CHAPITRE IX
Misères publiques. — Le chateau-fort de Chouilly démantelé par les Anglais. — Erection d'une chapelle gothique. — Décimateurs et charges des bénéficiers. — Noms des anciens curés de Chouilly.
Nous touchons à une époque bien triste. L'Eglise, partagée en deux camps par le schisme d'Avignon ; un roi imbécile, les frontières envahies par l'étranger, la France menacée de devenir province anglaise, la faction des Armagnacs et celle des Bourguignons armées l'une contre l'autre, les campagnes en proie aux incursions d'une soldatesque affamée et aux brigandages cent fois plus redoutables des Grandes- Compagnies, des Routiers, des Tard-venus, des Ecor-
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cheurs, des Retondeurs ; tous ces désordres réunis signalèrent la fin du xiv siècle et la première moitié du xv^ Le Rémois en parlicuiiei- subit l'affreux contre-coup de ces commotions sociales.
Il faut entendre les accents découragés du poète virtunois, Eustache Deschamps, et sa touchante complainte sur les malheurs de cette portion de la Champagne :
« Ne voiz tu pas devers Cheoilly Valez armez à grans tropiaulx Uui sont de poulaille garny.
Qui tuent brebis pour les piaulx, Qui robent et font leurs aviaulx, Detelent chevaux et juinans Et dient qu'ils viennent du Mans, Et vont logier emprès Châlons.
Laisse tout; après eulx allons.
Tels gens sans pain ont leur pain cuit, Nous ferons quanque nous voûterons:
Qui voit gens armez chascun fuit. »
La forteresse de Moymer (Mont-Aimé) successivement prise et reprise par les troupes du dauphin (Charles VII) et celles du sire de Châtillon, capitaine de Reims pour les Bourguignons el les Anglais,
sua CHOCILLY 111
depuis 1419, fut enfin investie, en 1423, par le comte de Salisbury, qui s'en empara après quatre mois de siège et la fit démolir.
«De là, poursuit l'historien dom Marlot', on fut au chasteau de la Folie dessus Braine, au Mont Nostre-Dame, à Mareuil, à Tours-sur-Marne, et aux autres places qui furent ruinées aux dépens de la ville de Reims...»
C'est dire assez clairement que le. château-fort de Ghouilly, commandé par celui de Mareuil , et à cheval sur la grande voie de Reims au Mont-Aimé, fut occupé par l'ennemi, puis succomba comme les autres, sauf à se relever partiellement après là providentielle délivrance du joug anglais, par l'héroïne inspirée Jeanne d'Arc ^
Les années de calme qui suivirent la paix du 16
' Histoire de l'Eglise de Reims A' vol., p. 169. — Reims. ISi'i, éJition publiée aux trais de l'Académie de cette ville.
2 Où donc 1 auteur de ïHistoire de la ville d'Epernay. t. I". page 192, a-t-il puisé les détails qu'il donne sur un prétendu siège de cette ville par la Pucelle d'Orléans , le tout farci d'ôpisodiques aventures, stratagèmes et carnages non moins apocryphes que le siège lui-même? — 0ncque.s ne vit, la vaillante Jeanne, les mur.^ d'Efiernay, ni la route qui mène à Cfiouilly .'
HZ KITKE HISTORiyiE
octobre 1435, entre le roi Charles VU et le duc de Bourgogne, furent employées par les seigneurs de Chonilly à lagrandisseraenl de l'église, devenue insuffisante pour les besoins de la paroisse.
En 1467 », une chapelle de style ogival flamboyant (V. pi. XXV) s'élevait à l'extrémité du collatéral sud.
Les massifs piliers carrés tirent place à des colonnes cylindriques, à bases octogones, sans chapiteaux ni tailloirs, mais surchargées de pesants dais à pinacles et de culs-de-lampe, dont l'un porte le double écusson des fondateurs *.
Plus haut, viennent s'amortir les nervures prismatiques et très-saillantes des arcs-doubleaux et des arceaux de la voûte.
> Cette date se lit sur lun des contre-forts.
* Le principal : parti de la première moitié de
.'i la demi-croix de.. cantonnée en chef d'une
molette d'éperon de ; et de la seconde moitié
de au demi-chevron de mouvant de
la partition . accompagné en chef d'un fer de lance (?) de et on pointe d'un demi-fer de lance, mouvant aussi de la partition.
Le moindre, qui surmonte le précédent, est de
à la bande de chargée de deux croisettes de. . .
Aucune hachure n'indique les émaux.
SIR (:H0( ILLV. 113
Chaque clef est ornée de douze feuilles de houx gracieusement agencées en pendentif.
Les fenêtres, à ogives surbaissées, s'élargissent (le manière à envahir presque tout Tespace compris entre les colonnes ; mais, privées de meneaux, elles ont, dès l'origine, reçu un maçonnage provisoire qui les interdit aux deux tiers et en détruit TefTet.
Trois contre-forts carrés, à retrait et à corniche courante, arc-boutent les murs extérieurs. La seule gargouille qu'on y remarque représentait, avant sa mutilation, un monstre à gueule béante, vomissant les eaux.
C'est à l'époque de ces transformations du xv^ siècle que doivent se rapporter le grand arc ogival du chœur, et celui qui relie l'abside à la chapelle de la Sainte- Vierge.
La sacristie actuelle est l'œuvre (et quelle œuvre !) du xviii'' siècle. Jusque-là, il n'y en avait pas eu d'autre que la partie du sanctuaire masquée par l'autel'.
Dès l'an 1373, nous avons vu l'abbé d'Haut villers on pleine jouissance et possession immémoriale du
Procès-verbal de visite administrative, 1672.
quart des grosses dîmes et de la moitié des menues dîmes de Chouilly.
Un état du doyenné de la chrétienté d'Epemay pour les années 1478 et suivantes', cite encore comme décima leurs : le prieur des Bénédictins de Gaye en Brie, diocèse de Troyes (aujourd'hui de Ghâlons), l'abbé d'Orbais, du même ordre de Saint- Benoît; l'abbé de Toussaints, de Ghâlons, et le curé de la paroisse.
Le prieur ou doyen de Gaye, qui perçoit la meilleure part, est tenu d'entretenir la toiture de la nef et de la coiffe du chœur (cucuffam chori), c'est-à-dire de l'abside.
L'abbé d'Hautvillers est chargé de l'entretien des voûtes.
Les paroissiens subviennent aux autres dépenses.
Le même document nous apprend que cette meilleure part du prieur de Gaye consistait en la moitié des grosses dîmes affermées moyennant 200 livres; celle de l'abbé d'Hautvillers rapportait 100 livres; le trait ou canton d'Orbais, appelé aussi Daridct, 10
' Déjà iiienlioiuiè. — Archives de la Marne.
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livres; le reddct (ravenn transféré) de l'ahhaye de Toiissaints, environ 18 livres.
Le curé du lieu n'était pas le moins bien partajïé : il avait le quart des grosses dîmes et le tiers des menues, le tout estimé 400 livres, chiffre relativement respectable, sans être exorbitant '.
En 1478, le curé de Choylly, non résidant, s'appelait maître Pierre Pignart; le chapelain approuvé et résidant, Guillaume du Four.
En 1487, Pierre Pignart est remplacé par Etienne Leclert, et la paroisse desservie par- le chapelain approuvé, Pierre Bonnart, qui occupe une maison de louage ^ en attendant que le presbytère sorte de ses ruines, ce qui n'aura lieu qu'en 1508.
Mais, depuis 1499, les fonctions du saint ministère étaient passées en d'autres mains; et, cette fois, les habitants de Chouilly avaient la consolation de le
' Ces droits ont varié. En 1790, le prieur de Gaye touctiait 1,000 livres de revenus annuels-, l'abbé d'Hautvillers, 1250; la manse abbatiale d'Orbais, 120; la cure valait 800 livres. Quant au reddet des chanoines de Toussaints, dépendant du doyen de Gaye, il consistait en 52 boisseaux de seigle, et autant A'aveine.
- «. Supra locum residens. sed non in domo paro-
chiali, quae ruinatur. > Ibid.
voir exercer par le titulaire lui-même, Etienne Petit, mort en 1523, après un laborieux pastoral rte vingt- (|uatre ans.
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