Chapitre troisième
culte constitutionnel. Grâce au génie et à l'activité prodigieuse du Premier Consul, ces divisions intestines, ce schisme religieux, cette anarchie pour mieux dire, devaient bientôt disparaître (1).
Tout d'abord, en vertu de la nouvelle constitution, le gouvernement réorganise la hiérarchie administrative. Le département de la Sarthe, à la tête du(iuel est placé un préfet, est divisé en arrondissements ; les arrondissements en cantons ; les cantons en communes. Douillet fait partie dès lors du canton de Fresnay et de l'arrondissement de Mamers. Le préfet nomme ensuite les conseils municipaux chargés d'administrer les communes. Dès le 8 septembre 1800 un arrêté du colonel baron Auvray désigne pour composer le conseil municipal de Douillet : MM. Jean Chatelais, Antoine Livache, Olivier Denis, Joseph Bourillon, Michel Besche, Marin Champion, René Bozo, André Theuleau, Michel Le Roy, Pierre Langlais et Charles Le Sage. M. Jean Chatelais, l'ancien chef du parti modéré pendant la Révolution, est nommé maire, et installe le nouveau conseil le 4 février suivant.
Quelques mois après, le 15 juillet 1801, le concordat est signé, et le premier soin de Ms'' de Pidoll, en arrivant dans son diocèse en 1802, est de s'entendre avec le préfet pour rétablir dans toutes les paroisses l'exercice normal du culte catholique. Malheureusement cette question devait soulever à Douillet des difficultés particulières par suite de la situation personnelle de M. Amiard. Soutenu par le conseil municipal et beaucoup d'habitants, propriétaire de l'église et du presbytère, autorisé jusqu'à un certain point par hi régularité dont il avait fait preuve dans les mauvais jours, cet ecclésiastique entendait bien rester titulaire de la cure de Douillet. D'autre part, M. Chardin était le seul curé légitime et comptait lui aussi des partisans dévoués dans la meilleure partie de la population. Comme c'était son devoir. M?"" de Pidoll essaya d'abord de maintenir le prêtre fidèle, et interdit M. Amiard. Celui-ci refusa d'obéir ; les divisions s'accentuèrent, et les esprits s'exaltèrent à un tel degré que le préfet déclara à l'évêque « qu'il devenait » nécessaire pour éviter un conflit d'envoyer à Douillet un détachement de » troupes ». — Cette solution étant inacceptable. M?"' de Pidoll résolut de changer les deux adversaires : M. Chardin fut nommé à Contilly et partit aussitôt, M. Amiard à Lignière-la-Carelle , où il ne se rendit qu'après une dernière résistance.
Mais il restait à vaincre l'opposition du conseil municipal. Invité par le préfet à désigner un local pour le nouveau desservant, il déclara le G mars 1803 n'en
(t) Ce chapitre est presque e.xclusivemeirt compose à l'aide des archives de la mairie et des Chroniques.
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connaître aucun, sous prétexte que M. Amiard était propriétaire de l'ancien presbytère ; le maire, seul de son avis, fut réduit à protester. Me' de Pidoll, usant d'une grande patience , n'envoya pas moins à Douillet un ancien religieux cordelier, M. Bourdais-Durocher, qui se présenta le 28 mars avec le doyen de Fresnay, M. Coupel , pour se faire installer. Le conseil municipal, convoqué aussitôt par le maire, persista dans sa première déclaration bien que M. Amiard semblât disposé à céder l'ancien presbytère, ajoutant que si on avait laissé M. Amiard à Douillet la commune n'aurait pas eu à supporter cette charge. Bien plus, il refusa de reconnaître M. Bourdais-Durocher. Celui-ci dut en conséquence prendre possession de l'église assisté seulement du doyen et du maire qui lui donna l'hospitalité dans sa propre demeure. — Dès le lendemain les habitants déclaraient une guerre acharnée à leur nouveau curé, et deux mois plus tard M. Bourdais-Durocher, insulté, tourné en ridicule de toute manière, était obligé de quitter Douillet.
Les membres du conseil, qui n'attendaient que cette occasion, s'empressèrent de réclamer M. Amiard, pour lequel ils professaient un véritable fanatisme, et envoyèrent même dans ce but une députation à l'évêque et au préfet, « les » suppliant de vouloir bien combler leurs vœux en leur rendant un ministre dont » ils avaient éprouvé le zèle en mille circonstances ». — Cette fois la coupe déborda. Ms'' de Pidoll, d'accord avec le colonel Auvray, leur refusa tout secours spirituel et laissa la paroisse quinze mois sans prêtre.
La population. Dieu merci, était trop religieuse pour résister longtemps à une mesure aussi radicale. Dès le 31 juillet 1803 le conseil municipal amenait son pavillon : « Monsieur l'Evéque, écrit-il à Ms"" de Pidoll, nous n'avons point su dans » notre délibération du 23 prairial dernier dissimuler les motifs qui nous déter- » minent à solliciter le retour de M. Amiard dans notre commune ; ils sont dictés » par l'affection, la reconnaissance et par des vues d'intérêt public. Nous serions » cependant bien fâchés. Monsieur l'évoque, que les démarches que nous faisons » pour nous rattacher un ecclésiastique qui nous est chair à bien des titres, » puissent nous faire supposer des sentiments exclusifs, parce que telle n'a jamais » été l'intention des habitants dans l'expresssion des vœux qu'ils ont déjà eu » l'honneur de vous adresser, et qu'il serait malheureux qu'on juge ainsi par » l'indiférence que l'on témoigna à M. Durocher, à la piété et aux vertus duquel » nous aimons à rendre justice etc.. Notre tiédeur parait l'avoir rebuté et sa » retraite nous a causé des regrets. C'est à vous. Monsieur l'Evêque, qu'il est » réservé de nous donner des consolations dansl'état d'abandon où nous sommes ; » et votre zèle apostolique nous est trop connu pour douter de votre empresse-