre de ces jeunes gens précoces qui semblent pressentir leur destinée, et qui hâtent le développement de leurs facultés, afin de fournir une longue carrière en peu d'années.

Au sortir de son cours, il entra dans l'étude de Mtre. Simon Fraser, notaire établi à Saint-Jean-Port-Joli, pour s'y préparer à la pratique du notariat.

Dans sa correspondance se trouve une lettre que «on père lai écrivit pour lui annoncer la mort de sa mère, et dont nous aimons à citer des fragments, car cette lettre nous fait pénétrer dans l'intérieur de cette famille, et fait bien connaître le caractère et les sentiments de l'homme de bien qui en était le chef.

" Saint- Vallier, 20 Octobre 1806.

"Ah! cher fils, combien cette mère, quoique

tourmentée des souffrances les plus aiguës, aurait-elle désiré, ainsi que moi, de vous voir présent à sa mort I cette tendre mère, dis-je, qui, quoique consumée dea douleurs les plus cuisantes, n'a cessé de montrer, jusqu'à son dernier soupir, des marques de la plus vive tendresse pour ses chers enfants délaissés ! et surtout combien vous a-t-elle recommandé à moi, vous particulièrement, comme étant le dernier fruit qu'elle a enfanté et nourri de son propre lait !

" Ah! cher fils ! quel crève-coeur pour moi ! ou plutôt, devrais-je dire, quelle consolation d'avoir été témoin /lu spectacle si touchant de sa mort !

" Je vous adresse la parole, cher fils, et vous pouvez me rendre justice : combien de fois n'avez-vous pas vous-même éprouvé le zèle ardent et les motifs de tendresse avec lesquels cette mère se portait si fort pour

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votre bien-être, et pour voua conserver dans le sein de la vraie religion! C'est aussi, cher fils, un des principaux motifs qui Vont tant fait combattre pour se résoudre à sortir de cette vie terrestre. Aussi n'a-t-elle cessé de réitérer sa soumission jusqu'au dernier moment de sa vie.

" Offrez donc, cher fils, vos prières, vos vœux et vos soupirs pour le repos de son Ame. C'est la seule reconnaissance que vous pouvez lui témoigner maintenant, et qu'un devoir indispensable m'oblige à vous recommander malgré que je vous croie porté et zélé de le faire par votre propre mouvement.

"Elle est donc enfin expirée cette tendre mère, et ne serait-cj pas lui faire subir une sesonle mort, que n3 pas suivre les sages conseils quelle m'a spécialemsnt chargé de vous donner en son nom, jusqu'au moment même de son trépas ?

" Profitez-en donc généreusement, et ne vous laissez donc jamais pervertir au péril de votre vie. Si la faiblesse de votre âge ne vous fournit pas tout à fait assez de force pour résister, redoublez voire courage et adressez-vous avec confiance à Jésus-Christ mort en croix pour nous, et vous pourrez compter pour certain, si votre intention est pure, de mériter la couronne que Dieu prépare à ses élus ; c'est ce que vous souhaite, du plus profond de son cœur, le plus tendre et plus sensible de tous les pères."

M. Michel Letellier de Saint-Just atteignit un âge tiès avancé, et put voir son cher fils François établi à la llivière-Ouelle, à la tête d'une jeune famille, et jouissant de l'estime unherselle.

Mais cette consolation ne parut lui être accordée que pour lui être enlevée, et le plonger dans un amer chagrin. Il eut la douleur de voir ce fils s'éteindre bientôt dans la force de l'âge, de cette cruelle n aladie de poitrine qui n'a pas de merci pour ses victimes.

Nous ne pouvons nous empêcher de citer une lettre vraiment touchante écrite à son fils, alors que ce vieillard, âgé de 82 ans, n'attendait plus que la mort, qui tardait à venir. Cette lettre est tracée d'une main encore ferme et habituée à la plume, et d'une écriture nette et courante.

" Saint- Vallier, 7 février 1828.

" Mon cher fils,

" J'ai reçu votre lettre du cinq du courant, qui m'annonce que votre maladie a fait des progrès, et vous prive de l'espérance d'une prochaine guérison. Je n'ai pas besoin de vous dire que j'en suis sensiblement touché ; mais votre parfaite soumission et résignation à la volonté de Dieu me donne en même temps la plus grande consolation.

" Vous me réjouissez encore, cher fils, en me faisant part du bon ordre que vous avez mis dans vos affaires spirituelles et temporelles. Si la divine Providence

décide de votre mort prématurée, je m'y résigne de ma part, et bientôt je vous reverrai dans l'autre monde, car la mort est à la veille de me moissonner ; si au contraire elle en décide autrement pour vous, je souhaite de tout mon cœur que vous viviez pour vos enfants et votre chère Sophie ; puis, que vous ne cessiez jamais d'être leur tendre père.

" Adieu, mon cher fils, adieu, embrassez pour moi vos chers enfanta et votre épouse. Vos frères et amis sont très sensibles à votre souvenir, et prient Dieu qu'il vous conserve dans votre parfaite résolution.

*• Donnez-moi toujours de vos nouvelles, cher fils, puisque je ne puis vous voir autant que je le désire, adieu ! "

Ces lettres portent avec elles leurs commentaires. Le vieillard s'y peint tel qu'il était, homme de cœur et de principes, époux sensible et dévoué, père affectueux et tendre, mais ferme ; en un mot avec les qualités qui font l'homme de bien et le bon citoyen.

Un détail dans ces lettres, qui n'a pas échappé à l'attention du lecteur, c'est que le père ne tutoie pas son fils : c'est un des indices de cette grande école de respect dans laquelle étaient élevées nos anciennes familles. Cette déférence des parents pour leurs enfants grandissait ceux-ci à leurs propres yeux, et leur inspirait d'autant plus d'égards et de respect pour leurs parents, qu'ils étaient traités eux-mêmes avec plus de considération.

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M. Michel Letellier de Saint- Just avait vécu avec la génération de l'ancien régime, qui avait traversé sans fléchir les grandes épreuves de la conquête, qui était restée debout après la désertion de tant d'autres, et qui avait gardé l'espérance quand tout semblait désespéré. Il avait en même temps conservé le dépôt des vieilles traditions, et, comme on l'a vu. le transmettait fidèlement à ses descendants.

Parvenu à l'âge de 88 ans, il jouissait encore de la plénitude de ses facultés, et ,c,a santé semblait lui promettre quelques années de vie de plus, lorsqu'il fut victime d'un malheur aussi déplorable qu'imprévu.

C'était alors et c'est encore la coutume imprudente, chez bien des cultivateurs, de faire griller le lin dans les maisons. Un jour d'octobre de l'année 1834, M. Letellier de Saint- Just entendit tout à coup, dans la pièce voisine de celle où il se trouvait, un bruit semblabe au pétillement des flammes. 11 comprit aussitôt que le lin qu'on faisait giiller venait de prendre feu. Il accourut pour l'éteindre, mais il était trop tard ; il fut immédiatement suffoqué par la fumée, et périt dans les flammes. Ses restes calcinés furent inhumés dans le cimetière de Saint- Vallier le 28 octobre.

Il y avait déjà longtemps alors que son fils François avait pris congé de son premier patron Mtre Fraser. 11 était allé terminer s'-n stage (25 juin 1811) dans l'étude de Mtre Joseph Planté, l'un des notaires les plus en

renom de Québec. De là il vint se fixer i la Rivière- Ouelle, où il épousa mademoiselle Marie-Soj hie Casgrain, fille aînée du Seigneur de la Bouteillerie. Doué d'un caractère agréable, d'un esprit cultivé, ayant toujours aimé la lecture, il était très recherché dans les salons, dont il était l'ornement. Son éducation avait été parfaite, et un séjour prolongé parmi les meilleurs cercles de La haute- ville de Québec, alors plus aristocratiques qu'aujourd'hui, en avait fait un gentilhomme accompli.

Son arrivée à la lîivière-Ouelle apporta un agrément de plus à la société limitée, mais choisie, qu'on y rencontrait, et dont un écrivain canadien, M. Derome, à donné une peinture assez exacte. Outre quelques familles anciennes et celle du seigneur du lieu, la présence d'un évoque résidant dans la paroisse, où il était toujours assisté de quelques membres du clergé pour les fonctions du ministère pastoral, donnait à cet endroit un caractère d'animation peu ordinaire à la campagne. Mgr Bernard Claude Panet, évoque de Saldes, et coadjuteur de l'évoque Plessis, appartenait à une des meilleures familles du pays, et joignait aux vertus du prélat les belles manières de l'homme du monde. Il fréquentait assez souvent les réunions de la haute société. Notons, en passant, que celles qu'on rencontre généralement de nos jours n'en donnent qu'une imparfaite idée, parce qu'elles ont perdu quelque chose de la

vieille urbanité française, de son entrain, de sa grâce et de sa gaieté, en adoptant plus ou moins les habitudes anglaises. M. Letellier de »Saint-Just s'y distinguait par son affabilité et le charme de son entretien.

Mais il était homme d'affaires autant qu'homme du monde. Un citoyen de cette valeur ne pouvait manquer d'attirer l'attention et de mériter la confiance du public. Sa clientèle devint bientôt considérable et assez rémunératrice ; mais tout en exerçant sa profession pour le bien de sa famille, il l'envisageait à un point de vue plus élevé ; elle était pour lui le moyen de terminer à l'amiable bien des procès, de paeifier des différends, et par là d'entretenir la bonne harmonie parmi ses concitoyens.

La surveillance de ses terres, qu'il aimait à cultiver, remplissait le reste de ses journées. L'intérêt qu'il portait à la politique de son temps, ses connaissances légales, et l'estime dont il jouissait, engagèrent ses amis à lui proposer une candidature à l'Assemblée Législative, lors des élections de 1820. Il y consentit, et se

présenta, conjointement avec M. X (*) contre MM.

J.-B, Taché et Joseph Robitaille, aux suffrages de son comté, alors appelé " Cornwallis."

Suivant les chances ordinaires, il aurait été élu, si un incident, en apparence futile, n'eût fait dévier le vote

(*) Nous n'avons pu tr m ver le nom du c indidat.

populaire. Dans un de ses discours sur les hustings, il eut la franchise de s'élever contre le luxe qui commençait à s'introduire dans les campagnes, et de dire que les femmes des habitants devaient s'iiabiller des étoffes de leurs mains. Les femmes furent piquées, se tournèrent contre le candidat, et entraînèrent leurs maris, qui lui firent perdre son élection. L'idée de M. Letellier n'était que trop juste, mais le temps était mal choisi pour prêcher sur l'économie domestique. Sa défaite fut un bonheur pour lui, car sa santé, toujours chancelante, lui interdisait les émotions, les fatigues et les déboires de la vie publique.

Parmi les amis que M. Letellier de Saint- Just avait faits à Québec, il comptait le juge Vallières, dont le nom et les talents sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en parler. On sait que le juge Vallières avait eu la fantaisie d'ajouter à son nom la particule nobiliaire, et qu'il signait ''Vallières de Saint-R.al." Un jour qu'il se trouvait chez M. Letellier de Saint- Just, à la Rivière-Ouelle, et que la conversation était tombée sur les distinctions sociales, il lui demanda en badinant où il avait pris le nom de Saint-Just. — " Derrière le mont Saint-Eéal, répondit M. Letellier avec un sourire ; puis, ouvrant un tiroir, il en sortit le document officiel que nous avons cité plus haut, et le lui présenta. * Cepen-

• Dans l'acte de m.-mage de François Letellier de Saint-Just, 5 juillet 1814, il est dit fils de Michel Letellier de Suint- Just, ci-devant membre du parlement provincial.

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dant M. Letellicr de Saint-Just n'attachait pas pi «a d'importance à cette particule nobiliaire que son fils ne devait y en donner plus tard.

Ceci nous Amène naturellement à parler d'une pièce assez intéressante, relative à ce nom de famille, que noua avons trouvée parmi les papiers de ce dernier ; c'est une lettre que lui écrivait, du consulat d'Espagne k New- Yoik, au mois d'août 1874, M. le comte Del Moiiiéri, dans laquelle celui-ci lui apprenait qu'il était descendant, par les femmes, de la famille Letellier de Saiut- Jnst, lui donnait des reuseignemeuts sur les différentes branches de cette famille en France, et lui demandait des informations sur celle du Canada,

" La famille Letellier, de France, écrivait-il, s'est trouvée divisée, sous le roi Louis Xlll, en trois branches, qui sont :

Letellier de Beau mont,

Letellier de Saint-Just,

Letellier de l'Epineul.

" Les Letellier de Beau mont avaient pour chef Jean de Beaumont, colonel-général de la cavalerie.

"Les Letellier de Saint-Just avaient pour chef Luc (de Lépinay) Letellier de Saint-Just, commandeur des ordres du Koi, et gouverneur de la Guyenne.

"Enfin les Letellier de l'Epineul avaient pont ehef le chevalier de l'Epineul, conseiller au Parlement. M. le comte Del Mouiéri descend, dit-il, par les femmes,

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de la première branche. Sa bisaïeule était sœur de François * Letellier de Beau mont, Archevêque de Paris, et son fils, grand père du comte actuel, était le comte Del Moniéri — Del Moniéro, de Gènes.

" La seconde branche est représentée en France par le général de cavalerie Letellier, Baron d'Ameilh, qui est le dernier de la branche que Ton connaisse en France.

" En 1826 mourut à Paris le seigneur Godardo de Saint- Just, sans postérité. En 1834 mourut k Besancon dame Marie-Marguerite-Pierrette-Bernardine, comtesse de Bancenel, marquise de Champagne, et chanoinesse de Remiremont. Elle était sœur du précèdent "

M. le comte Del Moniéri termine sa lettre en écrivant que si Son Excellence appartient à cette famille, ou à Tune de ses branches, elle daiguo lui permettre de lui offrir ses témoignages de respect et d'affection, et de lui dire avec quel plaisir il retrouve un membre de sa noble famille sur un autre hémisphère.

Sans remonter plus loin à l'origine des Letellier de Saint-Just en France, et sans chercher à rattacher la branche du Canada aux familles illustres du même nom en France, nous nous contenterons de dire que les traditions de famille, les mêmes noms patronymiques

• Il s'appelait Chistophe; vo;r la délibération commencée contre lui par le Parlement de Pari3. — Guyot, Dict. de Juris. — Libertéi de V Ejhu Gallicans, p. 556.

conservés de génération en génération, * aussi bien que des bijoux et des armes, portent à croire à une dérivation de la même souche.

Rien n'indique, dans les papiers de M. Luc Letellier, qu'il ait donné suite à cette correspondance. La politique active dans laquelle il était engagé plus que jamais alors (il était à cette époque ministre du gouvernement fédéral) ne lui laissait guère le temps de détourner sa pensée, pour s'intéresser à des recherches où souvent la vanité a plus de part que l'amour de la vérité. Du reste ses tendances démocratiques le portaient dans une autre direction. Tout en respectant le passé, il était avant tout l'homme de son siècle. Depuis son entrée dans les affaires publiques, il avait vécu et respiré dans l'atmosphère égalitaire qui nous vient un peu de partout, et surtout djs Etats-Unis, et il voyait clairement que l'avenir, pour longtemps du moins, était à la démocratie. Peut-être se disait-il aussi, comme le maréchal Lefebvre : " Nous, nous sommes des ancêtres."

Lorsqu'il fut nommé lieutenant-gouverneur, il prit pour armes : De gueules, à la fasce d'argent chargée d'une feuille d'érable de sinople, accompagnée en chef

• Michel Leteîlipr, chancelier de France, né à Paria en 1GD3. Françoii- Michel, son fils, m rquis de Louvois, né en 1641, ministre de la guerre sous Louis XIV. Michel Letellier, jésuite, successeur du père La Chaise corn m confesseur du même Roi.

de deux moUttes d'éperon d'argent, et en pointe d'une

main dextre du mime :

Et pour devise : Rœc manus ob patriam. Le père de M. Luc Letellier mourut trop jeune, et vécut d'ailleurs à une époque où la liberté politique était trop restreinte, pour que ses talents pussent se faire jour en dehors de la vie privée. Son existence s'écoula sans bruit, mais non sans un bien durable. Il employa une grande partie de son temps à l'étude des causes de l'appauvrissement du sol, et il introduisit avec succès, en agriculture, les améliorations dont il reconnaissait la nécessité. Il en faisait le sujet ordinaire de ses conversations, et propageait ainsi des idées de progrès dout il donnait l'exemple.

M. François Letellier a eu l'avantage de compter parmi ses amis un homme qu'on regarde à juste titre comme l'un des plus grands canadiens-français, Mgr Flessis. Il venait rarement à Québec sans aller rendre visite h l'illustre prélat. Nous trouvons, parmi sa correspondance, un billet de cet évêque, écrit avec ce tact fin et délicat que cet homme accompli savait mettre en toutes choses. C'était à l'occasion d'un cadeau que M. Letellier, lui avait fait, en lui annonçant le règlement d'un différend avec l'évêque Panet.

" Québec, 26 janvier 1822.

" Vous avez pris le chemin le plus court pour termi-

" ner la querelle élevée entre Mgr de Salles et vous. " Eu bon chrétien, vous n'avez pas voulu plaider trop " longtemps contre un évêque. Pour moi, qui, à l'ex- " emple de la Justice, avale l'huître entre les deux plai- " deurs, je dois vous remercier non seulement de ce " cadeau, mais encore de la délicatesse que vous avez " su y mettre."

M. François Letellier de Saint-Just n'avait pas encore tiente-sept ans lorsque la mort l'enleva en avril 1828. Il laissait après lui six enfants, deux filles et quatre garçons, dout l'aîné, Luc, qui fait le sujet de cet ouvrage, n'avait pas encore huit ans.

Nous ne saurions mieux terminer cette esquisse sur la vie de cet homme de bien, qu'en citant une notice nécrologique qu'une plume contemporaine lui a consacrée.

" S'il fallait décerner à sa mémoire l'éloge qu'il mé- " rite comme notaire et comme légiste, je dirais que sa " haute intelligence, éclairée par des études conscien- " cieuses, lui valut bien des fois l'honneur d'être con- " suite par des hommes étninents. Des lettres attestent " encore que, de ce nombre, était le célèbre avocat " llemi Vallières de Saint- Real. Ce mérite intellectuel " de M. Letellier était rehaussé par un caractère probe, " austère, qu'on aurait dit moulé à l'antique."

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