‹ Étude historique sur ChouillyChapitre 13 sur 44 · I BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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II appartenait au patron de présenter à la cure et de percevoir une partie des dîmes : double privilège que les capitulaires reconnaissaient à tout fondateur d'église au moyen-âge.

Quand et comment les châtelains de Clioeli avaient-ils été amenés à s'en dessaisir?

Nul acte ne l'établissait.

Dès lors, le seigneur Jean de Marigny se crut en mesure de rentrer dans tous ses droits. Mais il avait compté sans la prescription légale, dont le bénéfice fut victorieusement invoqué contre lui ; comme il appert d'un « ancien titre en parchemin datte du mardy avant la feste de l'Ascension mil trois cent soixante-treize, portant que lesdits sieurs abbé et religieux étoient en bonne saisine et possession contre Jean de Marigny, escuyer, sire de Chouilly, à cause de leur église, tant par eux que par leurs prédécesseurs, par tel temps, et si longtemps, qu'il n'étoit mémoire du temps, de prendre et percevoir chacun an, en la ville de Chouilly, la quarte partie de toute la grande dixme, tant en bled comme en vin et autres choses quelconques, et aussy les deux parts de toutes les menues dixmes de toute laditte ville, et les deux parts des offrandes aux jours

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annuels, avec ce, en possession et saisine de six fauchées de prez séant en la prairie de Chouilly, et d'autres droits détaillés en laditte charte, laquelle contient l'accord fait entre lesdits sieurs abbé et religieux d'Hautvillers et ledit seigneur de Marigny, par lequel il est dit que lesdits religieux demeureroient en saisine et possession à toujours et perpétuellement, de toutes les choses dessus dittes, excepté quelques droits de cens et autres à Mareuil et terroirs voisins ^ »

Ainsi finit le démêlé.

Son issue fut loin d'avoir le retentissement des faits et gestes du trop fameux Guiot de Ghoolly et de sa bande, dignes avant-coureurs des Jacques et des Routiers.

L'archevêque de Reims va relater lui-même les circonstances de cette scandaleuse affaire :

« Humbert, par la grâce de Dieu, patriarche d'Alexandrie, administrateur perpétuel* de l'église

' Textuel. — Archives de la Marne, 25' liasse de l'abbaye d'Hautvillers, Inventaire des titres, 1612.

2 Humbert, dernier Daupbin de Vienne, ayant perdu son tils unique et sa femme, Marie, troisième ûlle de Philippeie-Long, céda ses Etats et sa souveraineté à Philippe de Valois, son parent, prit l'habit de Saint-Dominique, à Lyon, et fut élevé sur le siège de Reims, qu'il occupa de 1352 à

de Reims, et ancien dauphin de Vienne, à nos chers officiaux de Reims, salut. Quelques malfaiteurs sacrilèges ayant, par une odieuse perfidie, enlevé, ravi de force et indignement pillé les reliques, sanctuaires', châsses et images saintes de noire église de Reims, avec leurs ornements et autres objets précieux qui étaient promenés (circumferehantur) dans l'étendue de notre diocèse et province, au profit de Tœuvre de la fabrique de ladite église, et pour recueillir les offrandes, les legs et les aumônes des pieux fidèles ; sans avoir épargné les porteurs et les trésoriers eux-mêmes, que dans leur atroce et barbare scélératesse, ils ont traînés avec leur butin hors de notre diocèse et province, et même hors du royaume de France, faisant subir à ces infortunés poi'teurs et trésoriers les horreurs de la plus dure captivité, ajoutées à ce que l'affliction, les angoisses, l'effroi des menaces et des tor-

1355. 11 est appelé adiiiinistraleur perpétuel de cette église, parce qu'il possédait d'autres bénéfices; il en avait un in titulum, le patriarcat d'Alexandrie, et plusieurs en commande.

' On appelait ainsi le trésor de l'église. L'expression feretra . que nous avons traduite par images saintes . signilie littéralement les brancards destinés à porter le.>châsses ou les statues.

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tures, la faim, la soif, les privations de toutes sortes, ont de plus poignant et de plus douloureux; jusqu'à ce que, par un trait de cruelle audace, ils les eussent contraints à se racheter au prix de grosses sommes d'argent ; en sorte qu'après les avoir dépouillés de leurs biens, et, ce qui est plus infâme et plus horrible, les avoir privés à jamais, si Dieu n'y obvie, des forces et de la santé du corps, ces insignes malfaiteurs détiennent encore les susdits sanctuaires, reliques, châsses et images saintes, avec les autres objets précieux.,.. Emu des cris de commisération de bon nombre de fidèles, et surtout de ceux de nos chers fils en Jésus-Christ, les prévôt, doyen et procureur, outre les graves doléances de nos autres frères et trésoriers de notre dite église de Reims, nous ne pouvons ni ne devons couvrir du manteau de la dissimulation d'aussi criminels, exécrables et indicibles attentats. C'est pourquoi nous mandons et ordonnons à vous et à chacun de vous, que, contre ces hommes sacrilèges, et chacun d'eux, leurs complices, et quiconque leur prêtera assistance, conseil ou protection, vous procédiez selon la teneur et forme des constitutions provinciales et autres, comme il sera de raison ; et

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que, selon la mesure et rénormité de leurs crimes, vous les punissiez de telle manière, que leur sang ne soit point redemandé de nos mains ni des vôtres, que les autres tremblent d'imiter leurs forfaits, et que leur châtiment serve d'exemple à tous; réclamant l'appui de nos révérends pères et seigneurs les archevêques et évoques, qu'il vous paraîtra expédient, et invoquant au besoin le secours du bras séculier. Donné à Vincennes', près Paris, le 22 juin, l'an du Seigneur mil trois cent cinquantetrois ^ »

Le nom du principal coupable ne tarda pas à être connu : c'était un nommé Guiot, de Choolly.

Réfugié avec ses malandrins dans la ville de Nancy, capitale de la Lorraine , il osait y retenir en gage l'un des employés de la métropole si indignement rançonnée.

Grâce au crédit et à l'intervention du gouverneur de ce duché, le captif fut enfin relaxé. L'archevêque Humbert en exprime sa satisfaction par une lettre

1 Le duc Pierre de Bourbon , comte de Clermont et de la Marche, avait fait don à Humbert de ses maisons sises au bois de Vincennes.

2 Bibl. inip. Ms. Reims, cart. III, art. Humbert de Vien mis. — V le texte latin à l'art III de V Appendice

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qui nous montre ce qu'était alors la langue (ïoil, ou idiome vulgaii'e :

« C'esl autrestant (c'est la copie) de la lettre que raonsigneur de Reins bailla à Renaut li Roy pour envoyer en Lorraine K

» A tous ceulz qui ces présentes lettres verront et orront, Humbers, par la grâce de Dieu, patriarche d'Alixandrie , administrateur perpétuel de l'église de Reins, et ensien daufin de Viennois, salut en Nostre Seigneur. Comme Renaut dis li Roys, nostre justiciable citoyen de nostre cité de Reins ait été prins entre Reins et Chaalons par Guiot dit de ChooUy et ses complices, et menez hors dou royaume de France, en la duchée de Lorraine ; pour la délivrance douquel, comme pris déraisonnablement, nous aions escript à nostre bien amé Brocart de Fénestranges , gouverneur de la duchée de Lorraine, et au baillif dudit lieu, que nostre dit citoyen vousissent bien délivrer et ses biens rendre, liquels, pour les choses dessus dites, comme pour le roy nostre sire qui escript leur en a, et aussis pour contemplacion et requeste de nous, aient délivré à

' Archives administratives de Reims, t. III, pages 40 et suivantes.

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plain le corps et les biens dadit Renaut nostre citoyen ; sachent tuit (toti) que tant pour les causes dessus dites comme pour ce que lidis Renaus a été amiablement et convenablement traitiez audit pays, pour la délivrance de celi, ayons acordé et acordons que au duc, à ses gens, au pays de ladite duchée, ne aus soustriteurs (détenteurs) d'icelluy Renaut, domages ne meschiez ne sera fais, ne portez par nous ou nos gens, en aucune manière, pour occoison (à l'occasion) des choses dessus dites, exceptés les preneurs. En témoignage de ce, nousavons fait sceller ces présentes lettres du scel de nostre secreit ( secrétaire ) , qui furent faites à Reins le lundi prochain après feste de Toussains, l'an mil CGC LUI. »

D'autre part , l'échevinage protestait de ses bénévoles intentions, en des termes qu'il convient également de rapporter :

« C'est autreslant de la lettre qui fut baillié au Renaut li Roy, et fut consillié par pluseurs bourgeois ci-dessous nommez :

)) A tous ceulz qui ces présentes lettres verront et orront li eschevins du ban de révérend père en Dieu monsigneur l'archevesque de Reins, salut.

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Comme Renaus dit li Roys, nostre chiers el bien améz habilanscludit ban, eusteslé prins entre Reins et Chaaions par Guiol de Choolly et ses complices, si comme on dit, et menez en la duchée de Lorraine, depuis, nous ayans entendu par la relacion dudit Renaut que par delà il a esté courtoisement traitiez et démenez et favorablement délivrez avecques tous ses biens, de coy nous mercions tous ceulz qui envers li si amiablement se sont portez; sachent tuit que nous, considérans les choses dites, n'entendons à faire ou pourchessier, ni ne ferons ou pourchesserons à très noble prince haut et puissant le duc de Lorraine, à son pays, à ses gens de ladite duchée, ni aus soustriteurs doudit Renaus acuy {sic, aucun?) grief ou domage en quelque manière que ce soit, pour cause des choses dessus dites. En témoing de ce , nous avons mis le scel de nostre eschevinage en ces présentes lettres, données à Reins le XVIP jour de novembre l'an mil trois cens cinquante et trois.

» Laquelle lettre, qui fu baillié à Renaut li Roys pour envoyer en Lorraine, quand il fut revenus de Nansy où il avoit esté menez par Guiot de Choolly, fut consillié avant que on le bailliat audit Renaut,

par le conseil de pluseurs personnes ci-dessous nommées.

» Premiers. De Thomas le Pois, Thomas Buiron, Thomas Maigret, Robert de Chaumont, Jehan Viellarl, ErnoulAlart, Gérard Gunchiar, GarinCochelet, Gonstan le Ghastelain, Golarl Goquelet, Bauduyn de Sainl-Remi, Henri le Juis, Jehan de Nantheul, et aultres. »

Ici s'arrêtent les renseignements sur Guiot de Ghoolly.

En vain donc voudrait-on savoir la fin de ce dangereux bandit , et s'il parvint à sauver sa tête du châtiment dû à ses crimes. De plus terribles fléaux allaient fondre sur le pays.

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