Chapitre cinquième
avec une rare présence d'esprit ; prenant le Prussien par son côté vulnérable , ils le firent boire et manger à discrétion ; puis ils saisirent adroitement l'instant phsycologique et l'attendrirent si bien sur le sort de la commune qu'il se retira fort radouci, emportant pour tout butin quinze sacs d'avoine. C'était en quelque sorte un succès pour l'autorité municipale de Douillet.
Enfin le samedi 28 janvier, vers une heure de l'après-midi, un ballon, le Général Camhronne, parti de Paris (gare de l'Est) le même jour à 6 heures du matin, passe au-dessus du bourg de Douillet, excitant un vif émoi dans toute la population. Plusieurs cavaliers ennemis entreprennent de le poursuivTC dans la direction de More où le pousse le vent ; par bonheur le ballon parvient d'un dernier bond à franchir la Sarthe, et atterrit en sûreté sur le territoire de Sougé, près du hameau des Frettes, tandis que les Prussiens, qui ne connaissent pas le gué de More, restent sur la rive de Douillet sans oser franchir la rivière (1). Ce ballon, dont les dépêches furent sauvées puis remises au général Jaurès par M. Moulard de Sougé et par l'aréonaute, le marin Tristan, après des dangers de toutes sortes, apportait la nouvelle de la capitulation de Paris et de la signature de l'armistice. Le lundi 30, on en recevait la notification officielle, et en faisant arborer sur l'église de Douillet le drapeau parlementaire, on parvenait à éviter le pillage du château. Au même moment en effet, les Prussiens, venus avec des fourgons, profitaient de leurs dernières minutes de liberté pour déménager la cave, le linge et le mobilier ; à la vue du drapeau blanc ils se retirèrent instantanément, en ayant bien soin toutefois d'emmener leur chargement. L'autorité municipale organisa sur le champ deux postes de gardes nationaux à ciiaque extrémité du bourg, pour arrêter les maraudeurs ; quelque-s-uns revinrent pendant la nuit, mais en présence de cette surveillance pas un n'osa pénétrer dans les maisons. Le lendemain, on apprenait que la commune de Douillet se trouvait comprise dans la zone neutre, et les troupes ennemies évacuaient définitivement la contrée.
Gomme on le voit, la commune de Douillet s'était tirée à assez bon compte des dangers de finvasion. Le total des réquisitions allemandes évaluées en argent nedépassaitpas '2455 fr.(2; et le sang n'avait pas coulésur son sol. A part les ravages de la petite vérole qui lui enleva 60 personnes en six mois, elle avait été relative-
(1) M. Steeiiackers, ancien député et ancien directeur général des Télégraphes et des Postes, qui semble avoir oublié tant de choses utiles dans son livre intitulé : Les TcU'fjraphet et les Postes pentlaiU la guerre ile iSlO-"/ l-Vàris, Charpenliev iHS'S, parait ignorer le sort du dernier ballon qu'il lit partir de Paris (p. iôl). M. Jloulard, dont la conduite en celte circonstance a été au-dessus de tous les éloges, pourrait lui fournir les détails les plus circonstanciés et les plus curieux.
(.2) Arch. de la mairie do Douillet.
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ment, avec celle de Saint-Georges, la moins maltraitée par l'ennemi de toutes les communes du canton. Cet heureux résultat provenait, il faut bien le dire, du fait même qui avait causé un peu auparavant tant de réclamations et tant de regrets : de la direction donnée aux grandes lignes vicinales. Isolée au milieu des bois et des accidents de terrain qui rendent si difficile la marche des troupes, éloignée des principales voies de communication, la commune de Douillet n'offrait à l'ennemi aucun olijectif important ; Sougé au contraire avait payé cruellement ses triomphes passés, et surtout la faveur qu'on lui avait faite en lui accordant le chemin de grande communication de Fresnay à Villaines.
Au reste la commune de Douillet n'en fut pas moins représentée dignement sur les champs de bataille par un certain nombre de ses enfants. Incorporés dans l'armée régulière , dans le 74""= régiment de moljiles , ou dans les légions de mobilisés, tous firent leur devoir et supportèrent avec résignation les souffrances d'une campagne désastreuse. Ne pouvant les citer tous, nous rappellerons le nom de l'officier que son grade plaçait à leur tête :
M. Alexandre Aubry, né à Douillet, élève de l'Ecole militaire de Saint-Cyr, lieutenant aux chasseurs à ^ned (1).
Nous rappellerons ensuite les noms de ceux qui sont morts pour la Patrie, ou qui ont versé leur sang pour elle :
Auguste Galpin, soWaf ait iiO'= régiment démarche, blessé en septembre i870 sous les murs de Paris et décédé quelques jours plus tard à l'hôpital du Valde-Grâce.
Joseph Coudray, sergent-major de mobilisés, mort au Mans en janvier i871 des fatigues de la campagne.
Louis Biory, soldat au 74« mobiles, atteint d'un éclat d'obus.
Auguste Chédor, lui aussi soldat au 74'= mobiles, blessé à la jambe le 3 décembre 1870, au combat de Varize.
Ce simple hommage leur est bien du, car tous ont souffert pour la France, et à ce titre ils mériteront toujours un souvenir reconnaissant de la part de leurs concitoyens.
Et maintenant notre tâche est finie. — La conclusion de la paix marque pour le pays l'avènement d'une ère nouvelle qui n'appartient pas à l'histoire, et qu'il serait impossible d'apprécier. Les événements de 1870 sont donc la dernière étape, étape bien douloureuse hélas, qu'il nous soit permis de parcourir avec cette
(1) Fils de l'ancien instituteur de Douillet, entré après la guerre dans l'infanterie de marine et devenu capitaine au 3« Régiment, M. Mexandre Aubry est mort au Mans le 28 mars 1881, à trente-deux ans, des suites d'une maladie contractée dans les colonies.