‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 25 sur 188 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

mains de Guillaume Tragin, écuyer, dont le frère aine Fouques Tragin, vient de mourir sans enfants. Par suite d'une convention passée sous le sceau de la cour de Fresnay, le dimanche d'avant la sainte Marguerite l'an 1373, Guillaume Tragin cède à Jacques Tragin, prêtre, chanoine du Mans, une rente de 9 1. 10 s. que lui doivent plusieurs habitants de Ségrie, à charge de lui rendre foi et hommage et de lui faire 42 d. de service (1). Guillaume Ti'agin possédait en outre à Vernie le fief de Chaligné, qu'il fiefTa en septembre 1380 à Guillaume Morel, seigneur de Vernie-le-Mouslier, pour une rente perpétuelle de 30 s. (2). Peu après, dans le cours de la même année 1380, Guillaume Tragin meurt, laissant une fille unique, Jeanne Tragin, qui hérita de la seigneurie de Douillet, et épousa Pierre Ferquin, fils de Colas Ferquin, écuyer, seigneur de Saint-Georges-le-Gaultier (3). Pierre Ferquin seigneur de Douillet rend aveu en 1409 au baron de Sillé pour la terre de la Bermondière.

C'est ainsi que la famille Ferquin, se greffant sur la branche désormais éteinte des Tragin de Douillet, entra en possession du fief de Douillet qu'elle conservera pendant deux siècles. Son origine nous est inconnue ; au XI V« siècle seulement, quelques années avant le mariage de Pierre Ferquin et de Jeanne Tragin, elle apparaît à Saint-Georges-le-Gaultier. Devenue plus tard très nombreuse elle se retrouvera sur divers points de la contrée. Ses armes étaient « d'argent à la croix alésée de gueules ».

Il est impossible de dire quels furent les rapports de Guillaume Tragin et de son gendre avec leurs vassaux, ou môme avec le curé de la paroisse. La vie locale ne nous laisse pas encore entrevoir son fonctionnement. La fabrique est cependant déjà en état de défendre ses droits contre les seigneurs, et l'église reçoit des legs de plusieurs paroissiens ; telles sont par exemple une redevance de trois livres de cire imposée chaque année à la terre de l'Étricherie depuis 1385 pour l'entretien d'un cierge devant le crucifix, payable le jour de Pâques fleuries, puis une autre redevance établie le 25 mai 1415 par Guillaume Cochet sur la vigne de Frobert (4).

Bientôt d'ailleurs les événements reprennent un cours précipité. La folie de Charles VI fait naître une guerre implacable entre ses oncles, entre les Armagnacs et les Bourguignons. Le comte d'Alençon prend parti pour les premiers et entre

(1) Bilard. Inventaire des Arch. de la Sari lie p. 57.

(2) Arch. de la Sarthe E. 169.

(3) Menjot d'Elbenne. Généalogie tns. de la famille Ferrjuin. Nous trouvons indistinctement Ferquin et Ferrequin.

(4) Arch. par. de Douillet.

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en lutte, dès 1411, contre Louis, roi de Sicile et comte du Maine, allié du duc de Bourgogne. Saint-Cénery, Fresnay et Beaumont reçoivent des garnisons d'Armagnacs ; presque aussitôt elles sont attaquées et prises par les Bourguignons. De nouveau la paroisse de Douillet est sillonnée par les gens de guerre qui vivent suivant l'usage aux dépens du pays. Bien mieux, les Alençonnais ayant été battus en 1412 à Saint-Rémy-du-Plain, le comte de Richemont vient à leur secours avec seize cents Bretons, et le duc de Clarence avec dix mille Anglais. Ces troupes se concentrèrent dans les environs de Sillé, « boutèrent des feux, prirent des prison- » niers, firent moult d'autres maux (1) », et finalement s'emparèrent sur le comte du Maine de Sillé et de Beaumont. De 1411 à 1413 notre contrée fut donc alternativement au pouvoir des deux partis, et la paix ne lui fut rendue qu'après le traité de Bourges (2).

Malheureusement l'anarchie qui ruinait le royaume avait réveillé du même coup l'ambition d'Henri V d'Angleterre. La bataille d'Azincourt lui ayant li\Té la Normandie en 1415 , il résolut de reconquérir le Maine ainsi que les autres provinces occupées jadis par ses ancêtres. Le 1'^"' août 1417 (3) une armée anglaise formidable débarquait à Touques; le 22 octobre elle arrivait sous les murs d'AIençon; le 30 Fresnay et Beaumont étaient en son pouvoir (4). Dès lors commence pour la paroisse de Douillet la période funeste de la domination anglaise, période de souffrances, mais aussi de courageux efforts, couronnés parfois de bi'illants succès. C'est la dernière phase de la guerre de Cent ans, celle qui doit aboutir après trente années au triomphe de la patrie.

A dater de la première heure les Anglais surent se faire détester. Cruels envers « les pau\Tes compagnons », ils écrasèrent sans pitié les paysans et s'en firent par leurs excès d'irréconciliables ennemis. Ceux-ci furent contraints par suite de chercher l'appui de la royauté et de la noblesse pour chasser l'envahisseur, et une telle alliance devait produire d'importants résultats. Cette situation politique et militaire semble parfaitement nette dans notre contrée la première année même de l'invasion. D'une part les garnisons anglaises de Fresnay et Beaumont dévastent le pays, se livrant à tous les crimes, s'emparant du château de Sillé au mépris de la trêve signée le 16 novembre 1417 à Alençon entre le duc Jean VI et le roi

(1) Parceval de Cagny. Chron. manuscrite, à la Bibl. Nat'^. Mss. Duchesne, n" 48.

(2) Gruel. — Chron. d'Arthur III, édit du Panth. litt. p. 356. — Monstrelet, Chroniques, liv. I, ch. XCV, édit. du Panth. litt. p. 232. — Odolant Desnos. Mém. hist. I, p. 471.

(3) Toutes les dates sont citées dans le cours de ce récit d'après notre manière de compter actuelle, en faisant commencer l'année au 1" janvier.

(4) Hellot. Chron. de Normandie. Rouen 1881, p. 31 et 203.

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