‹ Étude historiqueChapitre 19 sur 25 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Caractère de rhomme privé chex M. Letellier.

Koua avoua montré M. Letellier dans sa vie publique, et nous avons fait connaître ce côté de son caractère. £n le faisant voir dans sa vie privée» et en citant quelques traits de Time et de Tautra, noua achèverons de le peindre.

Luc Letellier de Saint-Just était un homme Hout d'une pièce : tel on l'a connu à son débuts tel il s'est montré dans tout le cours de sa vie. Il ne s'est jamais démenti dans les trente ans de sa carrière publique, et on l'a vu tomber sans ployer. Rien de faible et de puéril en lui : il était mâle en tout S'il a dû céder parfois à des nécessités de parti, subir des exigences politiques, inséparables de la vie publique dans notre système actuel, il ne s'est jamais laissé dominer par elles, ni conduire par des vues personnelles ou vénales. En deux occurrences, si nous sommes bien informé, : remit son portefeuille de ministre.

Dl SADJTUJTJBT W 80H TEMPS 415

LeteUier « &it «on «ntrée daBS le et eoleon^le, et laissa nne farte emaaa être. Dra ivéa&neat» orageux 8 ea plus rbarimiL, et ëclatèteDt bienan de î{7-38. Les aôB de liberté et ublicaines venant de tous côtés, éreilie jeune homine; mais il sot la coones de la légalité, mieux inspiré en

qu'il devait renconti'ts' pins tard, et sntralner dons la tonimente révolu- : Bouchette, Brolet, Cartier et tant

ines gens de son tecipa, entre autres lier endossa le capot d'^fe du pays, ipel aux anoes. Son grand oncle ma- } les rangs des patriotes, avait été fait ,ffât de son canon, k Chambly. Le t>ar nue protection Beciète, demeurait diez un de ses neveux à la Eivièreniple et ses récits allumèrent le patrio- [r du jeune homme, déjK ouveit aux tluaions qu'inspirent les hérw de l'aii- : romaine, et dont sont imbus les col-

;e première école, Letellier devint un et convaincu. 11 demeura, en avande plus en plus inflexible dans la fur-

meté de ses idées et de ses principes, et inébranlable dans ses convictions politiques. Ses tendances Tinclinaient vers la démocratie, et par contre il répudiait le prétendu droit divin d'hérédité ; vrai fila de la libre Améri* que, il s'indignait de l'arrogance du mot de liOuis XIV, ** L'Etat, c'est moi." Partisan du suffrage populaire, il ne manquait jamais l'occasion d'affirmer que le peuple est le canal ou le moyen naturel par lequel Dieu communique son autorité à la société.

S'il en avait eu le choix, il aurait préféré la forme républicaine à tout autre genre de gouvernement, et il s'étudiait à trouver l'image d'une république à travers l'ombre de royauté qui plane encore sur la constitution de l'Angleterre.

On se demande maintenant pourquoi M. Letellier n'a pas pris part au mouvement pacifique vers l'annexion aux Etats-Unis, qui eut lieu en 1848 à Montréal, et où figurent bien des noms qu'on est surpris aujourd'hui d'y rencontrer. Tout ce que nous savons, c'est que, deux ans plus tard. Le Journal de Québec déclarait ouvertement, au sujet de l'élection dans Kamouraska, en janvier 1851, que M. Letellier n'était pas annexioniste, et nous n'avons pas pu découvrir qu'il le fût devenu depuis.

Les luttes et les fréquentes défaites qu'il eut à subir trempèrent de plus en plus ce caractère d'acier, et fi: ; grandir son courage. Il se préparait d'avance poui i

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nbnts, avec une détermination froide, coi(- ]ilacable.

iut d'hommes dans la vie polîticuie, autour ttté hardiment comme il l'a fait, pendant iuite cl'amiées, seul, aaus ressources pécuenu uniquement par la ténacité de sa . confiance dana le sentiment populaire, ; môme, M, Letellier supportait bravement le élection, et endurait avec non moins de ésigiiation la gêne et les privations domesi entraînait. Le Tes antfusta tlond, dont , ]>rit place à son foyer et s'y hébergea Uis l'ennui, la mélancolie et la tvi-jLesse, en 3 par sa jovialité, et par la présence d'une , aimante, d'une humeur sans jiareille, et tente, <|itel()ue dure que fût la journée.

i qui ont passé par ce creuset d'épreuves, écier la coustaiice d'âme que requiert une 1, pour ne [)as se laisser abattre. Combien 1 d'autres, en face de cette noble mais reté, défaillir lians la mêmi; carriite sous bien moins forte, et succomber à J'aptAtda ploi, d'une simple bouchée de pain ! Allonsnpter ces transfuges î Non : nous ferons /itellier, nous les passerons sous silence.

trop cii.i cfcurs mous et lâches pour s'en trouvait plus noble d'attendre son jour, ea

faisant contre fortune bon cœur. Dans ces temps de gêne, il se confiait à Tindulgence de ses créanciers, qui ne lui a jamais fait défaut. C'est à cette longue et rude école qu'il avait appris à être parcimonieux des deniers du peuple : économie dont se moquaient plus tard les soutireurs de comptes publics, qui lui reprochaient^ avec ironie, d'avoir conservé sous ce rapi ort les petites idées étroites d'un notaire de campagne.

Un trait inconnu de son noble désintéressement et de sa délicatesse en fait de lucre, mérite d'être rapporté.

En 1875, pendant qu'il était ministre, il continuait d'exploiter en société avec le Dr T... et A. C... une pêcherie aux marsouins à la pointe de la Eivière-Ouelle. Le produit abondant de la pêche, consistant en une huile alors recherchée pour les chemins de fer, fut vendu par ses associées à V Intercolonial, pour le compte du gouvernement fédéral. Aussitôt qu'il ap^ait ce marché, il renonça à sa part de profits, se montant à un peu plus de $1 000, et l'abandonna à ses associés. Il ne voulait participer en aucune manière à uncontiat fait avec le gouvernement. Cette délic^itesse peut paraître excessive à quelques-uns ; mais elle entre dans l'esprit de la loi qui règle sagement cette matière.

L'argent, ce grand mobile des actions humaines, ne le tentait ]'as. Aussi M. Tarte, un de ses ennemis les plus acharnés, n'a i)U s'empêcher de s'écrier sur sa toni " Lui n'était pas de la race des vendus ! sa conscie n'était pas à l'enchère 1 "

s'iîtait dit n^solument quel'homme, après nom à laisser derrière lui sur cette terre,

sans s'enrichir, ou plutôt en sacrifiant son confort, pour poursuivre sans relâche itique, il n'a guère laissé à ses enfants

patrimoine de sa famille, une ri^putatts tache, et uu souvenir durable dans a pays.

it laisser dans l'oubli un acte continu de li l'honore, et qui rap))elle nos anciens

ombreuse famille et ses ressources ap- )pta en 1861 et il éleva deux petites Dr|jheliaes et sans moyens, par la mort de urent, survenue à un jour d'intervalle, t davantage M, Letellier et l'intérieur de le trait chai-mant que nous allons citer, emmes liésitcront à croire, à cause du ,ité fi;miuine qu'il renferme, et qu'elles

apprt'cier, jeunes filles reçurent en cadeau de leur

de même prix, mais de patrons différente qui se trouvait là fut appelée à se e choix de la plus belle. A peine l'eut-

420 hETlLUER DE SAUTT-JUST

elle ir>'':î."»'e qre 1rs demoiselles Letelîier semfresfcèrent de T'Ciir à leTirs so iirs d'2«if>|iîon.

Voilà cC'iJ.iri ont le fère avait formé le cceiiT de ses enfants.

D'un e-prit froid, calme, réfléchi et méditatif, d'nue coneej>ti( :i ne^tte, claire et déliée, M. Letellier {^rvenait, dans Srcs luttes (électorales et ses joutes en }ailement, à SîJ.sir avec une sagacité surprenante les plans de ses adv^ rsaires pour les de' jouer. L'étendue de son esprit et .-a pénétration allaient au-devant des événements, et .sans les faire naître, il s'y préparait pour en tirer parti, cherchant à deviner la fortune, ** qui s'en " réserve néanmoins deux secrets, l'épex^ue et les ** moyens." *

Ses adversaires, en s'apercevant qu'il était au fait de leurs menues ou de leurs intrigues, le trouvaient trop habile, et le faisaient pfisser pour retors et intrigant.

Dans les intervalles de trêve qui lui survenaient, après ses campagnes électorales, il entrait dans un repos voisin de l'indolence. Il devenait alors gourd, flâneur, et musard, et négligeait les petits détails de la vie usuelle. Bâcler une affaire, exécuter un projet, oui ; rédiger un acte, fort bien ; mais peste de la coj>ie, des matières secondaires et de routine. Il allumait sa pipe et fredc nait une chanson, en remettant ces détails au lendeuiî

* Xavier d¥ Mauire.

ET SOÎÎ TEMTS 421

\ la eainpagn*?, où l'activitû des villes ime de profession libi'mle, avait déteint ^nait de rouille çà et là celte nature

que son temps a été trop absorbé par la chose publifine, et' qu'il aurait pu ivantageuscinent pour son bien-être et ille. S'il rai'rite nn reproche, on pourrait certaine incurie à cet i^gard.

ie concevoir, qu'un homme aussi désinn toli5rcr les " Tvngs" qu'il voyait se rtains dépiitt's, et qu'il n'ait pas manqni', ■fit aperç", de luettre en garde son prc- M. de Boucherville.

,itle cœur haut, l'esprit fier, disposé à con- I trop raide pour se courber. Il ne savait tempéraments et de ces ménagements, la fourberie et du mensonge, qui font i l'art de gouverner. Harassé par des Iles, il lui échappait d'Otre frondeur et manquait de cette prudence cauteleuse et prévient les adversaires avant de les fiait trop à la justice d'une cause, à la [a logique, et à son adresse pour amener s vues par la seule force du raisonne'

nient ; comme si les hommes de parti voulaient se lais^ior convaincre à Tencontre de leurs idées pi'éconçnes.

Les traits acérés qu'il décochait parfois à l'adresse jKirsonnello de quelques membres du clergé, là où il voyait des abu^;, ne pouvaient qu'envenimer ce corps contre lui. Ce ne fut qu'à la longue, après avoir été mieux connu, qu'il parvint à rallier à lui et à sa Ciiuse un certain nombre parmi les plus éclairés d'entre eux, qui, d'admirateurs de ses talents, devinrent ses chaleureux amis.

Sir George-E. Cartier, le plus grand adversaire de M. Letellier, était jHus habile, plus adroit et plus souple pour gagner les hommes. Il savait se créer des partisans dévoués en politique, possédant à merveille l'art d'amener des conversions plus ou moins intéressées. Car il trouvait beaucoup plus simple, disait-il, de gagner un déi)Uté qu'un comté.

Comme ce personnag<^ est une des figures les plus marquantes de l'époque qui nous occupe, nous allons l'examiner de plus près.

]3'aboid, rectifions une erreur biographique qui le fait descendre de Jacques Cartier, le découvreur du Canada. Celui-ci est mort sans i)ostérité à Limoïlou, près Saint- Malo. * A défaut du fameux marin, on a réclamé, pour

• Kn 18G7, nous avons visité, « n vue de recherches hist rques, himoïloii et l:iiic.enn* habitation du célèbre navigateur, que l'on désigne aujourd hui sous le nom de Portes-Cartier. Cette propriété appartenait alors à un négociant dj Rennes, que nous n'avons pu renconti-er.

la famille Cartier, une descendance d*nn de ses frères. Ceci est possible, mais non établi. L'ancêtre connu do Sir George-Etienne Cartier était de Pruillo (Pruïer), bourg situé sur la Mayenne, département de Maine-et- Loire, diocèse d'Angers. Cet ancêtre habitait une des dépendances du château de La Noraie, dans la paroisse de Pruillé ; il était laboureur sur une des fermes appartenant au château, ot passa au Canada avant la conquête.

George-Etienne Cartier naquit à Saint-Antoine, Eivière-Chambly, le 6 septembre 1815, environ cinq ans avant M. Letellier. D'un caractère vif, bouillant, il se jeta avec ardeur dans la tourmente de la rébellion de 37-38. 11 était présent à l'engagement qui eut lieu au village de Saint-Denis, d'oi\ furent repoussées les troupes commandées par le colonel Gore. Après la défaite de Saint-Charles, voyant la résistance inutile, il passa la frontière, dans la crainte d'être appréhenlé. Lorsque les troubles fuient apaisés, il revint prendre sa place au barreau de Montréal, où il avait été admis avant sa majorité, si l'on s'en rapporte a ses biographes. Son retour fut dû à une intimation officieuse des autorités canadiennes, l'informant qu'il ne serait pas molesté s'il n'y donnait pas lieu. Cartier se distingua bientôt dans sa profession, et monta au premier rang. En 1848 : fut élu à Verchères, et il a continué depuis à occuper ■ place la plus éminente parmi les canadiens-français

en parlement, depuis 1854. Quoique proposé alors comme président de l'Assemblée Législative, il fut néanmoins supplanté par M. Sicotte, sur la proposition de M. A.-A. Dorion.

Sans être éloquent, M. Cartier était clair, serré et persuasif dans son argumentation ; il n'annonçait aucune prétention à l'élégance ou à la pureté dans sa diction. C'était ce qu'on appelle a graO(Z debater : il avait le genre parlementaire anglais, qui n'admet pas les discours académiques.

Doué de talents remarquables, actif, énergique, entreprenant, dominateur, il exerça une influence directe et personnelle sur la députation française, plus que nul autre de son temps. Une fois qu'il avait enrégimenté ses partisans, il n'y allait pas par quatre chemins pour fouetter et mettre en ligne les récalcitrants ou les méticuleux. " Ce n'est pas, leur criait-il sans vergogne, " quand j'ai raison que j'ai besoin de votre vote, tout " le monde alors est avec moi ; mais c'est quand j'ai " tort."

Ses manières, rudes abruptes et parfois cassantes, dont il se corrigea dans la suite, n'étaient pas endurées par tout le monde.

Un jeune homme qui débutait au barreau à Québec,

' ayant eu à transiger une affaire de milicien pendant

que Ctirtier occupait le ministère de la milice, luid la

en présence d'un vétéran de 1812, une leçon de s" >

railier profondément, et qu'il eut à

donna an jeune avocat^ mais il eut Hter de la leçon. Il devint courtois ; et lorsque après la Confédération il )3borne, on remarqua que ce canadien meiennes manières d'un marquis du

de suite la valeur de M. Letellier, et ré le gagner à sa cause. Il lui fit des !, même des caresses. Mais M. I*las de cette oreille ; cependant il n'eût me h tant d'autres, d'avancer sa for- I entrer en compromis. Une foiseoné de ses démarches, M. Cartier lui

ouverte, et dé|>loya toiites ses forces écraser. Cette guerre dura toute sa î de l'exclure du Sénat iorsdesnomi- 867 par la Couronne, et ce ne fut e de Lord Monck que M. Letellier ir.

isé de son collègue Sir John A. Maclicatif. Celui-ci, jovial, bon camasa bonhomie la mdesse do son coince étroite a fait leur force, et par

à dominer les destinées du Canada

Cartier (^tait un habile politicien, et un homme d'Etat capable, patriote et cana«lien-fmnçais avant tout, même avec jactance. Quoiqu'il ait dit de lui-même qu'il était un anglais parlant français, cette expression ne doit s'entendre que comme une affirmation exagérée de sa loyauté à l'Angleterre. Ses vues étaient larges, et sa conduite, sauf l'ambition de gouverner, était désintéressée ; c'est-à-dire qu'il a peu amassé pour lui-même de ses émoluments comme ministre, et de sa clientèle, qui était lucrative. Ses dépenses pour se maintenir comme homme public ont dû être constantes et élevées; car ses goûts peu dispendieux et sa famille peu nombreuse ne pouvaient guère absoiber tous ses revenus.

Si l'on ajoute à ses ressources privées les sommes considérables qu'il a prélevées de ses amis politiques et de ses partisans, parmi lesquelles les avances obtenues de Sir Hugh AUan en 1872, étaient loin d'être lès premières, on voit qu'il possédait des avantages qui manquaient complètement à M. Letellier, et qu'il pouvait subvenir amplement à ses dépenses d'élection et à celles de ses amis.

En sa qualité de ministre et de membre de la noble profession du barreau, Sir George Cartier mérite d'être blâmé à un double point de vue. Il n'aurait pas dii exercer ces deux fonctions à l'égard de la compagnie du Grand-Tronc, dont il est demeuré trop longtemps ivocat salarié. Chacun sait que cette compagnie a a,

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et son influence, des subsides consirs ministères dont jM. CarLier faisait 3 par là dans la fausse position de serl la fois. It eût fait preuve d'un noble en optant pour l'un ou pour l'autre.

îes réels et importants que M, Cartier ys, il est pénible de rappeler ses deris loin du sol natal, dans les douet plus encore dans les angoisses lite à Monta^al l'avait humilié, et il ngratitude de ses concitoyens. Sir

la peine du talion, tl avait de tout B l'influence du clergé, et avait connut autre à la rendre prépondérante e se tourna contre lui à la dernière ra plus puissante que tout l'or et les ion de Sir Hugh, quand l'évêtiue de rf. Jette, et assnm sou élection. Traribunal d'enquête de son pays,- Sir mourut sous le coup d'une accusation li, et dont il alla répondre devant le

'e son nom et celle de son pays, Sir

mourir un an plus tôt, et jeter au feu

ato qu'il a laissé après lui, •

tréal nous a transmis, à notre dcimandu, les extament de Hir Ge(>rgi>Elienne Oirticr, fnït ut éodore Doucet et Boa collègue, John Ëlder

Ses complices dans la malheureuse affaire du Paci' Jique vieuueut de lui élever un monument qu'ils appellent national. Un observateur éclairé et impirtial n'y voit qu'un sépulcre blanchi par ceux-là même qui, tombés dans la même faute que lui, veulent aiusi la couvrir. *

Isaacfion, notaires publics, à Montréal, déposé pour enregistrement, et enregistré au bureau d'enregistrement de Montréal, le mardi 'J 4 juin 1873.

« L'an ntil-huit-cent-soixante-six, le douzième jour de norembre, en présence dos notaires soussignés, a comparu George-Etienne Cartier, etc. . ., le(iucl nous a requis do recevoir le testament ci-dessous :

** l*^ Je recommande mon âme à Dieu, etc ....

** Si^ J'ordonne le paiement des dettes, etc.

" 'S^ Je dédire être inhumé à S«iiut Antoine de Verclières, etc., ou à Montréal.

" 4^ Je lègue à mes sœurs, etc.

»' 0° id. id. etc.

" Je lèguj au curé de Saint-Antoine, etc.

" 7^ Je donne et lègue à Demoiselle Luce Cuvilliers, de la cité de Montréal, tillo majeure et usant de ses droits, pour ôtre employée comme elle l'entendra, et à la condition qu'eUe fera dire vingt-( inq messes basses pour le repos de mon âme, par les prêtres du Séminaire de Saint-Sulpice de Montrôal, la somme de cent cinquante louis, la priant, en autant qu'elle le pourra, de donner bon avis à mes deux tilles, ou ù mes exécuteurs et liiléi-commisstùres dans l'intérêt de mes filles, m'étuat convaincu, d'après ce que je connais d'elle, et d'après la siigjssc et la prudence dont elle a fait preuve dans l'éducation de sa uioce Mlle Symes. qui avait été commise â ses soins, que

• L'histoire ne saurait uccpter tous les éloges contenus dans l'oniison fun bre de îrjir Gjor^a*-K C.:rlier. prononcée par un de nos prélat plus distingiô . Le <tyleilu pauiigénqueest comme cc.ui desépita} et ne contient juc dv's louanges ; a' où est venu, par rapport aujt épitai le proverbe qui; l'on conuait.

eorge-E. Cartier ii gravé lui-môme son (toire du pay:i. Pendant vingt-cinq ans, i 3 premier rang parmi ses comte mporsiini les vingt derniÈres années de sa vie, il a g lées du Canada avec son ami et collègue Macdunatd. Tous deux ont domiuiSen gr ir le support du la Province do Québec.

le leur commuue habiltité à conduire se trouve dans le fait que l'un d'eux, gi ;s Francs -Maçon s, et orangistte, uit été sou pendant trente ans, comme premier clit'f p a province de Québec. Sir Julin-A. ]

n co <]ui concerne mes filleE, pourront Jeur Être Hé.

oniie tous mas biens i, litre ds tidûi-commis au Sap redeSaiQt.Sul].ico, mon Mre C5me, F, P. Foinii i, et Maurii:» CuvIIlier, etc., à ebiLrgu de pnyer A cb X Biles une rente ann jellc igale nu lierii de idck re' cxû^utciirs tuiil cimentai rcH, en cas de riiii^rniition nd'enx, auront [e droit de nommer nu rein [i laçant, « choisiront un membre de la liimilte Cartier, i-ta ne telle personne nj nem ni parente, ni Alliée de lu fi r&.dirc de la famille de mon ôpou.se, Hortense Fabr crnel, wiit <lu côté malemi-l. Dans lu cas oii mes i géraient de Tairu telle nomintilion, alom l'r.utjrité jnil telle nominatiiin, ù condition t\au tulle personne ùc rarcnte, ni nltiî-e de la famille Fabru.

snrpluB sera placé en propriété, etc.

B meubles et immeulilcs sont déclaré» insuisissubteE, i pourvu \>nr mon contrat de mariiwe, qui i-oraiMrti ien entre m«u éjwuic, Hortense Fabre, et moi, an s é))uuNc aprùs ma mort, ce qui est la ruisun |«ur In ie aucnn lcj(n par ce lesHiment : aussi, minm-; elle n 1 [>érc ou de ïa mère, je compte qu'elle devra en J

donald, qui paraît assez iiidifféreut en fait d'opinions religieuses, est devenu un des piliers de TEglise, ainsi que ses amis le lui disaient en riant ; mais celui-ci, toujours fin et prêt à la répartie, rëjwndait : " Yes, but au " outside pillar."

Nous terminerons nos remarques sur Sir George-E Cartier, ]>ar une appréciation de son caractère comme homme privé.

Disons tout d'abord que c'est en vain qu'on essiiie de faire la distinction du caractère de l'homme public de celui de l'homme privé. L'histoire doit le i)eindre en

partager également avec ses frères et sœurs dans les biens de son père et de isa mère, mais si elle ne partage pas également dans les biens de ses père et mèri', les legs que je fais par le présent testament à mes filles seront diminués dans la proportion que leur mère recevra de moins dans la sucuession de ses père et mère ; et dans tel cas ; je lègue la diminution des legs faits à mes filles, à mon frère Côme et k in<'S deux sœurs et à leure petits enfants, et avec substitution

" Je défends et prohibe qu'aucune de mes filles n'épouse en mariage aucun membre ou allié de la famille Fabre, soit du coté paternel, soit du coté maternel, et si aucune d'elles ou toutes les deux le fusaient, elles perdront le legs que je leur lais et à leu s descendants par le présint testament, etc., et j^; leur substitue mon frère Côme et mes deux sœurs. Mes exécuteurs laisseront en jouissance h mes deux filles, si elles n'encourent pas la perte de leur legs comme il est cihaut mentionné, l'épargne en argent qui m'a été présentée par mes amis et mes constituant* en reconnaissance de mes services puBlics ; et je veux et ordonne que si un de mes petits-fils respectant et chérissant ma mémoire politique, et qui ajoutera à son nom de famille celui de Cartier, devm avoir jouissance et possession de la dite épargne : si mes deux filles décèdent sans enfans, etc , je leur substitue mon frère Côme et mes deux sœurs.

" Le présent testament, etc , numéro vingt-six mille neuf cent f (No *J0 'JO:) du réperto re de T. Doucet, N. P.

qu'Use présente, Sai privi^e chez rhonime

d'Ktat a'acquittG hoi tout s'il y apporte la ! les ddtails de sa c

qu'il n'affronte pas l'i re dans le domaine i lible dans sa personr ]semble. Son devoir temple des vertus c

moralité sans reproci 5eorge-E. Cartier n'a ère, il devait un i a brisé ses liens de licencieux dans ses nfidélités conjugales.

!S siens jusqu'au del in affront infligi^ à sa iur le testateur. Ladj

en Europe depuis la

certain temfis, nous porter son nom, et ot ux filles de Sir Geo i toute l'injure fiiite 18 trois ensemble h i'ii îne, Sir George n'ay :ur subsistance. Les

selles Cartier ne sont pas pourvues par mariage. Elles n*ont pas voulu accepter le legs de V épargne, mentionnée dans le testament, aux conditions stipulées, et cette épargne, présentée comme marque d'estime à M. Cartier par ses amis politiques, est demeurée à Montréal.

L'attention de Sir John- A. Macdonald fut attirée par un député libéral, que nous pourrons nommer au besoin, sur rétat de pénurie de Lady Cartier. Il lui écrivit à ce sujet, peu après l'allocation de $10 000 destinée, par le Parlement, à l'érection d'un monument à Sir George, et lui suggéra, au lieu d'élever de suite le monument, de payer en attendant, à sa veuve, l'intérêt de la somme votée pour cet objet. Cette suggestion fut adoptée, et maintenue jusqu'à Tannée dernière, (ju'une somme de $1200 a été accordée dans le budget sous forme de pension à cette veuve doublement malheureuse.

Letellier gagnait à être connu dans l'intimité ; son premier abord était froid, parce qu'il imposait. D'un commerce facile et aisé, il s'est fait de nombreux amis, et il les a conservés ; des adhérents fermes et des partisans dévoués, qui ne l'ont pas abandonné.

Il oubliait facilement l'acrimonie qui naît des débats parlementaires et du choc des partis. Au Sénat, qu qu'il ait guerroyé longtemps d'estoc et de taille, il '

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paa laissé da rancunes personaelles^ Comme chef de son parti, ses rapports avec Sir Alexander Campbell« leader du Sënat^ et leur correspondance, démontrent l'attitude chevaleresque de deux hommes fieûts pour jouter loyalement. *

Letellier n'était nullement rancunier de son naturel, et l'eût-il été, sa raison politique eût remédié à ce dé- £Etut^ plus nuisible aux hommes publics qu'à tous autres.

Même à l'époque de sa destitution, après qu'on eut épuisé contre lui le vocabulaire des injures, jamais il ne ee permettait de récriminations, et il faisait taire ses en- ÊmtB dès qu^ils s'oubliaient à ce sujet. Il témoignait, par un dédain calme et paisible, du peu de cas qu'il fai- .sait de ses ennemis. Quoique la disgrâce éteigne ordi- &airement les haines et les jalousies, il n'en fut pas ainsi À son égard.

Qui aurait dit, à voir sur l'estrade ce tribun en verve, que, sous ce regard de feu et ces traits durs, s'abritait un cœur tendre, doux et compatissant. Cependant rien n'était plus vrai pour ceux qui l'ont connu et vu de près, surtout dans l'intérieur de sa famille.

C'est là qu'il était plein d'ammenité, hospitalier, bon compagnon, joyeux convive, causeur agréable et intéres-

* Toa are always so fair wh^n 7011 fight me, that I am iadu^ed to pealtoyou, etc. May 10, 1870, Lettre de Sir A. CarupheU à M,

flant. Son esprit était orné et cultivé ; les auteurs classiques, anciens et modernes, qu'il possédait bien, avaient développé chez lui un goût sûr; ses études étaient variées et pleines d'actualité, car il suivait de près les divers progrès modernes.

 Spencer- Wood, il se plaisait à réunir les hommes de lettres, et y avait installé les ouvrages des auteurs canadiens. Notre écrivain si spirituel M. Buies, dans ses Chroniques, a fait une peinture au vrai de la franche gaieté et de l'esprit gaulois qui animaient ces réunions, où se rencontraient MM. Fréchette, le Dr Lacue, Maxmette, Faucher de Saint- Maurice, Buies, Oscar Dunn, etc., etc. Deux voisins, l'abbé Audette, dont les connais? sauces scientifiques sont justement appréciées, et M. Le Moine, qui a mis en relief avec succès nos vieilles annales, avaient leurs petites entrées au château, et en étaient devenus les habitués.

Sous l'aspect religieux, Letellier n'était pas un dévot, mais il était loin d'être ce dont on l'a tant accusé, un libre-penseur ou un esprit fort; au contraire il avait un fonds de religion qu'il a toujours gardé. Il n'y a pas à se cacher qu'il avait plus étudié les hommes illustres de Plutarque que la vie des Saints, dont quelques-unes des légendes lui paraissaient racontées avec irop pei j sobriété pour la critique et le réalisme moderne. S'il i

pas toujours été ce qu'on appelle un pratiquant, il en doit être blâmé. Mais on a fait plus d'efforts pour le pousser hors de la bonne voie que pour Vy faire rentrer. Et il n'appartenait pa3 à la gent ennemie et hypocrite qui le vilipendait, et que lui, de son côté, méprisait de toute la hauteur de son dédain, de lui jeter la première pierre.

Si leur intention eût été droite, ils auraient dû le rappeler charitablement à la docilité par de douces et insinuantes paroles. Plus d'un ministre de l'Evangile n'aura-t-il pas à répondre de trop peu de mansuétude ? " C'est au pasteur à ramener la brebis en l'avertissant de ses erreurs, et non à la poursuivre de sa colère."

Les détracteurs de M. Letellier seront bien surpris" de voir et d'entendre des témoins tels que le Révérend M. Delâge, ancien curé de l'Islet, et son vicaire M. l'abbé Frenette, attester de leur grande édification, au sujet des sentiments de foi et de vraie piété qu'il a manifestés devant eux en paroles et en œuvres •

C'était en 1868, à l'Islet Le fils aîné de M.- Letellier, âgé de 11 à 12 ans, et élève du collège des Frères, y tomba gravement malade en mai, époque vers laquelle il devrait faire sa première communion. Son père accourut aussitôt auprès de son enfant, qu'il aimait avec tendresse, et sur lequel il fondait les plus belles espé- Qces, à cause de ses belles qualités et de ses talents niants. Le médecin ayant d<'claré que la maladie vit incurable, que l'enfant n'avait que peu de temps

4S6 . LETELUER DE BAUfT-JUST

à vivre/ et qu'il était trop faible pour être transpoTt^ chez lui, le père s'établit au chevet du lit de son enfiint II voulut le préparer lui-même à la mort et à «a première communion. Dans l'aecompliasement de ce devoir, il déploya un zèle si grand et une foi si vive, qu'il édifia tous les assistants, qui en témoignent encore aujourdliui.

Pendant deux longs mois, il continua sa tâche, étant parvenu à faire accepter à son enfant, avec une rés^nation chrétienne, la mort qui l'attendait. Ce fils expira dans ses bras, muni pour la seconde fois de la sainte communion, en viatique. La douleur de M. Leteliier, qu'il avait dominée jusque-là par son devoir, éclata, et rafiTecta profondément. Nous citons ce fait, entre autres, pour démentir la calomnie dont il a été trop souvent assailli.

Nous venons de prononcer le mot calomnie : ce vice est tellement entré dans nos mœurs qu^l a été signalé à maintes i-eprises, par nos autorités religieuses, comme un des grands désordres de notre société.

Peudant uu temps, il suffisait d'être liMral pour de^ veiûr un bouc émissaire. *

• Al'oeeatiOQ de ses pFemi%p«0 électî^aii, M. ^Iletier, vMtttMMMl fi^aateor, fut acousé, par uq des curéfiducomtéde Eamouraska, d'étie nn franc-maçon ; jamais, malgré les pi'euves les plus manisfestss qi lui doBtta, U M pût dissuader ee ouré d» sa fausse improasion. c^ehi au lieu de se rétracter, répéta ouvertement à M. PeUetier, devant moins : '* Je l'ai dit, et ,e le tens pour dit, tu es un franc-maçon."

ET 0ON TEICPB 437

Les piéjugés et les préventions n^ëpar^naient pas même ceTtains membres dn clergé, qui laissaient entre* Yoir des tendances vers le parti libéral. Ils étaient pointés du doigt et mal notée. On n*a pas craint, à ee snjet, d*attaqner des Evéqnes. Comment^ après cela, M. Letellier anrait-il pn échapper à la mâlvdllance d'ennemis qui ne le connaissaient que d'après des oui* dire, et des calomnies qu'on ne cessait de vomir contre lui. On a même abusé de son hospitalité à Spencer- Wood pour répandre des rapports mensongers sur sa sobriété. Toute sa domesticité vit encore, et les habiti>és de la maison sont là pour donner un démenti formel aux calomniateurs, dont plusieurs sont trop connus» et habitent des maisons de verre.

Quand il s'agissait de se prononcer ouvertement comme catholique, M. Letellier ne craignait pas d'affirmer hautement ses devoirs comme tel. Dans la première année de sa nomination comme Lieutenant-Gou-* vemeur, les membres de l'association des francs-maçons de Québec et Lévis le prièrent de les honorer de sa piéaence à un bal que, suivant leur ooutumie» ik donnaient à l'ouverture de l'hiver.

M. Letellier, sans se cacher l'impopularité de s» démarche, répondit par un refus à cette invitation.

Au milieu de toutes les querelles poUtico-reUgiettdes

qui ont occupé tant d'espace dans le journalisme de la Province, sous prétexte de défendre l'Eglise, M. Letellier eût désiré voir renfermer dans les écoles la plupart de ces discussions, qui rabaissent une nationalité aux yeux des autres, et qui attirent le mépris des sages, lorsque ceux-ci voient au travers du voile l'esprit qui anime ces écrits, dont les auteurs sont plus fanatiques qu'éclairés, et plus ambitieux que chrétiens.

Une qualité morale qui distinguait M. Letellier, et pour laquelle il est un exemple à citer, c'est son grand respect pour les femmes, et son extrême réserve à leur égard. Poli, courtois, gracieux, aimable en leur compar gnie, qu'il recherchait, il était d'une sévérité austère dans ses mœure et irréprochable sur ce point. Plus d'un* lecteur se moquera de cette rigidité, c^r c'est une vertu qui n'est pas à la mode, surtout pour ceux qui ont escompté leur jeunesse. Lui n'eut toute • sa vie qu'un seul et unique amour.

Sa prudence paternelle vis-à-vis de ses enfants parais- • sait extrême, et le portait à les éloigner trop des plaisirs et des amusements du monde, qu'il redoutait^ et dont la frivolité était antipathique à ses goûts.

, Simple et uni dans sa mise, il ne s'occupait aucun

tnent de recherche ou d'élégance sur sa personne on dans sa maison. La seule apparence de luxe qu'on lui ait vue était son équipage de gala^ où se révélait son goût prononcé pour les chevaux.

Au physique, M. Letellier était doué d'une stature haute et large, annonçant une force herculéenne ; son geste était digne ; sa prestance belle et imposante ; son port de tête fier, posait avec aisance sur ses robustes épaules ; ses traits réguliers étaient fortement accentués ; son nez grand et aquilin, aux narines fortement ouvertes, semblait indiquer un flair particulier. Son œil d'aigle, clair et vif, flamboyait sous ses épais sourcils noirs. Quand il s'animait, il était difficile d'en soutenir la rencontre ; et lorsque son regard inquisiteur plongeait en avant, il pénétrait dans l'âme et paraissait y lire. Habituellement son œil était doux et limpide.

" Si l'art de la parole consistait uniquement à entraîner les masses et à soulever les assemblées du forum^ Letellier avait une force d'éloquence peu commune." C'était là sa vraie puissance, qui l'a bien servi. Sous ce rapport, il ne cède parmi nos compatriotes qu'à Papineau. Il a fallu les efforts combinés du pouvoir et du clergé pour le tenir en échec.

Tribun populaire, ses accents patriotiques, aidés d'un 3rbe facile et sonore, passionnaienl sou auditoire, et

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Im phalanges dei libëiaux poussaient dm Ju^urraks frénétiques à ses bouillants appela Tour à tour passvcmné, grave ou saroastique, paifoia trop acerbe, il avait Tart de réduire à sa plua simple expression» et à la portée du peuple, la cause de son adversaire. Il en faisait voir clairement les côtés faibles.

Ittipertiirbabie dans son sang-lrcmi, il sondait à IV vance Tesprit de son auditoire { c'est ce qu'il appdait i* lui tftter le pouls^" pour trouver le ton de l'assemblée. Il avait étudié et cultivé de près l'habitant de nos cam« pagnes, il savait quelle note fiûre vibrer dans i'oooasion et suivant les temps et les lieux. AIohb sa parole^ nette^ mâle et convainoue, son raisonnement suret ferme» lui gagndent un asoendant qui maîtrisait les masses. ''Sans cela, disa.t-il, point de suooès. Il fiiut rester mattre de l'assemblée." Aussi, on n'a pas encore oublié le dicton populaire : ** Letellier, aveo sa parole, peut tenir tête à l'argent de Chapais."

• Une tactique à laquelle il avait recours, et qui lui a souvent réussi* consistait à diriger le feu de sa porole

sur une tête à convaincre qu'il visait à dessein dans la foule. C'est sur cet auditsur qu'il lançait l'éclair de son regard, pour le magnétiser et le soulever sous l'effort d*une véhémemoe magique, jusqu'à ce que l'ayant en&n convaincu, entraîné, il parvenait à lui faire déborder son enthousiasme autour de lui* Cette habile manœuvre &isait l'effet do l'étincelle électdque qui produit l'explosion.

Sur la parquet du Sénat, le tribua s'effaçait. Plus compasaé, plus diJictique, il abordait son su j^ t. de front, en saisissant aussitôt Tensemble et les détiils, et déployait une argumentation vive, serrée et coii;;ise. La première impression qu'il créa à son entrée en parlement lui fut favorable ; il montra dès lors loi qualités qu'il devait développer plus tard. " Il se servait de la " langue anglaise, qu'il parlait assez facilem--at, * dans " des occasions importantes, et pour ne pa*. manquer " l'effet d'un argument, d'une déclaration de principes ; " mais il discourait généralement dans sa Luigue ma- " ternelle, alléguant avec raison, comme devraient le " faire tous les -députés français, qu'il était ridicule à " un anglais parvenu à la position de député u i peuple, " d'ignorer, dans ce pays où il y a plus d'un million de " français, cette langue française qu'en Angle tt^rre tous ** les hommes instruits, politiques ou autres, tiennent " à honneur d'apprendre, et se font une jouissance de " parler. **

Rien ne prouve mieux le bon naturel d'un'î personne que l'attachement de ceux qui l'entourent. Si c'est un chef de famille, ceux qui se trouvent en con^a^ît immé-

• Oii et comment M. LeteUier avait-il appHsla langue pn^\aise, qu'U '^'•-ivait cor ectement, omme oa peut le voir par sa coi : ospondaace ciel le ? persouae oe le sait.

* Le Canadien^ 8 féTrier 188K

diat et journalier avec lui ont bientôt établi leur jugement, et dt^cidé de la part à faire de leur estime et de leur affection. Les dome^itiques, serviteurs et employés de M. Letellier aimaient singulièrement à le servir. Plusieurs sont demeurés à son service pendant de longues années. Son humeur égale, sa bonhomie, sa condescendance sans familiarité, et surtout son esprit de justice, leur inspiraient le respect et rattachement.

Nous pourrions, si nous ne craignions pas d entrer dans des détails de famille trop intimes, citer, de la part de ses domestiques, des traits de dévouement qui sont touchants jusqu'aux larmes ; en particulier, certains traits qui* ont eu lieu après sa chute, et surtout à répoque de sa mort. l)e tels actes, si rares aujourd'hui, honorent les serviteurs autant que le maître.

Aussi, un des devoirs que M. Letellier inculquait davantage à ses enfants, et qu'il leur a mis mêiue [»ar écrit, est l'égard que l'on doit aux domestiques et aux serviteurs. " Traitez-les bien, leur, disait-il ; «ela leur " donne du cœur pour supporter leur dépendance et le " travail. N'oubliez jamais que ceux qui vous servent " vous donnent leurs sueurs, et dépensent leur vie à votre *' profit. Ils ne sont [«as vos égaux socialement parlant, " mais ils sont vos semblables, et aux yeux du Grand " Maître souvent vos supérieurs. Protégez-les toujours."

Il n'est pas étonnant (ju'en se guidant d'après principes, M. Letellier se soii attaché- ses serviti

En voici un exemple entre bien d'antres. Quelques jours après avoir quitté Spencer- Wood, il s'était fait condiire au débarcadère par. son fidèle cocher Louis Caron, qui Taiinait autant qu'il en était aimé, et dont il

était sur le point de se séparer. Louis lui fit ses adieux, en ajoutant combien il regrettait que ce fût la dernieTe fois qu'il menait un si bon maître. " Louis, lui dit " M. Letellier, qui dès lors prévoyait que sa fin n'était " pas éloignée, la prochaine fois que vous me mènerez, je " ne vous verrai pas." Cette parole alla au cBur de Louis : le bon domestit|ue comprit que c'était une manière indirecte de lui demander de le conduire enterre; et il se le promit en lui-même. Aussi, dès qu'il apprit la mort de M. Letellier, il alla trouver le chef du département dont il dépendait (car depuis peu* il avait obtenu un emploi de messager), et il lui demanda la parmission de se rendre à la Eivière-Ouelle pour les funérailles. Après avoir raconté l'incident dont nous venons de parler, il ajouta : " Je ne puis me dispenser " d'aller rendre le dernier devoir à mon ancien maître. " Il faut que vous m'accordiez cette faveur ; car, malgré " que je sois pauvre et que je n'aie que mon humble em- " ploi pour vivre, moi et ma famille, je le sacrifierais " plutôt que de n'y pas aller." * En effet, ce fut le bon Louis Caron qui conduisit le char funèbre aux obques de M. Letellier.

* Le chef du département avait le cœur assez élevé pour reconnaître gônéroiité de Louis, et lui accorda vuloatierài ga demande.

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