‹ Étude historique sur ChouillyChapitre 11 sur 44 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Relatious administratives de Chouilly. — Noms et œuvres pies de ses premiers seigneurs.

Dans l'ordre ecclésiastique, le village de Chouilly était l'une des 690 paroisses de rarchidiocèse de Reims', qu'il limitait au sud, et faisait parlie des 36 paroisses du doyenné d'Epernay.

Dans l'ordre civil, Chouilly, avant la Révolution, ressortissait du parlement de Paris, de l'intendance de Châlons, de l'élection et subdélégation, bailliage et prévôté, seigneurie et châtellenie d'Epernay.

Depuis 1509, la coutume de Vitry, qui régissait le Partais, fut celle que suivit Epernay^ et par conséquent Chouilly.

La pièce la plus ancienne qui ait trait à l'histoire de Chouilly ne remonte pas au-delà de l'année 1 187, de sinistre mémoire.

1 II en fut distrait, en 182-2, pour être incorporé au nouveau diocèse de Châlons, avec le canton d'Epernay.

2 Déclaration aux Etats de Vitry, 20 mai 1744, par Berlin du Rocheret, député général de toute la cliâtellenie

« La Ville-Sainte venait de tomber au pouvoir de Saladin ; un cri d'indignation retentit dans toute l'Europe. L'empereur, le roi de France et celui d'Angleterre prirent la croix. Le comte de Champagne, Henry !"■, suivi de ses vassaux, devait accompagner Philippe-Auguste. »

Parmi ces preux de l'Occident, nous retrouverons les deux fils du seigneur de Ghoeli.

Cette année donc, 1187, leur frère Hugo, ou Hugues de Choeli, figurait comme témoin dans une charte de donation faite à l'abbaye de Saint-Sauveur de Vertus, par Guy ou Guidon, sire de Germinon et de Trécon , lequel « ayant pris la croix en vue de l'éternel salut de son âme, voulut, au moment de partir pour la Jérusalem terrestre, mériter l'entrée de la Jérusalem céleste'. »

Le nom de Hugues de Choeli reparaît l'année

d'Epernay. — Nous avouons ne pas comprendre après cela comment M. Edouard de Barthélémy, dans son Histoire dii diocèse ancien de Châlons, t. II. peut avancer que la ville d'Epernay fut soumise à la coutume de Vertus, rédigée de 1481 à 1505.

* « .... Crucem habens, juste et religiosé cogitans de sue anime perpétua salvatione, ut qui terrenam lerusalem erat profecturus, celestcm intrare mereretur. • — Archives de 1(1 Marne.

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suivante, 1188, dans la charte de donation d'un autel, altare\ de Driencourt^ par le cardinal Guillaume de Champagne, 51" archevêque de Reims, mon en 1202^

Cependant, le siège d'Acre oudePtolémaïs, en Palestine, traînait en longueur et présageait un désastre.

Dans ces circonstances critiques, et sous les murs mêmes de la ville assiégée, deux comhattants, Guy ut Odon de Choeli, songèrent à se rendre le ciel favorable en faisant des largesses à l'ordre militaire des Templiers.

La charte de donation, datée de Tan 1190, se trouve parmi les titres de la commanderie du Temple de la Neufville et Maucourt*. Elle et quelques autres

1 On appelait ainsi une paroisse donnée par un évêque à quelque monastère, à charge de la faire desservir par des religieux, ou dy prélever la portion congrue en faveur d'un prêtre séculier. — V. Louis d'Héricourt. Lois ecclésiastiques, vol. in-fol, 1756, page 593.

2 Aujourd'hui Dricourt, commune de Leffincourt (Ardennes).

3 Archives administratives de Reims, par Pierre Varin, t. 1", page 410.

* Archives de la Marne, liasse concernant les Templiers. — Le village de la Neufville, qui se trouvait entre Saint- Etienne-au-Temple et la Veuve, n'existe plus ; celui de Maucourt forme la rue des Tanneurs du moderne Vitry-ie- Francois.

méritent d'être citées, à raison de leur importance, et plus encore de l'intérêt qui s'attache à ces vénérables débris d'un autre âge.

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité. Nous, frères Guy et Odon de Choeli, à tous présents et futurs, savoir faisons que du plein consentement de Hugues, notre frère, en vue de Dieu, pour le salut de nos âmes et de celles de nos parents et prédécesseurs, nous avons librement et sans captation donné aux frères de la Milice du Temple, pour en jouir à perpétuité, lx sous * de revenus annuels sur le comptoir d'Esparnay, avec l'assentiment de Henry, comte palatin de Troyes , au profit duquel sont réputés versés lesdits lx sous, à prendre sur xiii livres que nous touchions à Esparnay. Des susdits lx sous annuels, la moitié sera versée à la Pâque du Seigneur, le reste à la fête de Saint- Rémi. Et alin que cet acte demeure inviolable et respecté, nous voulons qu'il soit revêtu du sceau dudit Henry, comte palatin de Troyes, et de celui de Hugues, notre frère. Fait au siège d'Acre, l'an M C LXXXX, de la main du frère Amion d'Ais

' Le sou, vingtième partie de la livre, équivalait à ciiKi francs de notre monnaie.

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(Ay), sénéchal de la Maison du Temple ; du frère Gerberl, grand-maître de la même Maison ; du frère Rorice , du frère Erchaud ; en présence de Guy de Darapierre, de Guy de Châtillon, de Guy de Germinon. Signé Radulphe. '. »

Pour le chevalier Hugues de Choeli, ce fut un point d'honneur de ne pas se laisser vaincre en générosité par ses deux jeunes frères vis-à-vis d'un ordre si aimé des Champenois , à cause de Hugues de Payens, son fondateur (1118), et de l'illustre abbé de Clairvaux, saint Bernard, rédacteur de sa règle (1128).

Dès Tan 1191, il s'adressait à l'archidiacre de Reims, Rothard du Perche ^ évêque élu de Châlons, dans le diocèse duquel se trouvait l'établissement donataire, et lui faisait rédiger la charte suivante :

« R., par la grâce de Dieu, évêque élu de Châlons, à tous ceux qui ces lettres recevront, salut enNotre- Seigneur. Sachent tous que Hugues de Choeli s'étant présenté devant Nous, a donné en aumône,

' Voir à l'article II de ['Appendice le texte latin de cette pièce et des suivantes.

2 Rothard ou Rolrou occupa le siège de Châlons de l'an 1195 à l'an 1200.

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du consentement de Hersende, sa femme, et pour le salut de son âme, concédé à perpétuité aux Templiers : ses terres, moulins, maisons, broussailles, vignes, cens, revenus et meubles, en un mot, tout ce qu'il possède sans aucune réserve. L'un et l'autre ont confirmé cette donation entre nos mains et sous la foi du serment , à cette clause qu'ils posséderont toute leur vie ce qu'ils ont donné aux Templiers, et que pour l'investiture et récolement octroyés à ces Religieux, des maisons, dépendances et terres, quelque part qu'elles soient, ils s'obligent à payer annuellement auxdits Templiers , cinq sous pour un moulin à blé, une mesure de froment pour un moulin à foulon, six deniers pour les vignes, un demi-muid de vin au temps des vendanges et à la Saint-Remi. A la mort de l'un ou de l'autre conjoint, les Templiers entreront en jouissance paisible de tous ses droits et de sa portion, c'est-à-dire de la moitié. Le survivant acquittera chaque année el aux termes fixés la moitié du revenu annuel dû aux Templiers, pour l'investiture et récolement constitués en leur faveur. Mais après le décès du dernier survivant, tout ce qu'il possédait reviendra aux Templiers , qui en jouiront en paix et

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sûreté. El afin qu'aucun trouble ni éviction ne gêne dans la suite l'exécution de cette donation faite par Hugues aux Templiers, attendu que ces biens sont de notre fief, nous voulons, comme ratification de cet acte, l'approuver, le garantir, le confirmer par l'apposition de notre signature et de notre sceau ; étant témoins : Jean, abbé de Toussaints-en-l'lle, de Chàlons; Jean, abbé de Saint-Memmie ; Milon, notre chapelain; Guillaume de Mitry; Itère de Braux; Girard de Provins; Jean de Fasnières; Hugues de Goole , Girard de Jartfardelle; frère Guy Escotlel; frère Gilon de Loreio; frère Milon, chapelain; Thibault, prévôt de Ghâlons; Pierre, prévôt de Sarry. Fait en l'an de grâce M G quatrevingt-onze, le huit des calendes d'avril. Donné par la main de Mathée, archidiacre et chancelier. »

Si expresse et si légitime que fût la volonté des donateurs, ces dispositions n'en parurent pas moins exorbitantes aux héritiers naturels dépossédés. Un procès s'en suivit entre Girard Legrand, chevalier; Hugues, prêtre, et ses frères d'une part, et les religieux de la Milice du Temple, de l'autre.

L'évêque de Chàlons, Girard de Douai ', intervint

' Mort en 1215.

comme arbitre, et en 1210, les parties adverses accédaient à une transaction passée devant lui, laquelle, attribuant aux neveux du chevalier Hugues, les deux tiers de l'héritage de leur oncle, laissait aux Templiers la jouissance et propriété du dernier tiers, avec leur quote-part de la dot d'Hersende, dès que celle-ci aurait fermé les yeux à la lumière.

De son côté, Girard Legrand, qui figurait à lui seul pour un tiers, ayant rétrocédé son loi aux Templiers pour la modique somme de vingt livres, il ne resta en définitive qu'un tiers à répartir entre le prêtre Hugues et ses frères.

En 1224, ce fut le tour des libéralités de la comtesse palatine de Troyes, Blanche de Navarre, veuve, depuis 1201, du comte Thibault III.

Dans la charte de fondation de l'abbaye d'Argensolles, établie en reconnaissance de l'arrêt obtenu pour elle et son jeune fds ThihaiU.li-le-CJiansonnier, contre Erard de Brienne, qui leur disputait la Champagne , Blanche spécifie , entre autres donations :

« Onze fauchées de pré à Choolly, que j'ai, ditelle , achetées de Guyot d'Esparnay ; deux fauchées de pré audit Choolly, vingt sous de cens, deux

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muids de vin et un septier d'avoine, provenant, par voie d'acquêt, d'Odon de Brie et de sa femme ; la vigne appelée la vigne du Comte, sur le Mont- Serrat (Saran), laquelle contient quatre arpents; la Plante-Barre, qui contient deux arpents, et que j'ai achetée des filles Barre * ; la Plante-Boschet, qui contient un arpent, et qui a été achetée dudit Boschet; la vigne de Chiefdail, qui contient trois arpents et me vient d'un legs de Milon Leclerc, de Vertus^. »

L'acte dont on va lire la traduction est un flagrant délit du servage féodal^ triste reflet des mœurs païennes, que douze siècles de christianisme n'avaient encore pu effacer. Le serf, attaché à la glèbe, addictus glehœ, homme de corps, mainmortable, comme on voudra, était, par le malheur des temps, chose vénale, res mercatoria, et transmissible au gré du propriétaire.

a Maître Prior, chanoine, et J. de Berleio, officiai

• Une des rues de Chouilly porte encore le nom de la Barre.

- Voir à l'Appendice la charte de fondation d'Argensolles, collationnée par Montgérard. — Ms. de la Bibliothèque d'Epernay.

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(le Reims. A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en Notre-Seigneur. Sachent tous que le seigneur Milon deChoeli et le seigneur Renaud, son frère, chevaliers, s'étant présentés devant nous, ont reconnu avoir donné en aumône, aux frères de la Milice du Temple : Jean, Renaud, Raimond, Renier et Aélide, enfants de Garin Boleng, de Mareuil, et de défunte Odéline, sa femme ; tous hommes de corps que lesdits chevaliers ont déclaré leur appartenir, s'engageant sous la foi du serment à ne jamais, par soi ou par un autre, rien réclamer ni faire réclamer au sujet desdits enfants, avec garantie particulière offerte aux frères du Temple, qu'ils sont hommes à leur obéir en toute chose. Lesdits chevaliers ont promis de faire agréer, ratifier et approuver cette aumône par le seigneur Robert de Coucy, le seigneur Roger de Rosières et sa femme, et par Simon, fds de Gléopas. De plus, le chevalier Milon a promis, sous le même serment, de faire reconnaître et approuver ladite aumône par sa femme, affirmant répondre de sa personne, que son épouse n'élèvera aucune réclamation au sujet de cette aumône, à raison de sa dot ou autrement. Lesdits chevaliers ont fait preuve d'une extrême bonne foi en livrant

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toute cette aumône, que Jean Leclerc de Ghoeli, du tief duiiuel cela mouvait , a laissé transférer aux susdits frères du Temple. Le seigneur Jean de Cocaus, chevalier de Mareuil, a été déclaré caution par lesdits chevaliers donateurs, à titre de légitime garantie de toutes leurs promesses. Fait en l'an du Seigneur M CG vingt-cinq, au mois de mai. »

A quelque temps de là (1229), le même chevalier Milon de Ghoeli aliénait, au protit de la pieuse fonilatrice d'Argensolles, la moitié d'une terre située à Berru, et dont les cinquante sous parisis de revenus servirent depuis à l'acquit du service anniversaire célébré chaque année dans la cathédrale de Reims, le IV des ides de mars, pour le repos de l'âme de la bonne comtesse ^ .

La seconde moitié de cette terre de Berru fut vendue au chanoine Etamfred, diacre de l'église de Reims, et les cinquante sous de revenus annuels consacrés à une fondation analogue, que l'obituaire du chapitre métropolitain mentionne pour le v des calendes d'avril^

' « Bone memorie comitissa trecensis. » Necrolo-

gium ecclesie remensis, anno 1260.

2 Ibid. — Arch. législ. de la ville de Reims, IP partie. Statuts, 1" vol.. p. 72 et 74.

Déjà , vers cette époque , les chanoines réguliers de Toussaints-en-l'Ile, de Ghâlons*, possédaient des biens à Chouilly.

L'inventaire, dressé en 1667, par ordre de l'abbesse Marie-Eléonore Brullart de Sillery, « des titres qui se treuvent es Chartres de l'abbaye d'Avenay », contient « une lettre en parchemin de Jacques, évesque de Soissons, donnée soubz son scel, l'an mil deux cent vingt-cinq, au mois d'avril, portant qu'en sa présence, Thierry de Vouciesf?), fils d'Hervé de Pierre-du-Pont, chevalier, reconnoit avoir vendu à l'église Saint-Pierre d'Avenay tout ce qu'il avoit àChoilly, tant en hommes, qu'en terres et autres choses; vendition approuvée de Voucies, chevalier; de Martin et Régnant, frères dudit Thierry -. »

Nous allons voir les Bénédictins d'Hautvillers s'arroger, au xiv= siècle, des droits bien autrement importants, qu'ils prouveront leur appartenir en la ville de Ghouillv.

' Voir Charte de Samson, archevêque de Reims, et de Guy, évêque de Châloiis, 1114. — Archives de la Marne. Invent, des titres de l'abbaye de Toussaints, 1770.

î Textuel. — Archives de la Marne, liasse concernant labbave royale d'Avenay.

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