‹ Étude historique sur ChouillyChapitre 21 sur 44 · G ETUDE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

G ETUDE HISTORIQUE

dans l'église de Chouilly, avec permission signée de M^"" Gaslon-Jean-Baptisle-Louis de Noailles, évêque et comte de Ghâlons, messire Jean Tisserant, avocat à la cour, fds de messire Jean Tisserant, président au grenier à sel de Beaufort-3Iontraorency, demeurant à Vitry-le-François , et damoiselle Anne Taverne de Morvilliers, de la paroisse Notre-Dameen-Vaux de Ghâlons, en présence de messire Joseph de Torcy, conseiller du roi et son procureur en l'élection de Vitry-le-François ; de Joseph Jacobé, seigneur de Pringy, Soulanges et autres lieux, beauxfrères du futur ; de messire Louis Taverne de Morvilliers, père de la future; de Jean-Louis Gappy, conseiller du roi, commissaire des guerres dans le département de Sedan, son oncle, et d'autres parents et amis qui ont signé sur la minute.

Peu après, une autre fille du seigneur, en partie, de Ghouilly, damoiselle Anne-Gatherine de Morvilliers, s'unissait à messire Glaude-Philippe Glozier', écuyer, seigneur de Soulièrcs, conseiller du loi,

' De Clozier porte : d'argenl au chevron de gueules, chargé de deux croissants d'argent, et accompagné en pointe d'une nicrlelte de sable sur une branche d'olivier de sinople (Y. pi. XXX, fig. 7). — De Caumarlin, Recherches sur la noblesse de Champagne.

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trésorier général de France en la généralité de Champagne, lequel, par cette alliance, reçut en dot la seigneurie de Cliouilly, au lieu et place de son beau-père, Louis Taverne.

Les derniers échos de ces fêtes étaient à peine expirés, lorsque éclata, dans la soirée du 14 avril 1707, un désastre épouvantable, une de ces calamités qui font époque dans les annales d'un pays.

L'incendie ! mais un incendie plus terrible encore que celui de 1623, dévorait presque en entier le malheureux bourg de Cliouilly, et le replongeait dans la pire des détresses.

Au tableau idéal qu'une imagination inventive ne manquerait pas d'offrir, nous avouons préférer le récit simple et véridique consigné dans les registres du greffe de l'élection d'Epernay. Son caractère d'enquête ofiicielle lui donne un puissant intérêt :

« Cejourd'huy, 18 avril 1707, environ une heure après midy, nous, Louis de Frontigny, conseiller du roi, lieutenant criminel en l'élection d'Epernay, sur ce qui nous a esté remontré par M« Toussaint Allan, procureur du roi en laditte élection, qu'il auroit eu avis que le jeudy quatorze du présent mois, environ les si\ heures du soir, le feu auroit pris dans une

maison de Chouilly, composé de deux cent cinq feux, qui , à l'aide d'un grand venl s'estant échappé dans les maisons voisines, auroit, en moins de deux heures de temps, consumé presque tout le village, sans qu'il ait esté possihle d'y apporter aucuns secours, tant par ce que touts les habitants dudit lieu, dont la plupart sont laboureurs, les autres vignerons, esloient pour lors aux champs, que par ce que la violence du vent estoit si grande qu'il n'estoil pas possible d'y apporter aucuns secours et d'aller au devant du feu pour l'éteindre, de manière que les maisons ont estez entièrement brûlées, qu'il est mesme péry dans le feu plusieurs femmes et enfants, que les meubles des habitants ont estez presque tous perdues, n'y en ayant eu de sauvez que ce que quelques femmes en ont pu emporter hors du village; ceux que l'on avoit détournez dans les grandes courres ayant estes pareillement allumés par la grande ardeur du feu, et consumez en un instant, aussy bien que les grains et fourrages des labouleurs, leurs charettes, et presque tous leurs bestiaux, que mesme les rolles des tailles de l'année dernière et ceux de la présente année ont estez brûlez dans les coffies où ils esloient enfermez ;

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pourquoy nous a requis de nous transporter audil village de Chouilly, pour connoistre de l'incendie et de son estât, et en dresser notre procès-verbal. En conséquence de quoy nous nous sommes transportés audit lieu de Chouilly avec ledit procureur du roy et notre greffier ordinaire, où estant arrivés, nous aurions estez joints par le sieur curé du lieu, le sieur de Brunetaux, seigneur en partie, et les principaux habitants dudit lieu, avec lesquels ayant parcourus tout le village, et examinés toutes les maisons les unes après les autres, nous aurions reconnus et remarqués qu'en effet presque tout le village est réduit en cendres, ce que l'on n'a pu éviter, par ce que le feu ayant pris à une maison qui est directement sur un coin qui fait le milieu du village, du côté du nord, le vent qui en soufflait avec grande violence, a, dans un mesme temps, porté le feu sur plusieurs maisons à la fois couvertes de pailles, et les a consumées à la réserve d'environ trente des moindres qui sont sur le bord d'une petite rivière, pareillement du côté du nord et en dessous de celles où le feu a pris ; le surplus, au nombre de cent soixante-treize, estant dans un estât à toucher les plus insensibles, puisque l'on ne voit de reste

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de toutes ces maisons que les pignons cl les murailles, dont plus de la moitié sont prest à tomber, les carreaux dont ils sont presque touts construits estant réduits en poudre ; tous les bois, les portes et fencstres estant aussy bruslez et réduites en cendre, et dont il ne reste que quelques tisons. L'on ne voit que des monceaux de bled, qui fument encore , et des débris de meubles, charettes et charues, quelques chevaux, grands nombres de vaches, toutes les volailles bruslez, et le peuple dans la dernière nécessité et consternation ; trois d'entre eux ayant perdus leurs femmes, qui ont esté brûlez avec trois enfants, ainsy qu'il nous a esté certifflé par le sieur curé, pour avoir enterré deux desdites femmes le lendemain, et la troisième n'ayant été retrouvée ({ue deux jours après, dans les ruines de sa maison ; ledit sieur curé nous a certifflé pareillement qu'un calice estant en dépôt chez luy, à cause de l'éloignement de l'église du village, a esté fondu par le feu, et que les collecteurs des tailles de l'année dernière et de la présente année n'ayant rien sauvé de leurs meubles, les rolles ont esté bruslez. De tout ce que dessus nous avons dressez Jiotre procès-verbal pour servirauxdits habitants ce que de raison, auquel nous

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avons joint un mémoire contenant les perles ((ue chaque particulier a fait par ledit incendie, lequel mémoire nous a été certiffié par le sieur curé, Brunetaux, et principaux habitants. Fait les jour et an susdits.

» Signé : Berlin ; avec paraphe. »

Cent soixante-treize maisons sur deux cent-cinq devenues la proie des flammes !

Les noms des victimes sont : Pasquette Carré, femme de Barthélémy Doué, âgée de cinquante ans; Marie Champion, femme de Pierre Vallois, âgée de trente-cinq ans ; Anne Colet, femme de Jean Aubry, âgée de quarante-trois ans ; Marie Legras, fdle de Pierre Legras, maréchal, âgée de trois ans, et deux autres jeunes enfants.

Les registres paroissiaux de 1706 furent consumés; ceux de l'exercice courant, 1707, portent les traces du feu. Le reste, déposé dans une armoire de la sacristie, dut à cette circonstance d'avoir été sauvé.

Du presbytère et de ses dépendances^ qui étaient considérables, il ne resta debout que le mur sud du corps de logis.

Jean Mouton, découragé, n'attendit pas la dure

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saison pour s'éloigner. Ses infortunés paroissiens se virent obligés d'en faire autant. Une note extraite du registre des actes de baptêmes d'Epernay, commençant en 1696, et déposé au greffe du tribunal de cette ville, le dit en propres termes :

«. . . . Furent contraints les pauvres gens de se réfugier à Epernay et autres lieux circonvoisins, ayant tous abandonné leur patrie\ on les logeait charitablement. Ledit bourg a commencé de se rétablir l'année d'ensuite, 1708, sur la lin du mois de mars. Dieu nous veuille préserver de tel accident par sa sainte grâce. Ainsi-soit-il. »

Pour guérir de si grands maux et réparer de si effroyables pertes, il eût fallu de longues années de calme et de prospérité.

L'hiver de 1709, dont la rigueur surpassa tout ce qu'avaient fait souffrir ceux de 1606 et de 1684, fut, pour Chouilly aux abois, comme le dernier coup destiné à consommer sa ruine.

Ici encore , nous ne pouvons résister au désir de citer le témoignage d'un contemporain. 11 y aurait beaucoup à retrancher pour l'élégance de la diction : nous aimons mieux laisser à la poussière des temps ce qu'elle a de vénérable :

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« Du mois d'octobre 1708 en cette année (1709), commencement de misère et famine rude, du long liiver; et les plus vieux de ce temps n'avoient jamais vu son pareil. De sorte que tous les engrains furent gelés dans terre, universellement partout, sans espérance d'en recueillir un grain, ce qui arriva en avril. On fut contraint de bouleverser les terres et d'y semer des orges à la place. Le pain y a valu jusques à six sous la livre , et n'estoit que du gruau d'orge et d'avoine, qu'il falloit aller quérir à Chaalons, à Vitry et autres pays circonvoisins, avec beaucoup de peine et de fatigue, courant grand risque, à cause des voleurs qui estoient dans les chemins ; et n'avoit pas encore de ce pain qui en vouloit pour son argent, pour la multitude du peuple qui voltigeoit de toutes parts; de sorte que les Ghaalonnois furent contraints de garder leur ville, tant dedans que dehors, de mesme les portes bouchées, aussy bien qu'à Vitry-le-François, Reims et autres pays circonvoisins. Enfin, la misère estoit si grande partout, et la famine si insupportable.

' En temps ordinaire, il valait sepl ou huit sous les neuf livres. C'était donc une différence de ijuaranle-six. sous, au moins, par chaque pain de neuf livres.

que ce n'estoit que rébellion en beaucoup d'endroits, dont plusieurs personnes, tant hommes que femmes, ont esté punies quant au corps; d'autres qui ont encouru la mort par le gibet.

» Les vignes en furent pendant deux ans sans porter, tant pour cause de gelée universelle qui arriva au mois de may de l'année précédente 1708; en 1709, elles ne jetèrent que très peu de bois, de sorte qu'il a fallu arracher la plus grande partie de mort, pour la trop grande froidure de l'hiver, que l'eau geloit dans les puits, si profonds qu'ils pouvoient estre'. Enfin, la misère estoit si grande, et le peuple si consterné, que l'on pouvoit dire avoir esté deux ans entiers sans pain ni vin. Dieu nous préserve de tels accidents, s'il lui plaît ! On descendit dans cette année le suaire de saint Remy à Reims, et de sainte Geneviève à Paris *. »

La paroisse de Ghouilly, qui comptait vingt décès en moyenne, en eut trente-sept en 1709.

' Certains détails paraîtraient exagérés, si l'on ne savait que durant ce fatal hiver de 1709 les rivières, les fleuves et quelques parties de la mer ont gelé à une profondeur de 1-2 à 15 pieds. Malheur aux imprudents attardés sur les chemins! Louis XIV vendit sa vaisselle pour secourir les pauvres, et M°" de Maintenon se réduisit au pain davoine.

' Registres paroitidaux

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C'étaient là de tristes débuts pour le jeune curé appelé à recueillir Thérilage d'angoisses de Jean Mouton.

Pierre Piètrement, né à Cumières, en 1676, fut nommé curé de Chouilly le 1" janvier 1708, et installé le 19 mars suivant. Il avait trente-deux ans, et était bachelier en théologie.

Le 6 mai 1709, comme diversion à la famine, il fit refondre à Cumières, son pays natal, la petite cloche de Chouilly, par le maître fondeur Jean Lambert; et le 12 du même mois, il procédait à sa bénédiction.

« Elle a été nommée, disent les registres paroissiaux, Anne-Catherine, par messire Claude-Philippe Clozier, escuier, seigneur de Soulières, Chouilly, etc., conseiller du roy, trésorier général de France en la généralité de Champagne ; et M'"'= Anne-Catherine de Morvilliers, son épouse ; en présence de messire Louis de Brunetot, escuier, seigneur en partie de Chouilly; de Michel Lesterlin, recteur d'école; Isaac Le Dieu , Edme Randonnet , marguilliers ; Nicolas Baveret, lieutenant de la justice; Christophe Hostomme , procureur fiscal ; Pierre Milta et Louis Lambert, syndics; Jean Brugnart, Jacques Siret,

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Jean Collet, Henry Champion, tous habitants de ce lieu. »

Dix années plus tard, même opération, accompagnée de même cérémonie pour la grosse cloche.

Elle fut bénite « l'an de grâce 1719, le dernier jour de juillet, par Me Pierre Piètrement, prêtre, bachelier en théologie, curé de Chouilly, doyen rural de la doyennée d'Epernay, et nommée Marie- Anne-Ursule, par messire Alexandre-Firmin Delaistre , seigneur d'Aubigny , conseiller du roy , président, lieutenant général au bailliage dudit Epernay ; et par M"'" Marie-Anne-Ursule Deniset, son épouse ; en présence de Pierre Vallois et Augustin Collet, marguilliers ; Louis Collange et Louis Milta, syndics; Louis Vallois, lieutenant de la justice des seigneur et dame de Chouilly ; Christophe Hostomme, procureur fiscal, et plusieurs autres. »

L'acte est signé p;ir : Delaislre -Denis et d"Aul)igny, Glozier de Morvilliers de Soulières; le chevalier Olivier de Bonneval, Parchappe des Noyers, Geoffroy Parcliappe, Louis Vallois, lieutenant; Truc, Pioi're- Louis, écuycr; Delaistre.

Le nom d(!s Hrunetol ne ligure plus, cette fois,

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parmi les tc-moins dénommés ou signataires. Ces! qu'en effet la situation faite au vicomte Louis avait déterminé, en septembre 1715, le départ de cette noble lignée, qui, sous un nouveau titre, donnera un général à l'Empire, et un pair de France à la Restauration.

La descendance des comtes de Bruneteau de Sainte-Suzanne, mêlée au sang des Mêeus, des Du Boys de Riocour, des de La Tullaye, continue de nos jours les rares traditions d'honneur qu'elle tient de ses ancêtres ^

Le procès- verbal de visite de 1712 ajoute aux renseignements de celui de 1672 :

(( Il y a une confrérie du Saint-Sacrement, avec indulgences plénières accordées par Innocent XII, par sa bulle du 2 juin 1698, vue par M. de Véraucourt, le 24 décembre suivant.

» Les bâtiments de l'Hôtel-Dieu sont détruits.

» Il y a une chapelle dans le château de M. de Soulières, par une permission verbale qu'on dit avoir été obtenue, il y a longtemps, de M. Gloquet,

1 De Bruneteau de Sainte-Suzanne porte . tl'azur au lion d'or, surmonté d'une éloile de même, et accompagné de deux colonnes couronnées d'argent. — De Caumarlin. — (V. pi. XXX. iig. 5.)

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vicaire général ; elle est déceinmont uniée, mais elle n'est pas fondée. M. le Féron a permis de dire la messe dans cette chapelle, sur le procès- verbal de visite faite par M. Aubert, doyen d'Epernay, le 15 juin 1684. La permission est datée du 24 juin de la même année, et est accordée à condition que le prêtre séculier ou régulier qui dira la messe ne sera point obligé de la dire ailleurs*. »

Avec le temps, et au prix de courageux efforts, le bourg de Chouilly renaissait, pour ainsi dire, de ses cendres.

En 1722, il présentait un effectif de cent quatrevingt-six feux ou ménages, dont trois exempts d'impositions tiscales , trois insolvables , et cent quatre-vingts imposés.

Le produit des tailles, basé sur la fortune, ou, si l'on veut, sur l'indigence publique, s'élève, en cette même année 1722, à 2,818'.

En 1715, il avait été de 2,230' ; en 1716, de 2,088' ; en 1717, de 2,223' ; en 1718, de 2,160' ; en 1719, de 2,400' ; en 1720, de 2,493' ; et en 1721, de 2,569'.

Il y a loin encore de ces chiffres aux 14,829 francs 85 centimes des contributions directes de 1864.

» Àrch. de la Manie. — Ibid.

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Aussi, au mot Chouilly, le contrôleur observait-il avec plus d'à-propos que d'orthographe : « Vignoble et labeure médiocre ; paroissiens onts de la peine de se racomoder depuis leurs incendie (sic). * »

1 Etat pov,r les coupes des tailles, 1722. — Ms. de la Bibl. ilEpernay.

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