‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 152 sur 188 · Chapitre cinquième W · texte numérisé non relu

Chapitre cinquième W

De leur côté, les services municipaux de l'instruction primaire et de la voirie reprenaient quelque activité. Aux termes du procès-verbal d'inspection dressé par M. Triger, que le conseil académique avait délégué le 8 février 1851 pour la surveillance de l'instruction primaire dans le canton de Fresnay : « Le bâtiment » consacré à l'école des filles est parfaitement convenable , bien aéré , » éclairé et très bien tenu ; il n'y a que des félicitations à adresser » aux religieuses sous tous les rapports. La classe des garçons est bien » éclairée et aérée elle aussi. Le Christ, en plâtre bronzé, est en évidence. » Les registres et écritures de l'instituteur sont tenus convenablement ». Depuis 1844, M. Aubry avait remplacé M. Bigot comme instituteur communal ; la commune, ne possédant pas encore de maison d'école, la classe se faisait dans une maison louée, voisine de l'école actuelle. D'autre part, le 18 septembre 1850 le conseil municipal obtint le classement d'un nouveau chemin vicinal , de Douillet à Saint-Mars-du-Désert, qu'il réclamait depuis plusieurs mois. « Ce chemin » eut permis aux habitants de Saint-Mars et de Saint-Germain de venir plus » facilement chercher la marne sur le territoire de Douillet » ; il n'a pas été exécuté.

Les affaires avaient donc repris déjà leur cours normal au moment des événements politiques de 1852. Effrayés par les impôts de 1848 et les émeutes de juin, la plupart des cultivateurs attribuaient à Louis-Napoléon le rétablissement de l'ordre, et ils lui en savaient gré. Aussi est-ce aux cris de : Vive l'Empereur ! que la population de Douillet accueillit la proclamation de l'Empire, et la lecture du Sénatus-Consulte du 7 novembre 1852, faite le dimanche 5 décembre à l'issue de la messe paroissiale, par le maire M. Jean Chédor, assisté de M. Desartre adjoint, et des membres du conseil municipal.

L'année 1853 cependant ne devait pas être favorable à la commune de Douillet. Tout d'abord en effet on lui retire le chef-lieu de perception, et même on veut lui enlever la résidence du percepteur. Nommé titulaire de la « réunion de Saint-Georges » qui comprend Douillet, Saint-Georges, Saint-Paul, Saint-Léonard et Sougé, M. Triger n'obtient de rester à Douillet que grâce à ses efforts personnels et aux protestations furieuses du conseil municipal. « Rien ne légitime » une pareille mesure, déclare hautement la délibération du 10 mai 1853 : elle est » contraire aux intérêts du service et des contribuables, qui n'ont pas été pris en » considération ; il en résultera les plus grands inconvénients » (1). Puis les projets de construire un pont à Monay et de diriger le chemin d'Alençon à Sillé par la Chapelle et Monl-Saint-Jean, projets essentiellement contraires aux intérêts

(1) Registre des délibéraCions du Cunsuil municipal.

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de Douillet, prennent une consistance malheureuse ; bientôt tout espoir disparaît, et Douillet, auquel on avait déjà enlevé le chemin de Fresnay à Villaines, perd encore le chemin d'Alençon à Sillé. Quelques mois plus tard on désarme impitoyablement cette belle compagnie de la garde-nationale dont la commune était jadis si fière ; le 5 novembre, le maire reçoit l'ordre de renvoyer à l'arsenal de Rennes les trente fusils que le gouvernement de Louis-Philippe, moins ombrageux, avait octroyés aux habitants de Douillet.

Bien plus, cette année 1853, si funeste au point de vue de l'autonomie locale, semble porter malheur aux individus eux-mêmes. Le 21 février, une mort prématurée enlève à la commune un de ses enfants les plus brillants et les plus dévoués : Alphonse-Eugène-Emmanuel Triger, né ù Douillet le 13 mars 1826, élève de l'Ecole polytechnique, lieutenant en premier au l'"' régiment du génie, mort à Roye (Somme) à l'âge de 27 ans. Uni à ses compatriotes et au pays qui l'avait vu naître par les liens d'une affection profonde, il eut été en toutes circonstances un des défenseurs les plus autorisés des intérêts de Douillet, peut-être même un protecteur si la fortune s'était plu à le favoriser. Ramené au milieu des siens, il fut enseveli dans une chapelle élevée à sa mémoire au milieu du cimetière de Douillet et bénite solennellement le 21 février 1854 par M. l'abbé Dubois, alors vicaire-général du diocèse, chanoine titulaire de la cathédrale du Mans, administrateur-tuteur des enfants assistés, chevalier de lalégion d'honneur. De même encore la population Douillet n'était appelée, cette année 1853, à apprécier les talents et les qualités de M. l'abbé René-François Bozo, qui célébrait sa première messe le 10 juillet, assisté de M. l'abbé Dubois et d'un nombreux cortège d'amis, que pour regretter bientôt plus amèrement cette âme d'élite, modèle, on peut le dire, de toutes les vertus chrétiennes. Né à Douillet le 24 mars 1829, M. l'abbé Bozo avait été ordonné prêtre le 21 mai 1853, et nommé le 25 octobre suivant vicaire de l'hôpital du Mans ; atteint d'une maladie de poitrine, il dut revenir à Douillet dès 1855 et y mourut trois ans plus tard, après avoir édifié tous ceux qui le connurent par son admirable résignation, sa foi aussi éclairée que sincère, et sa vive piété (1). Nous croyons répondre à tous les sentiments de la population de Douillet en

(1) M. l'abbé Bozo mourut le 28 mai 1858 et fut enterré dans le cimetière de Douillet. Son épitaphe résume toute sa vie : « Pendant deux ans vicaire de l'hôpital du Mans, il sut par son » extrême charité envers les pauvres et sa douceur incomparable à l'égard des malades, faire » bénir et aimer son trop court ministère. Les douleurs d'une longue maladie n'altérèrent pas » la paix de son âme, ni son zèle ardent pour le service du prochain auquel il se dévoua jusqu'à » la fin. Humble et patient au milieu de ses souffrances, lorsque vint sa dernière heure, il se » remit avec confiance entre les mains de Dieu ; de sorte que sa vie, à peine commencée, nous » laisse de précieuses leçons, sa mort, de profonds et utiles enseignements ».

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