Douillet-le-Joly depuis
jours suivants et font le 22 une première réquisition de grains et de fourrages. Ces réquisitions devaient dès lors se renouveler périodiquement car , le 20 janvier, la 10" brigade de cavalerie avait reçu l'ordre d'établir ses cantonnements à Fresnay, qu'elle occupa jusqu'au 27 (1).
Le mardi 24 janvier l'ennemi commet le plus grand forfait qu'il lui soit donné d'accomplir dans toute la région. Une colonne, partie de Fresnay le matin pour se diriger sur Gèvres et la Poôté , commandée pav le major de Klocke , et oomposée des 3° et 4" compagnies du 48^ régiment (5" régiment d'infanterie du Brandebourg, III'^ Corps), des i" et 4'= encadrons du 5"^ dragons, et de deux pelotons du 2" hussards (2), ayant reçu quelques coups de fusil d'un groupe de francstireurs sur le territoire de la commune , incendie de sangfroid , le soir à 5 heures, le village de Sougé-le-Ganelon et massacre trois blessés dans les conditions les plus odieuses. Comme le bourg de Sougé est situé sur un mamelon qui domine la vallée de la Sai'the, ce terrible exemple jette le pays entier dans une terreur profonde. c< Il est impossible, dit un témoin oculaire, de se faire une idée de l'ap- » préhension et de la crainte que produisit à Douillet cet effrayant spectacle. Le » temps était calme, les flammes s'élevaient à une grande hauteur; l'écroulement » des murailles, le pétillement des ardoises en feu, les hourras sauvages des » Prussiens, s'entendaient à une distance de plusieurs kilomètres (3) ». La frayeur fut bien pire encore le lendemain, lorsqu'on vit arriver à la mairie un officier qui se vantait d'avoir ordonné la destruction de Sougé, et menaçait Douillet du même sort si on ne lui remettait sur le champ cent sacs d'avoine. Heureusement il trouva plus habile que lui. Le maire, M. Corbin, et son secrétaire, M. Pasquier, négocièrent
(1) Cette brigade appartenait à la i' division de cavalerie prussienne qui avait quitté Alenjon le 20, et s'était cantonnée, la 10= brigade à Fresnay, la 8« à Beaumont, la 9« à Ballon et Taillé. — Histoire de la guerre franco-allemande, par le grand Etat-Major prussien, 11= partie, p. 877.
(2) Histoire de la guerre franco-allemande, par le grand Etat-Major Prussien, II» partie, p. 877. Nous avons tenu à donner aux habitants de DouiUet et Sougé ces indications précises, dont ils ont désormais le devoir de se souvenir.
(3) J.-P. Pasquier. — Notice statistique et historique sur la commune de Douillet, p. 15. V. encore sur ce fait : Moulard, Chroniques de Sougé-le-Ganelon p. 152. — A. Surmont. Les Allamands dans la Sarthe, Le Mans, 1873, p. 97. — A tous les points de vue, l'incendie de Sougé est un acte de barbarie injustifiable, que l'historien a le devoir de flétrir. L'impossibilité absolue de la résistance pour des paysans abandonnés à eux-mêmes, sans armes et sans chefs, aussi bien que la déplorable situation de l'armée française, étaient parfaitement connues des Allemands ; ils n'avaient à redouter ni retour offensif sérieux, ni attaque imprévue de nature à rendre nécessaire une exécution mililaire. La destruction de Sougé, nullement légitimée par les exigences de leur sécurité, ne fut de leur part qu'une basse vengeance. Aussi le grand Etat-Major prussien a eu bien soin da dissimuler le fait dans son Histoire de la guerre franco-allemands. W. 11" partie p. 877 de l'édition française.)