‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 151 sur 188 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Crise financière de 1848. — Élections : première application du suffrage universel. — La paroisse et la commune de '1819 à i8ô-2. — Proclamation de l'Empire. — Coups funestes portés aux intérêts de Douillet. — Dernières années de M. le curé Ripault. Sa mort. — M. Triger, maire : l'instruction primaire et les chemins vicinaux. — Événements divers de 1861 à 1870. — Situation de la commune à la fin de l'Empire. — .\ffaiblissement regrettable de la vie locale : ses causes. — La guerre franco-allemande. — L'invasion. — Le ballon le Général Cambronne. — La commune de Douillet devant l'ennemi.

CCOMPAGNÉE non seulement d'un changement radical dans la forme du gouvernement, mais encore de modifications impor- ^ tantes dans la constitution politique et administrative du pays, la révolution de 1848 causa à la commune de Douillet une secousse plus profonde que la révolution de 1830. Dès la fin du mois de mars, cette secousse se manifesta par de graves difficultés pour la perception des impôts. En vain le dimanche 19, le percepteur de Douillet avaitil fait publier, tant à l'église qu'à l'issue de la messe paroissiale, un avis où il réclamait plus d'empressement de la part des contribuables, « dans l'intérêt du pays et au y> nom de l'ordre public » ; en vain renouvela-t-il cet avertissement le dimanche 26 mars en faisant de nouveau appel au patriotisme ; sa voix, pour la première fois peut-être depuis trente-deux ans, ne fut pas écoutée de tous. Beaucoup de retardataires, dont la défiance était excitée ou les atTaires compromises, persistèrent à ne pas payer leurs impôts ; au mois d'octobre les arriérés seront encore considérables et les recouvi-ements nullement en rapport avec les besoins de l'État. Ces difficultés s'accentuèrent surtout après le décret du 16 mars 1848 qui établit le fameux impôt des quarante-cinq centimes : on se rappelle d'ailleurs que cet impôt, particulièrement impopulaire, devait contribuer dans une large mesure à déconsidérer aux yeux des paysans le nouveau gouvernement.

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C'est donc au milieu d'une crise financière aiguë que se firent, le lundi de Pâques 24 avril, les élections pour l'Assemblée nationale. Les habitants de Douillet, ayant à leur tête leur maire et leur curé, se rendnent à trois heures du soir à Fresnay, où il devaient voter. C'était aux yeux de tous un grave événement, car il s'agissait pour la première fois de mettre en pratique le suffrage universel. Aussi les électeurs se présentèrent-ils en masse, et même on eut soin de conduire à cheval ou en voiture les malades et les infirmes.

Le 1" juin l'Assemblée se réunissait à Paris et proclamait la République ; le 23, commençait la terrible insurrection qui coûta à la Fi'ance tant de sang généreux et dissipa tant d'illusions. Ces événements provoquèrent à Douillet comme partout une vive émotion. On s'empressa de réorganiser la garde nationale qui tut scindée en deux compagnies, compagnie de l'Est et compagnie de l'Ouest, à l'efTectif total de 275 hommes ; on dressa ensuite en toute hâte les contrôles des gardes nationaux mobilisables. Enfin « l'ordre se rétablit peu à peu, écrit quelques » jours plus tard l'auteur des Chroniques ; mais après de si violentes secousses » le commerce est mort , la confiance a disparu , le peuple est dans une » grande misère, et cependant les impôts sont très élevés » (1). Une telle situation ne pouvait manquer d'influencer les élections municipales. Le 30 juillet, les habitants de Douillet appelés à renouveler leur conseil municipal laissaient entrevoir quelques germes de division, d'autant plus regrettables que la commune avait été jusqu'alors très unie. Bien plus, l'élection du maire par le conseil, le 20 août, nécessitait quatre tours de scrutin et provoquait une réclamation. Connue toujours il en résulta un malaise passager dans l'administration conununale, et la vie administrative ne présentera plus la même vigueur qu'à l'époque précédente.

Toutefois le bourg de Douillet, qui avait su conquérir un rang si honorable dans la contrée, est encore désigné au mois de décembre 1848 comme le cheflieu d'une des quatre circonscriptions formées dans le canton en vue de l'élection du président de la République. Le 10 décembre, les communes de Montreuil et de Saint-Georges viennent y voter successivement : Louis-Napoléon Bonaparte obtient une grande majorité, « par crainte de l'anarchie et grâce au prestige de » son oncle » ajoutent les Chroniques. Le fait est que depuis le mois d'octobre le nombre des ouvriei's sans ouvrage avait encore augmenté : à Douillet on comptait parmi eux soixante-huit chefs de famille, dont la plupart étaient d'anciens tisserands. Sur le refus du conseil municipal de voter une imposition extraordi-

(1) Chroniques, f» 87.

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naire pour leur procurer du travail, il fallut recourir à une souscription qui produisit 1500 fr. et fut employée à, des réparations aux chemins ruraux. Puis survinrent de nouvelles élections législatives, celles du 13 mai "1849. Comme le 40 décembre, les habitants de Montreuil et de Saint-Georges vinrent à Douillet: la plupart votèrent pour les candidats « du comité central ».

Par suite de cette série d'agitations politiques ce ne fut guère qu'avec les premiers mois de 1850 que le calme reparut dans les esprits et que les divers éléments locaux reprirent leur évolution oi'dinaire. Suivant son habitude M. le curé Ripault se remit à l'œuvTe le premier. Pendant le carême il fit prêcher une mission à ses paroissiens par MM. Gautier et Launay prêtres auxiliaires du diocèse ; le 17 avril il conduisit 300 personnes à Fresnay pour y recevoir la confirmation; il établit l'exercice du mois de Marie etc. Il obtint également du princeprésident un décret en date du 14 mai 1850 autorisant la fabrique à acheter une maison contigue au presbytère , acquisition indispensable pour agrandir le logement du desservant et surtout pour éteindre plusieurs servitudes : cette maison, achetée 4000 fr. le 22 juin, fut payée avec les ressources de la fabrique et une somme de 1400 fr. donnée personnellement par le curé. Vers la même époque, M. Ripault qui s'était toujours efforcé d'encourager les vocations ecclésiastiques, avait la joie de voir deux jeunes prêtres de Douillet célébrer dans son église leur première messe : le 14 juillet 1850, M. l'abbé René François Pavard né le 11 avril 1826 au hameau du Genetay, ordonné prêtre le 25 mai 1850 (1) ; le 6 juillet 1851 M. l'abbé Louis-René Julienne né le 27 novembre 1827 au lieu de la Métairie, ordonné prêtre le 14 juin 1851 (2). L'un et l'autre appartenaient à deux anciennes familles du pays ; l'un et l'autre furent assistés en ce jour solennel par M. l'abbé Dubois. Ajoutons encore que peu de temps après, vers la fin de 1852, M. Ripault parvint à procurer à son église une nouvelle cloche, plus forte que les précédentes. Sortie de la fonderie Bollée, au Mans, et donnée par un honorable habitant de Douillet, M. Victor Le Sage, membre du conseil de fabrique, fils d'un ancien notaire de Montreuil, cette cloche fut nommée le 23 novembre 1852 EuMie-AntoinetteT^axM. Ripault et M""" de Montesson, représentée par M"^ Marie Saillant.

(1) Vicaire de Courcemont le 22 octobre 1850, curé de Bérus le 18 janvier 1859 et de S'-Benoitsur-Sarthe le 22 mai 18G3, M. l'abbé Pavard, atteint d'infirmités précoces, devait mourir à 55 ans le26 janvier 1871.

(2) Vicaire de N.-D. de Mamers et chapelain de l'hospice, M. l'abbé Julienne a été nommé curé-doyen de Pontvallain en 1876, après un séjour de vinçjt-sept ans à Mamers, où il avait rendu d'importants services et conquis de nombreuses sympathies. V. le Journal de Mamers et Y Union de la Sarthe du 12 avril 1876.

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