Chapitre deuxième §6i
» tances (1) ». — Le 13, Mont-SaiiU-Jeaii est envahi, et l'arbre de la lib:'rté encore une fois abattu. Le 17 quatre cents chouans occupent Montreuil. Les administrateurs de Fresnay, aux abois, fortifient leur ville, réclament une compagnie de la 40° demi-brigade et la proclamation de l'état de siège, « sous peine d'être à la merci des révoltés (2) ». — Enfin, dans la nuit du 22 au 23 novembre, l'orage s'abat directement sur la commune de Douillet.
Depuis longtemps les Chouans considéraient comme un de leurs principaux adversaires l'agent national, à l'influence et aux efforts duquel ils attribuaient ce revirement politique qu'une partie des habitants de Douillet avaient subi depuis le 18 fi'uctidor. En outre, c'était entre eux et lui une question personnelle, car il les avait poursuivis à plusieurs reprises avec ardeur, et il avait obtenu, spécialement dans ce but, l'autorisation de porter toujours des armes sur lui (3). Maîtres du pays, les Chouans résolurent de payer leurs dettes et d'infliger une leçon à leur ennemi. A la tombée de la nuit, une centaine d'insurgés pénètrent dans le bourg, cernent la maison du citoyen Galpin, qui par bonheur était alors réfugié à Fresnay avec ses enfants, enfoncent les portes, jettent par les fenêtres les marchandises et le mobilier, et poussent le génie de la destruction jusqu'au point d'abattre les cheminées et de couper les poutres. Au reste ils auraient certainement k flambé » l'immeuble sans la crainte de brûler les maisons voisines. Le couplait, comme ils voulaient atteindre exclusivement l'agent national, ils se gardent bien de commettre le moindre dégât chez les habitants ; mais, ayant découvert « dans les magasins de l'ennemi » une certaine quantité de cierges, ils se les distribuent et célèbrent leur exploit par une brillante illumination. Puis ils se retirent paisiblement (4). Le lendemain, la garde nationale de Fresnay arriva en toute hâte avec le malheureux propriétaire , et nécessairement ne rencontra plus l'ennemi ; quant à celle de Douillet , si vaillante au dire de Posté , elle était rentrée sous terre.
Cette aventure produisit non-seulement sur la victime, mais encore sur toutes les autorités du pays, une vive impression. Le 25 novembre par exemple, le commissaire du canton d'Assé écrit au commissaire central de la Sarthe : « Citoien » Collègue. Je vous annonçais par ma lettre du 2 frimaire courant que les Chouans » avaient évaqué ces contrées. Ils n'ont point été loin les célérats brigands ! La » nuit du 2 au 3, ils sont tombés aux environs d'un cent dans la commune de
(1) Arch. de la Sarthe, L. 21 ; 11.
(2) Arch. de la Sarthe, L. 12 : 9.
(3) Arch. de la Sarthe. Ibid.
(4) Chroniques, f» 45.
262 Douillet-le-Johj depuis il89
» Douillet , où ils ont couché et exercé tous pilliages. Ils ont tout » brisé chez le citoyen Galpin , agent de Douillet , portes , croisées , » armoires, et généralement (commis) tous brigandages.- Heureuse - » ment qu'ils ( les propriétaires ) avaient quitté la maison, et tiré une » grande partie de leurs meubles. Ci nous n'avons de la troupe avant peu, notre » pays est perdu (1) ». Et plus tard, le 13 décembre, le commissaire de Fresnay écrit à son tour ; « Les mécontens n'ont laissé aucun forfait à commettre dans la » maison de l'agent municipal de Douillet. Non contens de briser les meubles » qu'ils y ont trouvé et d'emporter avec eux une grande partie du mobilier, con- » sistant en effets de tout genre et marchandises, la fureur les a portés jusqu'à » casser toutes ses portes et croisées. La perte de ce brave républicain est estimée » à sept ou huit mille livres (2) ».
Comme nous l'avons dit, cette leçon était pour les Chouans leur revanche des élections du 30 mars. Ce fut leur dernier exploit à Douillet. D'une part, le coup d'état du 18 brumaire venait de li\Ter la France au général Bonaparte, et dès lors de donner aux deux partis un maître peu disposé à tolérer les insurrections ; d'autre part, les chefs royalistes eux-mêmes avaient accepté une suspension des hostilités. A partir de cette époque, bien qu'occupant d'une manière presque permanente les communes de Vernie, Ségrie, Saint-Christophe et Saint-Léonard, les Chouans ne se permettent plus dans les environs de Douillet que de rares méfaits. Tout au plus s'amusent-ils encore, le 17 décembre, àbàtonner un pataud de Saint-Georges (3), le 26 à lever une contribution de 800 livres sur le citoyen Lemarchand maitre de la forge de l'Aune (4), et surtout, en gens prévoyants, à se faire délivrer des certificats de bonne conduite par les officiers municipaux! (5).
Cette dernière précaution était d'autant plus sage que la constitution de l'an VIII, promulguée le 24 décembre, consacrait tous les pouvoirs de Bonaparte. Or le vainqueur des Pyramides, devenu Premier Consul, était, comme on le sait, peu endurant. Voyant ses propositions de paix discutées, il s'emporta, lança de toutes parts une proclamation foudroyante, et donna ordre à ses généraux d'en finir. Le 31 janvier 1800, les Chouans du canton de Fresnay, vivement poursuivis depuis plusieurs jours, se faisaient écraser à Saint-Christophe-du-Jambet par une
(1) Arcli. de la Sarthe, L. 21 : It.
(2) Arch. de la Sarthe, L. 21 : 21.
(3) Arch. de la Sarthe, L. 21 : 11.
(4) Arch. delà Sarthe, L. 21 : 21.
(5) Arch. de la Sarthe, L. 12 : 20.