CHAPITRE IV
L'administration municipale après 1830. — La garde-nationale : bataillon cantonal de Sougé. — Troubles de 1832. — L'instruction primaire. — Incendie de 1831. — Adresse au Roi. — Le réseau des chemins vicinaux : lutte mémorable au sujet du chemin de grande communication de Fresnay à Villaines. — Construction d'une tour. — Zèle de M. Ripault et influence de M. l'abbé Dubois. — Mb' Bouvier à Douillet. — Érection d'un calvaire. — Chemins de Fresnay à Saint-Georges et de Sougè à Montreuil. — Le chemin de fer de Paris à Rennes ; tracé par Douillet. — Nouveau cimetière. — Situation brillante de la commune de Douillet sous la monarchie constitutionnelle.
A révolution de 1830 n'entraîna pas de changements importants dans la situation politique et administrative de la commune de Douillet. Dans la plupart des campagnes, en eilet, sa principale conséquence fut d'enlever à la noblesse la direction des affaires communales pour la faire passer h la bourgeoisie ; or, M. de Montesson étant mort quelques mois avant la chute de Charles X sans laisser d'enfants, le rôle politique de la noblesse était par la même terminé à Douillet antérieurement au.x événements de 1830. Le maire seul fut changé, car la nouvelle administration départementale, à laquelle appartenait toujours la nomination des maires, ne pouvait, en apparence au moins, accorder sa conlianceà un agent choisi par le précédent gouvernement. Le 1" septembre 1830 M. Michel Le Roy remplaça ainsi M. René Bozo, qui lui même avait succédé le 21 février à M. de Montesson. Hâtons-nous d'ajouter qu'en réalité ce changement était purement nominatif : la plus grande part d'influence resta comme auparavant aux membres de l'ancien conseil municipal, au percepteur et au curé, qui tous unissaient leurs efforts, dans un accord parfait, pour conduire les affaires de la commune, sous la haute direction de M. l'abbé Dubois, leur intermédiaire naturel auprès du préfet et des autorités départementales (1).
(1) Comme le précédent, ce chapitre est presque exclusivement composé d'après les archives de la mairie et les Chroniques,
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Mais si les habitants de Douillet n'éprouvaient pas le besoin de modifier d'eux-mêmes la ligne de conduite qu'ils avaient adoptée depuis plusieurs années, ils n'en étaient pas moins préparés par la force même des choses à suivre l'impulsion considérable que le gouvernement de Louis - Philippe s'empressa de donner à certaines branches de l'administration communale. Cette impulsion se produisit sous la forme de quatre grandes lois, dont nous aurons successivement à constater les effets : la loi municipale, la loi sur l'organisation de la garde-nationale, la loi sur l'instruction primaire, la loi sur les chemins vicinaux. Ces lois provoquèrent une série de progrès incontestables, et firent en général le plus grand honneur au nouveau gouvernement que la France s'était donné.
Nous n'avons pas à étudier ici, il est vrai, la loi du 21 mars 1831 sur l'organisation municipale : il nous suffira de rappeler, d'une part qu'elle contribuait à développer la vie communale en rendant pour la première fois les conseils municipaux électifs, d'autre part qu'elle écartait avec sagesse les dangers d'une autonomie excessive en établissant le suffrage restreint. Les électeurs se divisaient en deux catégories : les citoyens les plus imposés aux rôles des contributions directes de la commune, dans une proportion basée sur la population ; les citoyens exerçant certaines fonctions. A Douillet le nombre des électeurs communaux s'éleva, en vertu de cette loi, à 30 emiron. Ils se réunirent le 9 octobre 1831 pour élire le conseil, dont l'installation eut lieu le 30 du même mois. M. Michel Le Roy se trouvant au nombre des élus resta maire sans difficultés, puisqu'aux termes de la nouvelle loi le maire devait être choisi par le gouvernement dans le sein du conseil municipal.
L'organisation de la garde-nationale vint ensuite absorber toutes les préoccupations. A la suite des émeutes qui avaient ensanglanté plusieurs points de la France, à la veille d'une tentative d'insurrection légitimiste, les communes de la Sarthe avaient été unanimes pour reconnaître l'urgence de constituer une force publique, capable de maintenir l'ordre et de rassurer les citoyens. Dès le 29 septembre 1830, les autorités municipales de Douillet avaient formé dans ce but une compagnie de 172 hommes, dont 70 environ armés immédiatement de fusils de chasse : c d'anciens militaires ayant un gi'and intérêt au maintien de l'ordre et » d'une conduite irréprochable avaient été élus pour officiers » (1) ; enfin plusieurs fermiers, heureux de cette création, s'étaient empressés de s'équiper à leurs frais. L'administration n'eût donc qu'à encourager ces premières dispositions. Le 12 novembre, le conseil municipal affecta au service de la garde-nationale une somme
(1) .\rchives de la mairie de Douillet, série H.