Chapitre deuxième ^^n
résulta du changement de gouvernement. Dés la fin de septembre ils avaient repris possession de la plupart des communes du district de Sillé, cl ils menaçaient d'une attaque le chef-lieu lui-même. Encouragés par les modifications que subissait l'administration républicaine, ils ne tardèrent pas à reparaître aussi dans les environs de Fresnay et de Douillet (1). Le 4 novembre, ils envahissaient au nombre de trente ou quarante la commune de Sougé, et le soir même ils étaient rejoints près de Saint-Paul-le-Gaultier par une centaine de gardes nationaux de Fresnay, lancés à leur poursuite. « Là, dit le rapport officiel de l'agent national, les deux » partis séparés par une petite rivière se chargèrent ; soixante coups de fusils » furent tirés de part et d'autre. Enfin nos volontaires franchirent la rivière et » donnèrent la chasse aux Chouans c|ui paraissaient peu désireux de voir les » Républicains de plus près. Un seul de ces brigands fut arrêté et fusillé ; on » présume qu'un autre a reçu un coup de fusil, mais il n'est pas resté sur place. » Trois fusils ont été pris et nous n'avons eu personne de blessé » (2).
C'est donc pour ainsi dire au bruit de la fusillade que se fit le 15 novembre, en vertu de la Constitution de l'an III qui avait créé les municipalités de canton, l'élection de l'agent national de la commune do Douillet. Le citoyen Charles Le Sage fut élu, et on lui doima pour adjoint, quelques mois plus tard, le citoyen Michel Besche. Le premier de ces choix semble avoir été assez agréable à l'administration, mais le second beaucoup moins. Dans tous les cas la prudence et la modération étaient plus nécessaires que jamais, car les Chouans parcouraient le pays en tous sens, et le 19 janvier les habitants de Sougé, menacés d'une seconde invasion, étaient obligés de couper en toute hâte le pont du Gué-Ory.
Au premier abord, le général Watrin, commandant la 8" division, voulut essayer de la persuasion qui avait si bien réussi à Aubert-Dubayet. Le 10 février, tout en déclarant la ville du Mans en état de siège, il adressait aux communes insurgées une proclamation dans laquelle il disait : « Braves habitants ! Il est » temps que vos malheurs cessent et que vous ne restiez pas davantage en proie » à la fureur et à la barbarie d'hommes qui organisent le crime dans vos » contrées.... Toutes les mesures sont prises pour mettre fm aux horreurs des » chefs des Chouans ; ils ne viendront plus vous égorger dans vos chaumières.... » La République oublie vos erreurs, vous accorde un pardon généreux et ne vous » demande que la reddition de vos armes (3) ». Mais cet appel ne fut [las entendu, les paysans du Maine ayant de trop nombreux motifs pour ne plus croire aux
(1) Arcli. de la Sartlie, L. l'2 : 20 — 9 : 3.
(2) Arch. de la Sartlie, L. 5 : 10.
(3) Arch. de la Sartlie, L. 22 : 47.
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paroles des autorités républicaines. Le 15 fé\Tier il fallut proclamer l'état de siège à Fresnay ; quelques jours après, trois hommes étaient assassinés « par des Chouans étrangers » à Saint-Aubin, à Douillet et à Saint-Georges (1) ; les jeunes gens de la réquisition refusaient partout de rejoindre leurs corps, et l'agent national de Fresnay n'osait sévir, « de peur de faire aller aux Chouans cette masse » de recrues » (2).
Bien plus, au commencement de mars 1796, Charles de Tilly, qui commandait en chef les royalistes du district de Fresnay, répondait vigoureusement au général "Watrin par la déclaration suivante, remise le M à l'agent national de Montreuil-Je- Chétif : « Nous, officiers de l'état-major d'une des colonnes de l'armée catholique » et royale. Considérant que dans le nombre des paroisses où les royalistes » reconnaissant la seule autorité légitime ont pris les armes pour maintenir le » gouvernement de leurs pères, les rebelles n'ont pas cessé de proclamer des » réquisitions par le moyen de leurs agents illégalement nommés. Considérant » que nous avons toléré trop longtemps ces abus. Avons arrêté et arrêtons ce qui » suit : A compter du jour de la présente proclamation, toute personne qui aura » exercé un acte, comme chargé d'un emploi oii il aurait été nommé en vertu de » l'autorité que s'est arrogée la soi-disante Convention nationale, sera fusillée sur » Is champ et sans aucun délai. Toute personne qui sera convaincue d'avoir porté » dans les villes le tribut des impositions ou des réquisitions exigées par les » rebelles, sera fusillée sur le champ. Tout pauvre ou personne d'une ville qui » ne serait pas particulièrement connu des royalistes, et qui sera trouvé à par- » courir les campagnes, sera fusillé sans aucune forme de procès. 11 est ordonné » sous les mêmes peines aux ci-devant agents nationaux à qui on remettra la » présente proclamation, de la faire copier, afficher et répandre dans les cam- » pagnes, afin que personne n'en puisse alléguer la cause d'ignorance. Fait au » quartier général des royalistes, le 4 mars 1796, an II du règne de Louis XVIII. » D'Escarhoville, chef de colonne ; Chauvalon ; le chevalier de Monjaroux » (3). Cette proclamation était inexécutable mais fort habile. Elle terrorisait les autorités et rappelait aux paysans leurs deux principaux gi'iefs contre la république : les réquisitions et les impôts. Aussi le commissaire du Directoire à Fresnay s'empressa-t-il de l'envoyer au commissaire' du département, qui l'expédia à son tour au général Hoche et au ministre de la guerre.
Charles de TiUy du reste ne se contente pas de menaces. Le 12 mars il envoie
(1) Arch. de la Sarthe, L. 21 : 21.
(2) Arch. de la Sarthe. Ibid.
(3) .^rch. de la Sarthe. Ibid.