Chapitre quatrième ê
nouvelle épidémie de fièvres typho'ides. Dans l'espace de quatre mois deux cents personnes furent atteintes ; mais grilce aux soins dévoués des sœurs de charité et aux efforts du curé qui multiplia les secours, beaucoup furent sauvées : vingt-deux seulement succombèrent. Cette épidémie comme les précédentes ranima la dévotion à Saint-Michel de la Courbe, où la paroisse fit un pèlerinage général.
Pendant ce temps la commune, fidèle au plan qu'elle s'était tracé, poursuivait sans relâche la construction du réseau des chemins vicinaux. Après avoir terminé les chemins de Fresnay et de Saint-Georges, elle avait entrepris en 1842 le chemin de Montreuil qui se trouvait très avancé vers la fin de 1843. Aussitôt elle commence à se préoccuper sérieusement de son prolongement vers Sougé et Alençon. « Nous membres du conseil municipal de Douillet, dit une délibération » du 13 août, reconnaissant utile et urgent le projet de chemin direct d' Alençon à » Sillé par Assé, Sougé, Douillet et Montreuil, nous supplions le conseil général » d'arrêter la construction d'un pont sur la Sarthe à More etc ^1) ». Ce vœu hélas ! devait rester quarante et un ans avant d'être écouté.
Sur ces entrefaites, une question plus grave encore, on peut même dire capitale pour l'avenir, vient tout Ji coup passionner les populations de la contrée ; celle de la direction de la grande ligne du chemin de fer de Paris à Rennes. En 1844 en effet, à la suite de discussions et d'études nombreuses, deux tracés principaux étaient proposés pour cette ligne : l'un par Chartres, Le Mans et Laval ; l'autre par Chartres, Alençon et Laval. Or, aux termes de ce dernier projet, la ligne en partant d'Alençon gagnait directement Sillé-le-Guillaume par Fyé et la vallée de l'Orthe ; elle passait dès lors au milieu du bourg de Douillet. D'après la disposition topographique des lieux et les études des ingénieurs du département de l'Orne, elle entrait sur le territoire de la commune à More, remontait la vallée de l'Orthe dans les prairies jusqu'au lieu dit le Papetage, coupait à mi-côte, en tranchée ou en tunnel, l'éperon sur lequel se trouve le bourg, afin d'éviter le coude trop prononcé que décrit en cet endroit la rivière d'Orthe, puis débouchait dans le parc de M™° de Montesson pour rejoindre la partie supérieure de la vallée. — L'adoption de ce tracé eut été incontestablement très avantageux à Douillet, et eut en peu d'années changé l'aspect de la commune, comme il est arrivé pour la plupart des communes situées sur le passage des grandes hgnes de chemins de fer. Le conseil municipal le comprit, et abandonna sans scrupules la cause du chef-lieu du département pour se ranger au nombre des partisans d'Alençon, dont les intérêts étaient solidaires des siens : « Nous membres du conseil municipal de
(1) Registre des délibérations du conseil municipal.
§88 Douillet-le-Joly depuis 1189
» Douillet, dit une délibération du 9 mai 18-45, désiranL voir exécuter le chemin de » fer de Paris à Rennes qui doit procurer des avantages immenses au pays qu'il » traversera ; attendu que plusieurs cantons du département de laSarthe doivent se » trouver sur la ligne qui est projetée par Alençon, et dont l'étude a été faite sur » le territoire de Douillet ; et considérant que le tracé par Le Mans, bien que » favorable au chef-lieu de département, priverait d'une communication importante » nos contrées qui n'ont aucun débouché pour les produits abondants de l'agri- » culture et de l'industrie, provenant principalement des cantons de Saint-Pater, » Fresnay, Marolles-les-Braults, Beaumontet Sillé ; que l'autre direction jouit de la » canalisation de la Sarthe et nous laisserait à l'écart de quarante kilomètres ; » Nous déclarons à l'unanimité appuyer le projet de direction de la ligne de fer de » Paris à Rennes par Alençon et la vallée de l'Orthe, avec embranchement sur » Caen et Cherbourg (1) ».
La bataille fut dure comme on le sait ; le duel acharné entre les deux villes du Mans et d' Alençon. Celle-ci enfin succomba sous les efforts intelligents des champions du Mans, qui eurent l'habileté de gagner à leur cause M. Guizot en personne. Douillet subit nécessairement les conséquences de la défaite de ses alliés et n'eut pas de chemin de fer. Il est vrai qu'un inspecteur général des Ponts-et-Chaussées, M. Robinot, partisan du tracé par Le Mans, proposa en dernier lieu, dans l'espoir sans doute de satisfaire tous les intéressés, de conduire la ligne du Mans jusqu'à Fyé, aux portes d'Alençon, pour la faire redescendre ensuite brusquement par Douillet, la vallée de l'Orthe et Sillé. Mais ce tracé bizarre n'avait pas raison d'être, et on abandonna définitivement « les pays déserts, disait-on, de la vallée de l'Orthe (2) ». Ce fut assurément un malheur pour Douillet : au moins ce malheur profita à des amis, et la direction adoptée fit la fortune de la ville du Mans.
Cependant cette grosse question d'intérêt général ne faisait pas perdre de vue les questions locales d'un ordre plus modeste. En 1845 par exemple, la commune et la fabrique de Douillet créaient un nouveau cimetière et reconstruisaient la sacristie. — L'ancien cimetière, qui entourait l'église, avait été de beaucoup
(1) Registre de s délibérations du conseil tyiunicipal.
(■2) Un nombre considérable de brochures ont été publiées sur ce sujet. V. entre autres : Observations sur les avantages du passage par Le Mans du chemin de fer de Paris à Rennes, Alençon 1845. — La Police de JI. Robinot. — Une Réponse à la notice de M. Robinot par un auditeur au Conseil d'État, membre du conseil d'arrondissement du Mans, Paris 1846. — Une Note sur la direction à donner au chemin de fer de l'Ouest, et observations sur le tracé proposé par M. Robinot Paris 1846 etc.