Chapitre quatrième
restreint par la construction du cliccur, de la tour, et par l'élargissement de la voie publique : il était devenu insuffisant, et dès 1843 on avait pris la résolution de le transférer dans le terrain donné en 1639 par M" Jean de Montesson. Les travaux de clôture terminés, la bénédiction solennelle en fut feite le 10 juin 18-45 par M. l'abbé Dubois, dont le discours rempli de touchants souvenirs fit, parait-il, couler bien des larmes. — Quant aux travaux de la sacristie, approuvés dès le 5 mars, ils furent commencés le 13 juin et s'achevèrent dans le cours de l'année : ils coûtèrent 764 fr. sur lesquels M. Dubois obtint encore du gouvernement une subvention de 260 fr.
L'année 1846 s'annonce mal. A la suite d'un hiver pluvieux et orageux, la rivière d'Orthe gi'ossit tout à coup le dimanche soir 25 janvier dans de telles proportions que ses eaux inondent toute la partie basse du bourg ; les communications sont coupées et le service de la poste interrompu. En même temps, le conseil est obligé de protester avec énergie contre un nouveau tracé proposé pour le chemin d'Alençon à Sillé, tracé qui sacrifie entièrement Douillet et Montreuil à la seule commune de Mont-Saint-Jean. — Toutefois l'abandon de l'ancien cimetière permet d'élargir de nouveau la rue de deux mètres, amélioration importante pour le bourg, puis facilite indirectement la négociation d'une affiiire pendante entre la commune et M™" de Montesson au sujet de l'établissement des soeurs, qu'il était urgent d'agrandir. En cédant en effet à M""" de Montesson un passage dans l'ancien cimetière pour faire une avenue à son château, on la décide à construire un étage à la maison des soeurs. Les travaux s'exécutent en 1847 et s'élèvent au chiffre de 3,000 fi-., pendant que de son côté M. Ripault dépense encore un millier de francs pour l'aménagement de la nouvelle sacristie et de l'église.
Mais il était temps de terminer toutes ces améhorations, car l'année 1847 devait être orageuse et difficile à passer. Une disette générale, la cessation du travail, l'accroissement considérable du nombre des pauvres, exigèrent de grands sacrifices de la part de tous. Les habitants se taxèrent proportionnellement à leur contribution mobilière ; les uns donnèrent par semaine cinq, dix, ou quinze livres de pain, les autres de vingt à soixante-douze. Chaque semaine pendant sept mois le curé put ainsi distribuer 530 livres de pain à 45 familles, sans compter 1501ivres données généreusement aux pauvres de Montreuil. Cela n'empêcha pas la commune de Douillet d'être encore envahie par d'autres pauvres, étrangers au pays, qui se livrèrent parfois à des voies de fait pour intimider les fermiers. Il résulta de cette situation, générale en France, des murmures, des troubles ou des incendies : comme toujours le peuple rendit le gouvernement responsable de
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ses souffrances, et ce mécontentement favorisa les intrigues ou les ambitions politiques. Le 22 février 1848 Paris s'insurgeait dans les conditions les plus surprenantes ; le 24, Louis-Philippe partait pour l'exil, et la France se trouvait de nouveau en complète révolution au moment même où l'abondance exceptionnelle de la dernière récolte, abondance de grain, de pommes et de raisin, allait rendre aux campagnes la paix et la tranquillité.
Si maintenant, pour résumer ce chapitre, nous cheichons à déterminer la situation générale de la commune de Douillet sous la monarchie constitutionnelle, nous n'hésiterons pas à dire qu'elle fut particulièrement prospère. — Au point de \'ue administratif en effet, la vie municipale, sagement développée par la loi de 1831, dirigée par des hommes intelligents et unis, acquiert une vigueur exceptionnelle. Les intérêts de la commune sont défendus avec énergie et perspicacité. Les ser\"ices de l'instruction publique et de la voirie font de rapides progrès. Le conseil municipal montre un véritable esprit de corps. — Au point de vue religieux, les efforts et la piété de M. le curé Ripault, l'action bienfaisante de M. l'abbé Dubois, transforment la paroisse. Des manifestations brillantes, des œu\Tes de charité, des travaux importants, réveillent chez tous la foi, l'ardeur et le dévouement. Dès 1833 il a fallu rétablir un vicaire et adjoindre à M. Ripault, pour les besoins du ministère, M. l'abbé François Corroyeur, qui resta dix ans à Douillet, d'où il fut transféré à Arnage. — Au point de vue économique, la construction des chemins vicinaux favorise dans des proportions étonnantes le développement de l'agriculture et de l'industrie. L'emploi de la marne, récemment découverte sur plusieurs points de la commune, fertilise les terres et double leur rendement. La fabrication des toiles, dites de Fresnay, alors si appréciées, occupe un grand nombre d'ouvriers et enrichit la contrée. La forge de l'Aune de plus en plus active, fabrique 200,000 k. de fer pliant par an, et expédie ses produits dans la Sarthe, l'Orne et le Calvados.
Comme toujours, cette prospérité se traduit par un mouvement jusqu'alors inconnu et une animation remplie de gaieté. La fête patronale de la saint Pierre, les revues de la garde-nationale, la saint Eloi, fête des forgerons, la saint Bonaventure, fête des tisserands, sans parler des grandes fêtes religieuses dues à l'initiative de MM. Dubois et Ripault, sont autant de jours joyeux, attendus avec impatience d'une année à l'autre. Ils multiplient les rapports de la population entre elle, les rendent plus agréables, exercent ^une influence moralisatrice sur les caractères, développent l'esprit de clocher, et reposent ces rudes travailleurs de leurs fatigues journalières.
Enfin, et ce sera pour nous une preuve décisive de la prospérité de la
PLAN DE L'ANCIRNNE ÉGLISE DE DOUILLET (état de 1845 A 1874).
A. — Nef ( église primitive ).
B. — Ancien chœur.