Chapitre septième 6i
comprend seulement six lances à cheval, sept à pied et trente-un archers, soit soixante-dix hommes, réduits même à soixante à la Saint-Michel suivante (1). Nous sommes loin, on le voit, des chitlVes exagérés et peu vraisemblables que donnent certains chroniqueurs. Les populations découragées n'en étaient pas moins forcées de subir les excès de ces aventui'iers, inexpugnables dans leurs forteresses, et d'accepter le joug en silence. Jean Le Boucher est alors procureur du roi d'Angleterre à Fresnay et Nicolas Vauderon grenetier du grenier à sel. Le 7 mai 1429 Glassedal s'étant noyé dans la Loire, au moment où Jeanne d'Arc pénétrait dans la bastide des Tourelles, Robert Harling, chevalier, bailli d'Alençon et neveu de Falstolf, lui succède à Fresnay. Quelques mois plus tard la situation des Anglais se trouve singulièrement compromise.
Enthousiasmés par les succès de Jeanne d'Arc et le sacre de Charles VII, les Français reprirent effectivement une vigoureuse offensive dans le Maine à la suite de la campagne de la Loire. Ainsi, dès le mois d'août 1424, le lieutenant d'Ambroise de Loré, Jean Armange, secondé par un gentilhomme breton, Henri de Villeblanche, s'empara du château de Saint-Cénery démantelé depuis peu, et le remit en état de défense (2). C'était un important succès car cette forteresse située au milieu du pays conquis allait devenir pour les Français un point d'appui et une base d'opérations. Les Anglais le comprirent, et la garnison d'Alençon vint sur le champ attaquer Jean Armange, le troisième jour après son entrée dans la place. L'assaut fut heureusement repoussé et l'ennemi n'eut d'autre ressource que de renforcer au plus vite le détachement de Fresnay ; le 29 du même mois, Robert Harling reçut un renfort de quai-ante hommes d'armes et cent vingt archers à cheval, avec ordre de les payer en provisions et vivres, ijris sur les paroisses ou villages des environs. Vers la même époque il fut remplacé, nous ignorons pour quel motif, par un autre capitaine nommé Nicolas Grey.
Ces circonstances placèrent de nouveau la paroisse de Douillet au centre même de la lutte. Obligée de contribuer pour sa part à l'entretien des Anglais de Fresnay, exposée en même temps aux excursions des Français de Saint-Cénery, elle allait subir pendant quatre années tous les ravages de la guerre, et être traitée en pays conquis par les deux partis alternativement. Sa situation devint surtout difficile à la fin de 1429, lorsque Ambroise de Loré fut rappelé des environs de Paris dans le Maine par le duc d'Alençon, pour prendre le comman-
(1) Bibl. liât. Fs. Fr. etc. — de Beaurepaire. La Normandie sous Ja ilominalion anglaise. Caen 1859, p. 3i.
('2) Jean Chartier I p. 110. — Longnon. Les limites de la France au temps de Jeanne d'.irc dans la Revue des Quesl. hisl. [" oct. 1875. — S. Luce. Chron. du ilotU-Saiut-Michel, p. 33.
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dément de Saint-Cénf ry et la direction générale des opérations sur les marches du Maine ; chaque année sera désormais signalée par une série de combats, car l'activité prodigieuse du vaillant compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, du héros de Patay, ne laissait guère de répit à l'ennemi.
Dès le premier hiver par exemple, (1429-1430), le connétable de Richement, très probablement à l'instigation d'Ambroise de Loré, faisait une entreprise sur Fresnay qu'il faillit prendre. Un peu plus tard, dans le cours de 1430, les Français sont rentrés i\ Sillé, à Beaumont, et Loré repousse victorieusement à Saint-Cénery une seconde attaque du sire de Scales, de raessires Robert Bouteiller et Guillaume Oldhall, à la tête d'une armée nombreuse, « avec grans habillemens de bombardes, canons et autres artilleries (1) ». Les Anglais effrayés s'empressent de renforcer encore la garnison de Fresnay de cinq lances à cheval et de quinze archers pour le paiement desquels la châtellcnie de Fresnay est taxée à 148 liv. 19 sols. 2 den. tourn. (2) ; ils en confient le commandement à un de leurs principaux capitaines, Guillaume Oldhall, qui ruine le plat pays par des exactions telles que le roi d'Angleterre e.st obligé d'intervenir lui-même et de lui faire rendre gorge. L'année suivante, au mois de septembre 1431, Loré venge ses compatriotes par son brillant coup demain sur la foire Saint-Michel à Caen (3), et le Régent voulant à tout prix le réduire à l'impuissance en lui donnant un adversaire digne de lui, remplace Guillaume Oldhall par Falstolf qui prend possession du château de Fresnay avec vingt-cinq lances à cheval, quinze à pied et cent vingt archers, soit deux cent quarante hommes. En même temps, c'est-à-dire au mois de décembre 1431, une année redoutable commence à se concentrer sous les ordres de Robert de Willughby, « lieutenant du Roy et du Régentés basses marches de Normandie » pour écraser définitivement Saint-Cénery. Willughby entre en campagne au printemps et vient mettre le siège devant la place en mai 1432 (4) ; l'approche d'une armée de secours que Loré est allé chercher à Sablé, et le succès remporté à Vivoin par les Français le forcent à lâcher prise cette fois encore.
Jusqu'ici on peut donc dire que l'avantage restait à Ambroise de Loré dans la lutte commencée en 1429 : il conservait ses positions et soutenait ainsi dans le pays l'influence française. Tant qu'il se maintenait à Saint-Cénery la domination
(-1) Ce deuxième siège eut lieu vers la fin de 1430 (n-s.) et non en 1429. — Bibl. nat. Fs. Fr.
(2) Arch. nat. etc.
(3) L'expédition d'Ambroise de Loré à Caen que beaucoup de chroniqueurs et d'historiens récents placent en 1532 a bien eu lieu en sept. 1431, comme nous l'avions avancé dans la Revue du Maine. III p. 279. — Voir Arch. nat. JJ. 175 etc.
(4) Bibl. nat. Fs. Fr. etc.