Chapitre troisième 2G
» ment à venir au secours d'une commune qui n'est pas indigne de votre solli- » citude, et qui s'estimera lieureuse de la moindre marque de votre bienveillance... » Nous sommes avec respect, etc. (1) ». — Les remords du conseil furent bien pires encore après le vote de la loi qui supprimait un certain nombre de succursales. Il se hâta de réclamer de nouveau un curé, avec toute l'énergie possible, dans la crainte que l'évêque et le préfet, mécontents de son attitude, ne fassent réunir la paroisse de Douillet à une paroisse voisine. Le chiffre de la population qui s'élevait alors à 1000 âmes, le commerce de toiles, le passage fréquent des marchands de bestiaux se rendant du département de la Mayenne à Paris, la situation géographique de la commune, furent mis en avant avec un soin extrême dans la délibération du 5 août ISOi ; bien mieux, le conseil annonça qu'il venait de louer un appartement pour le desservant dans l'ancien presbytère, et qu'il était résolu à racheter l'église à bref délai.
Ces bonnes intentions, ces remords sincères, ces efforts désespérés, ne pouvaient trou-ver insensible le cœur de l'évêque. Quelques jours plus tard un vicaire de Fresnay, M. René Hubert, était nommé curé de Douillet, où il arrivait dès le 26 août. Né à Sillé-le-Philippe, et d'abord vicaire à Vibraye puis à Bonnétable, M. Hubert était instruit, expérimenté, d'un caractère doux et pacifique ; en outre il avait été pendant la Révolution curé constitutionnel de MaroUes, ce qui lui donnait quelque rapprochement avec le fameux M. Amiard. Il avait donc toutes les qualités nécessaires pour plaire aux habitants de Douillet, et en effet il ne tarda pas à ramener la paix dans la paroisse. Le conseil municipal de son côté montra sa bonne volonté en lui votant un supplément de traitement de 400 fr. — A partir de ce moment la paix religieuse était définitivement rétablie à Douillet, et seuls quelques adhérents de la Petite-Eglise persistaient à faire exception, grâce au voisinage de la commune de Mont-Saint-Jean oia réside encore aujourd'hui le grand prêtre de cette secte curieuse.
M. Hubert fut d'ailleurs secondé dans son œuvre de pacification par l'influence de la famille de Montesson revenue à Douillet en -1803 ; M. Louis-Pierrc-Joseph de Montesson étant mort à Paris en 1798, la terre de Douillet, séquestrée par la nation, fut effectivement rachetée en 1802 par Antoine-Louis-Hector, vicomte de Montesson, seul survivant de ses trois fils. — Né à Douillet le 21 août 1752, élevé à la cour de Louis XV où il avait su se garantir de la contagion, puis mestre de camp au régiment d'Orléans , le vicomte de Montesson avait suivi le prince de Gondé dans l'émigration, était devenu son aide de camp, et
(,i) Registre des délibérations du Conseil municipal.
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avait été reçu par lui chevalier de Saint-Louis le 25 août 1795. Maréchal de camp en 1796, il avait été chargé avec son frère Jean-Louis, marquis de Montesson, d'organiser l'armée de la mer d'Azof. En 1802 il rentra de Russie en France, épousa en secondes noces l'année suivante mademoiselle Jeanne-Louise Hérisson de Yilliers, de Sargé près Le Mans, racheta son château 1475 fr. le 18 fructidor an XI, et reprit dès lors un rôle prépondérant à Douillet qu'il habitait une partie de l'année.
Grâce à cette triple reconstitution de l'administration, du culte, et de la propriété, la situation de la commune s'améliora et se perfectionna peu à peu. Dès l'année 1803 on avait entrepris quelques réparations aux chemins. En 1804 on reconstruit en pierre le pont du bas du bourg, qui devient ainsi « le meilleur passage de tout le pays ». La même année M. Dagues de la Hellerie est nommé percepteur des communes de Douillet et de Montreuil, à la résidence de Douillet. En 1805 la commune touche une indemnité de 1660 francs pour les pertes que lui a causées la guerre civile. Puis M. de Montesson obtient de l'ancien curé Amiard, moyennant 6500 fr., la cession de l'église et du presbytère dans l'intention de les rendre un jour k la commune. Enfin en 1806 le conseil municipal charge plusieurs délégués de rectifier les limites de la commune entre Montreuil et Saint-Georges.
Sur ces entrefaites néanmoins, une nouvelle difficulté s'éleva entre le curé et M. de Montesson au sujet du presbytère. M. Hubert se trouvant trop mal logé demanda son changement ; il fut nommé à Montreuil et quitta Douillet le 15 avril 1807 au grand regret de ses paroissiens. Ce départ mécontenta plusieurs membres du conseil municipal, qui en rejetèrent la responsabilité sur le refus de M. de Montesson de rendre l'église et le presbytère. De son côté, celui-ci voyant renaître les germes de division, ajourna de plus en plus ses projets» pour tenir la commune en respect ». Il proposa seulement de donner un terrain propre à construire à neuf un presbytère ; mais le conseil , réclamant avant tout la restitution de l'église, l'entente ne s'établit pas, et la commune resta encore trois mois sans prêtre.
Le 18 août 1807, M. Jean Sébastien Gaisneau fut enfin nommé curé. Né à Moitron et clerc tonsuré seulement en 1790, la Révolution l'avait contraint de suspendre ses études pour embrasser au Mans le commerce des toiles. Pendant la terreur il avait montré un grand dévouement en cachant au péril de sa vie plusieurs ecclésiastiques, puis, la tourmente passée, il avait été un des premiers à reprendre le cours de ses études. Ordonné prêtre en 180 i, ensuite vicaire à Montoire, il était déjà d'un certain âge lors de sa nomination à Douillet et menacé