Chapitre quatrième
de 200 f. destinée à des travaux de charité, puis une imposition extraordinaire de cinq centimes. Enfin le 22 mars 1831, le lendemain même de la loi municipale, paraissait une nouvelle loi réglant d'une manière complète l'organisation des gardes-nationales, loi qui fut aussitôt appliquée.
La garde-nationale de Douillet forma deux compagnies, l'une de grenadiers, l'autre de chasseurs, de 80 hommes environ chacune. M. Christophe Beaufrère, ancien capitaine des hussards de la garde-impériale, chevalier de la légion d'honneur, fut nommé capitaine de la première ; M. Triger capitaine de la seconde. Ces deux" officiers, les lieutenants et sous-lieutenants, furent reconnus par les hommes le 18 juillet 1831. L'État avait envoyé trente fusils, qui, en s'ajoutant aux fusils de chasse, portèrent le nombre des gardes nationaux armés à une centaine environ. En outre la plupart de ces derniers furent équipés : ils portaient le schako, les épaulettes, la blouse bleue liserée de rouge, la ceinture tricolore et les buffleteries blanches. En même temps un règlement, spécial à la commune de Douillet, établit une réunion chaque dimanche pour les hommes non mariés, détermina rigoureusement l'ordre du service et la nature des punitions. Quelques mois après, cette première organisation était encore complétée par la formation des bataillons cantonaux. Les gardes nationaux de Douillet, fusionnés en une seule compagnie commandée en premier par M. Beaufrère et en second par M. Triger, furent incorporés sur leur demande dans le bataillon de Sougé, que composèrent dès lors les compagnies de Sougé, Saint-Georges , Assé , Saint- Victeur, Saint-Paul, Saint-Léonard et Douillet. Non-seulement ce gro'upemont convenait effectivement au point de vue géographique, et sous le rapport de l'uniforme qui était le même dans ces différentes compagnies, mais encore une sympathie particulière avait toujours uni ces communes et elles étaient à l'avance disposées à se prêter un appui réciproque. Toutefois les officiers de Douillet demandèrent au sous-préfet de les dispenser de réunions trop fréquentes au chef-lieu du bataillon, à cause de l'obstacle que leur offrait la Sarthe « qui coupait » les communications avec Sougé trois à quatre mois l'année, et qu'il fallait » passer dans de petits bateaux rarement en bon état » (1). Le 19 février, les officiers du nouveau bataillon se réunirent à Sougé pour choisir un commandant : M. Chaignon fut élu, mais remplacé dès le 18 mars par M. Buon, maître de la forge de la Gaudinière. M. Triger fut nommé capitaine adjudant-major, et chargé de rédiger le règlement de service du bataillon, de surveiller l'instruction des cadres et l'établissement des contrôles ; en un mot ce fut lui « qui contribua le
(1) Registre des délibérations du conseil municipal.
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» plus par son zèle et son activité à l'organisation des gardes-nationales du canton » qu'il était urgent de voir s'établir » (1).
Et en effet l'année 1832 devait être marquée dans certains départements de l'Ouest par une insurrection sérieuse ; l'ordre public était menacé, les campagnes très-inquiètes. Dans les environs de Douillet, l'imagination aidant, on crut bientôt voir reparaître ces terribles Chouans, dont le nom avait laissé de si tristes souvenirs dans le pays, par suite des excès des faux Chouans ou des « Chouans rendus ». Il y eut des paniques effroyables sans aucun motif: on établit des postes dans les villages, on fit des patrouilles, on monta la garde jour et nuit ; bien plus, un détachement de la garde-nationale de Douillet dut partir un soir en toute hâte pour Mont-Saint-Jean, dont les habitants, se croyant menacés par les Chouans, sonnaient le tocsin à coups redoublés et appelaient à leur secours toutes les communes voisines. La contrée cependant en fut quitte pour la peur et un excès de précautions ; l'arrestation de la duchesse de Berry mit fm îi l'insurrection avant qu'aucun événement grave ait pu s'accomplir.
Depuis cette époque il est d'usage en quelque sorte de tourner en ridicule les gardes-nationales de ISSO, de considérer ces soldats citoyens comme des héros d'opéra-comique, et de leur refuser tout rôle sérieux. Cette tendance a été exagérée, croyons-nous, et il y a lieu de distinguer. Au point de vue militaire, la garde-nationale fut toujours une détestable institution : une troupe placée sous les ordres de magistrats civils, maires ou préfets, ne peut être une troupe sérieuse, et sera toujours incapable d'opposer une résistance quelconque à des soldats. Au point de vue social seul, la garde-nationale eut, en i830, dans les communes rurales, dont la population était aussi honnête que paisible, certains avantages incontestables : d'abord celui de rassurer l'opinion publique en mettant les campagnes en état de se défendre au moins contre les malfaiteurs, les incendiaires, les aventuriers de tout ordre ; ensuite elle contribua à développer les l'apports entre les habitants honnêtes, à augmenter la cohésion entre les citoyens d'une même commune ; enfin quelquefois, dans les compagnies bien organisées comme celle de Douillet, elle fit naître l'esprit de clocher sinon l'esprit de corps, une mutuelle confiance entre les autorités et les administrés.
La garde-nationale réorganisée, la tentative légitimiste réprimée, et l'ordre public assuré, le gouvernement songea aussitôt à l'instruction primaire pour laquelle aucun effort efficace n'avait été tenté depuis 1789. Cette question était d'autant plus importante désormais que le système électoral, admis par la loi municipale,
(t) Notes de M. le commandant Buon.