‹ Étude historique sur ChouillyChapitre 22 sur 44 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Ja('(|ues Chiiruel aohMe île Mme de Vezilly. — Moit de Pierre Piétrciiierit — Un religieux carme dessert la paroisse. — Jean Discours. — Supplique de Itant de Beaurepaire. —Testament de Jean Milta. — In mot sur les Collange de Ghouilly. — Visite du coadjutcur. — Funérailles de Jean Discours. — Jean-Antoine Gentilhomme, — Jean-François Lethinois. — Nicolas-Reray Duretcste, curés successifs.

Ce fut. en 1722 que la portion de Marie-Madeleine de Castille, c'esl-à-dire les trois quarts de la seigneurie de Ghouilly, eut pour acquéreur Jacques Charuel.

Né le 19 février 1682, de Robert CharueP, avocat, puis assesseur en la maréchaussée d'Epernay, et de Marie de Verger, Jacques avait dix-neuf ans lorsqu'il hérita de plus de cent mille écus, de Charuel

1 Charuel porte : d'azur au chevron d'or, accompagné de trois massacres de même. (V. pi. XXX, iig. il.)

U'H r.HOUILLY. -201

de Sancy, son grand-oncle, décédé en 1701 . La moil de son oncle Charnel de Breuil, arrivée en 1709, et la cession des biens de Charnel de Cuis, son frère, moyennant une rente viagère, éteinte en 1724, ne firent qu'augmenter l'éblouissante fortune de Jacques.

Devenu maître des comptes à Paris, en 1710, il vendit la maison paternelle d'Epernay seize mille livres au subdélégué Philippe Denizet , el le vendangeoir maternel d'Ay, quatre mille livres au sieur Billecart, conseiller à Ghâlons ; après quoi, il crut pouvoir se lancer dans les grosses dépenses et les folles entreprises.

Le vendangeoir qu'il ht bâtir à Ay et une autre maison sur le quai des Théatins lui coûtèrent l'énorme somme de quatre-vingt mille écus (240 mille livres).

Ruiné en moins de quinze ans, il se vit forcé de vendre sa charge de maître des comptes, et mourut insolvable, à l'âge de cinquante-cinq ans, en 1737.

Il avait épousé, en 1711, Marie-Ursule-Elisabeth Charpentier, née à Paris, le 25 septembre 1695, de Jean-Arnaud Charpentier, maître des comptes, et de Elisabeth Antissier. Elle était dans sa treizième

année lorsqu'elle fut baptisée, le 1" avril 1708, trois ans seulement avant son mariage. Justement inquiète du désordre des affaires de son mari, elle avait eu la sage précaution de se faire séparer de biens, et adjuger pour ses reprises et conventions matrimoniales, évaluées à quatre-vingt mille livres, le beau vendangeoir d'Ay, avec quarante-cinq arpents de vignes, et la terre seigneuriale de Ghouilly.

Revenons maintenant à la maison des Morvilliers.

De son second mariage avec Marie Deya \ Louis Taverne avait eu une fille, Marie-Anne, qui demeura orpheline de bonne heure.

Le 8 novembre 1734, plus de vingt-huit ans après le mariage de sa sœur aînée, damoiselle Marie- Anne de Morvilliers, de la paroisse de Notre-Dameen-Vaux de Châlons, épousait, dans l'église de Ghouilly, messire François, comte de Ligondes, capitaine dans le régiment du mestre de camp général de dragons, fils de messire Claude, comte de Ligondes, Auvilly et autres lieux, et de dame Catherine de Libœuf de Saint-Féréol ; en présence de

' Deya porte ; d'azur au chevron d'or, accompagné de trois œillets de iiièine (V. pi. XXX, fig. 9).

SI 11 iiinini.i.Y.

messire César- Ânloiiie Taverne de Morvilliers, commissaire des guerres, oncle de la future ; messire Claude-Philippe ClozierdeSoulières, son beaufrère, écuyer, président trésorier de France au bureau des linances de Chàlons ; messire Claude Deya, écuyer, greffier en chef au bureau des Qnances de Champagne; messire Jean-Baptiste Héron de Courcy, écuyer, directeur général des vivres ; et messire Pierre-Philippe de Bar, notaire royal ; tous domiciliés à Chàlons.

Cette bénédiction nuptiale donnée « par ordre et avec la permission de M^r Claude -Antoine de Choiseul, évêque- comte de Chaalons, pair de France », fut l'un des derniers actes dignes d'être relatés, de l'administration de Pierre Piètrement, qui mourut le 28 février 1740, et fut inhumé le lendemain, dans le chœur de l'église, du côté de l'épître, par Billet, curé d'Ay, doyen rural d'Epernay ; en présence de Lajoye, curé de Cuis ; Billy, vicaire de Mareuil ; Régniez, régent d'Ay.

Une dalle en marbre noir, portant une inscription très-simple, a été placée sur son tombeau, et s'y voit encore :

ETUDE IIISTORIQLE

Il avait passé trente-deux ans à Ghouilly ; Tinscriplion dit trente-trois*.

Pendant les deux mois d'intérim qui suivirent, la paroisse fut «Resservie par frère Sauveur, religieux carme, envoyé trois semaines avant la mort du titulaire. La prise de possession de Jean Discours rendant sa présence inutile, il partit, le 15 avril, rejoindre sa communauté.

Un nouveau maître occupait alors le château des Brunetot et des Morvilliers.

' Le procès-verbal de visite de 17-26 constate que Pierre Piètrement avait une servante figée do 7-2 ans. Elle devait avoir l'âge canonique!

SrU CIIOIILLY. -iO')

Héritier de leurs droits, il voulut l'être aussi de leurs privilèges. Le 4 mars 1741, il écrivait à l'archevêque de Reims, Armand-Jules de Rohan ;

« Supplie et remontre très-humblement Louis- Charles Itant de Beaurepaire ', escuyer, seigneur de Chouilly, lieutenant de la grande-fauconnerie de France, disant que sa maison seigneuriale dudil Chouilly, où il fait sa résidence actuelle, étant fort éloignée de l'église, et le chemin qui y conduit trèsfâcheux en hyver, de sorte qui luy seroit quelque fois presque impossible de pouvoir aller entendre la messe; pourquoy il anroit esté permis aux seigneurs prédécesseurs du suppliant, de dresser une chapelle dans le château dudit Chouilly, et y faire célébrer la messe, comme il appert par une supplique présentée le six juin 1684, et respondu par messire Leferon, vicaire général ; vu que la mesme permission auroit esté continuée à M. de Soulières, mon prédécesseur immédiat. Ce considéré, Monseigneur, vu le procès- verbal de visite faite par M. de Servilly, commissaire député de Votre Altesse, en

' De Beaurepaire porte : d'azur ù 1 anneau d'or, le chaton on haut, garni dun diamant au naliin'l, ù la bordure engrelée d'or. (V. pi. XXX. lig. 10. j

iOQ ETUDE HISTORIQUE

l'année 1739, par loquel il constalc do la décencf de la chapelle, comme de celle des ornements nécessaires pour le saint sacrifice de la sainte messe, il plaise à Votre Altesse de continuer au suppliant la permission d'y faire célébrer le saint ministère, aux jours de dimanches et festes chômables, pour luy, sa famille et ses domestiques. Ce faisant, il sera obligé de faire des vœux et des prières pour la santé et prospérité de Votre Altesse ^ »

Il est présumable que la requête du pieux écuyer reçut bon accueil, et que la « capelle castrale de Sainct-Joseph » , témoin, le 28 mars 1657, du baptême d'un tlls de « Toussaint Gappy, raestre d'hôtel de Sa Majesté », fui quelque temps encore pourvue d'un chapelain.

L'histoire doit signaler à la reconnaissance de tous, l'un des plus généreu\ bienfaiteurs du pays.

Jean Milta, prêtre, chanoine de l'église métropolitaine et proviseur du collège de l'université de Reims, né à Ghouilly, le 3 janvier 1G82, mourut à Reims, le 4 janvier 1759.

Par son testament olographe du 17 j.invier 1757, il fonda audit collège, en faveur de deux enfants de

' Arcli de la Marne.

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sa famille, et à leur défaut, en faveur de deux enfants de Chouilly, lieu de sa naissance, dit-il, deux bourses représentées par un capital de quarante mille livres à lui dû sur l'hôtel de ville de Paris. « Lesdites bourses seront données à des parents ou autres, à leur défaut, aussitôt qu'ils auront les premiers principes de la langue latine, et seront capables de la sixième. Ils en jouiront tout le temps de leurs études, de leur licence, même six mois après être licenciés; et si, dans le nombre des pourvus, il s'en trouve qui, après avoir fiiit leur cours de philosophie et de théologie, ne soient point appelés à l'état ecclésiastique, s'ils veulent suivre les leçons de droit ou de médecine, ils en jouiront également pendant leur licence, même six mois après leur licence finie.

» J'entends que dans le cas où il n'y auroit point de sujets pour remplir ces deux bourses, ou qu'il n'y en auroit qu'un, le revenu, soit des deux ou d'une , soit placé pour l'augmentation des bourses, à la réserve de cent livres, qui seront distribuées chaque année vacante, aux pauvres de la paroisse de Chouilly. »

Trois parents du testateur et un jeune homme de

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Chouilly profitèrent dos Ijoursos pour leurs études; et puis, ce fut tout : l'œuvre de Jean Milta disparut à jamais dans le gouffre révolutionnaire. . Marie Gollange, sa mère, était petite-fille du procureur fiscal Henry Gollange, l'ami de Turenne, et nièce d'Alexandre Gollange de la Griffa inc, chevalier de Saint-Louis, aide-major au régiment de Beaupré-Choiseul, mort de ses blessures, en 1721, après quarante-deux ans de service militaire.

Un autre de ses oncles, Nicolas Gollange, d'abord enseigne de la compagnie de la Roche-Guyon, puis garde de la marine, au département de Rochefort, est décédé major du régiment des Milices à la Martinique. Il était l'aïeul de ce M. de Gollange, capitaine à la Guadeloupe, sur ses terres au Lamentin, qui, le 23 janvier 1772, faisait adresser par un sien ami, à un peintre de Troyes, en Gliampagne, nommé Gossard, ces mots révélateurs d'une des plus hideuses plaies de l'époque : « G'est un frère quia du

la lumière Que le G.-. A .-. D.-. l'U.-.» étende

sa toise bienfaisante sur vous et tout ce qui peut vous appartenir! »

» Que le grand arcliilecle de l'univers farmulv de la

frwnc-ma çonnrric .

.sua CHOUILLY. 209

Mieux valaient pour Ghouilly les libéralités du vertueux chanoine Jean Milta, surtout si la jouissance en eût été plus durable.

Le 6 mai 1760, Jean Discours recevait solennellement, dans son église, Henry, évoque de Sidon, coadluieur-suff'ragant de l'archevêque de Reims, Ms"" de Rohan.

A l'occasion de cette visite, le prélat ordonne : « d'agrandir la fenêtre des fonts, pour y procurer plus de jour, et de réparer les portes du cimetière pour que les bêtes ne puissent y entrer. »

La fenêtre à plein cintre, remplaçant l'un des oculus du portail, n'a pas eu d'autre origine.

Le millésime de 1752, sculpté en relief sur l'abatvoix de la massive chaire à prêcher, et celui de 1765, sur la stalle du chœur, rappellent que cette ornementation provient de Jean Discours, mort à soixante-douze ans, le 7 janvier 1768.

Dés l'année 1763, condamné au repos par ses infirmités, il s'était fait donner pour vicaire « maître Jean-Baptiste de Sainte-Olive, » auquel succéda bientôt Nicolas Gaurette.

Sa dépouille mortelle repose au côté gauche du

liriiK FIISTOHtOrE

chœur de l'église, sous une dalle tumulaire qui raconte les vertus et le mérile de ce bon prêtre :

D. o. IVI c Y GIT V

MAITRE lEAN DISCOU RS VIVANT PRÊTRE CURÉ DE CETTE PAR OISSE LEqUEL APRÈS L'AVOIR GOUVERNÉE PENDANT 28 ANS ET S'ÊTRE RENDU RECOM MANDABLE PAR SON ZÉLÉ SA CHARITÉ ET SON AT TACHEMENT ENVERS SES PAROISSIENS EST DÉCÉDÉ EN LADITE PA.SE LE 7

■ Ar-. iTOOA rM-TO REqUIESCAT

lA.R 1768 A. DE 72 ,s pace.

Les derniers honneurs lui furent rendus par Louis Martin , curé de Plivol , et doyen rural d'Epernay, en présence de plusieurs curés du voisinage , et de Gaurette, vicaire de la paroisse.

Jean-Antoine Gentilhomme, prêtre, docteur en théologie, âgé de trente-trois ans, pouvait espérer une longue carrière, suivant les probabilités de la vie humaine. Malheureusement, une maladie de

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treize jours le conduisit au tombeau, après six années de ministère à Cliouilly, et quinze années et demie de prêtrise. Il mourut le 26 septembre 1774, et fut inhumé le surlendemain dans l'église, sans qu'aucune pierre marquât le lieu de sa sépulture.

L'acte est signé par Legeniil, doyen rural d'Epernay, et curé d'Oiry, qui présida les obsèques ; Lajoye, curé de Guis ; Gonel, curé de Tauxières ; Gaucher, curé de Louvois ; Bonnette, curé de Fontaine; Dufour, curé de Bisseuil ; Mitteau, curé d'Avenay ; Sénéchal, curé de Dizy ; Lalouasse, curé de Flavigny ; Arvier, curé d'Athis ; Harlin, curé des Istres ; Gailla, curé de Mutigny ; Hingot, curé deMancy ; Alexandre, curé de Mont-Félix (Ghavot) ; Fissier, curé de Saint-Imoges.

A vingt ans de là, ce dernier aura le triste courage de se présenter à Ghouilly, comme prêtre constitutionnel pour « exercer le ministère du culte sous la dénomination de culte catholique », c'est-àdire, schismatique.

Maître Legentil, curé d'Oiry, remplit la vacance jusqu'à la nomination de M. Lethinois, qui eut lieu le 25 octobre 1774. Mais avant de se fixer à Ghouilly, le nouveau titulaire chargea provisoirement de

la desserte Joseph Saisse, qui s'intitule curé de Sainte-Marie-à-Py.

Le premier soin de Jean-François Lethinois fut de hâter la restauration de son presbytère. La voûte des trois caves menaçait de s'effondrer, et le mur de la façade nord du corps de logis, quoique relevé après l'incendie de 1707, avait déjà besoin d'être refait à neuf.

Le 10 novembre 1775, une assemblée générale de la communauté « convoquée au bruit du tambour, suivant l'usage, et tenue sur la place ordinaire », consentit aux réparations projetées.

Vingt jours après ce meeting populaire, le devis, dressé par le sieur Hurault de Sorbée, sous-ingénieur des ponts et chaussées au département de Reims, recevait l'approbation de Gaspard -Louis Rouillé d'Orfeuil , intendant général de Champagne.

Au mois de mai suivant, commençaient les travaux, dont la dépense atteignit le chiffre de 1513 livres 16 sous 10 deniers.

Lethinois demeura quatre ans à Chouilly. Il eut pour vicaire Jean -François Talon, docteur en théologie, chapelain des chapelles de Saint-Ponce

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et de Sainte-Reine, litres apparemment des bénéfices dont il était pourvu.

Nicolas-Remy Dureteste, installé le 28 novembre 1778, clôt la série des curés catholiques avant la Révolution, dont il fut témoin et presque la victime.

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