Chapitre septième
d'Angleterre (1) ; d'autre part les populations, sans distinction de castes, se groupent autour de deux vaillants soldats, Anibroise de Loré et le bastard d'Alençon, pour commencer la guerre. Il n'y a plus en présence ni Armagnacs ni Bourguignons, mais des conquérants et des opprimés, des Anglais et des Français. La lutte est devenue nationale ; elle va être teri'ible.
Le premier effort des Français dans les environs de Douillet est heureux. Au mois de juin 1418 ils reprennent Fresnay, et le bastard d'Alençon, malgré un léger échec dans une rencontre où il avait attaqué une troupe de routiers avec des recrues inexpérimentées, se présente devant Beaumont. Il y est rejoint par le seigneur de Fontaines et par « un gentil écuier de bonne volonté, Ambrois de » Loré, qui était dans le chastel de Courceriers, et qui mettait peine de » trouver et attraper les Anglais «. Beaumont capitule, et l'ennemi chassé également de Sillé, perd dans quelques jours les trois forteresses principales du pays. Ambroise de Loré est fait chevalier et nommé capitaine de Fresnay. Jeune, plein d'ardeur et d'activité, il devient l'âme du parti français, le héros de la résistance ; bientôt il prend une vigoureuse offensive, battant successivement les Anglais à Arçonnay, à Sèez, à Mieuxcé, sur les bords de la Sarthe ; pendant une année, de 1418 à 1419, il les tient à distance des marches de Fresnay. La paroisse de Douillet échappe par là même momentanément ù l'occupation anglaise.
Mais à la fm de 1419 l'ennemi faisant un nouvel effort s'avance vers Fresnay de deux côtés à la fois. Loré appelle à son secours le seigneur de Beauveau, gouverneur d'Anjou et du Maine, puis il se porte à la rencontre d'un fort détachement anglais qui occupe Villaines-la-Juhel, d'où il menace les paroisses de la rive droite de la Sarthe, Saint-Paul-le-Gaultier, Saint-Georges et Douillet. Les renforts n'étant pas arrivés à temps les Français sont un contre quatre ; après une attaque désespérée ils sont battus et Ambroise de Loré fait prisonnier. L'ennemi poursuivant aussitôt sa victoire, entre Ji Fresnay dont la garde est confiée à un capitaine nommé Boberl Brent. Celui-ci domine bientôt la contrée environnante que ses derniers défenseurs sont forcés d'abandonner entièrement pendant deux ans.
La lutte l'ecommence en 1422 à l'avènement de Charles VU, alors que les Français « se sentent de toutes parts régénérés de joie dans leurs cœurs et dans » leurs esprits (2) ». A l'automne, Ambroise de Loré, qui avait reçu après sa délivrance le commandement de l'importante forteresse de Sainte-Suzanne, aidé
(t) Arch. mun. du Mans. 21.
(2) Jean Chartier. Hist. de Charles VIL Paris 1858, I, p. li.
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de Jean du Bellay, vient courir devant Fresnay dans l'espoir de surprendi'e la ville. La tentative échoue, mais Sillé est occupé et le parti national reconforté par cette reprise des hostilités que signale peu après la victoire de la Gravelle. La paroisse de Douillet redevient au moins pays de frontières. Elle continue, il est \Tai, à être pressurée par la garnison de quarante hommes d'armes et de cent vingt archers à cheval soit deux cent quarante hommes (1) , que Thomas de Salisbury , gouverneur du pays conquis au Maine, entretient à Fresnay aux dépens des paroisses voisines (2).
En 142i, la donation du comté du Maine à Bedford, à charge d'en achever la conquête, et la défaite des Français à Verneuil donnent une nouvelle impulsion aux envahisseurs. Falstolf, gi'and maître d'hôtel et lieutenant du Régent, est nommé capitaine de Fresnay et d'Alençon. Dès le mois de septembre il entre en campagne avec le sire deScales, s'empare deTannie,deBeaumontleVicomte(3)et de Sillé, dont le capitaine Olivier Le Forestier capitule le V' octobre. Les Anglais restent ainsi seuls maîtres de notre territoire ; ils établissent le centre de leur domination à Fresnay, où Falstolf commande à dix hommes d'armes à cheval, dix à pied et à soixante archers. Cet effectif est, comme on le voit, moitié moindre qu'en 1422 ; on peut en conclure que les conquérants redoutaient moins un retour offensif des Français et qu'ils avaient consolidé leur situation dans les environs de Fresnay, que cent vingt hommes suffisaient à contenir. Le théâtre de la lutte s'était en effet éloigné après la prise du Mans, de Sainte-Suzanne et de Mayenne en 1425, et Ambroise de Loré était réduit maintenant à défendre les frontières de l'Anjou et du Vendômois.
Du mois d'octobre 1424 au mois d'août 1429 la paroisse de Douillet fut donc exclusivement au pouvoir du capitaine et de la garnison anglaise de Fresnay, que soutenaient les détachements de Saint- Cénéry et de Sillé. L'effectif de ces « retenues » est assez variable. Au commencement de 1426 Falstolf entretient à Fresnay vingt lances à cheval, trente à pied et cent cinquante archers ; peu après il est remplacé par le bailly d'Alençon, le fameux Guillaume Glassedal qui s'illustrera plus tard à Orléans par sa grossièreté envers Jeanne d'Arc, et dont la retenue
(1) Chaque homme d'armes était accompagné d'un coutillier et d'un serviteur.
(2) Bibl. Nationale. — Fonds Français etc. La plupart des documents inédits qui nous ont servi à établir la chronologie, et à fixer l'effectif des garnisons anglaises, proviennent de la Bibl. Nationale ou des Archives Nationales. Comme nous réservons ces documents pour un travail ultérieur sur la guerre de Cent ans dans le Maine, nous ne pouvons citer ici avec précision ; mais nous nous réservons de donner à l'occasion tous les renseignements que l'on croirait devoir nous demander.
(3) krch. nationales etc.