Chapitre septième
des Anglais était menacée, leur conquête incomplète, et le résultat final incertain dans toute la partie supérieure de la vallée de la Sarthe. Une telle situation ne pouvait se prolonger ; il fallait que l'un ou l'autre parti l'emportât, soit que les Français reprissent Fresnay et les marches du Maine, soit que les Anglais parvinssent à chasser Loré de Saint-Cénery et à étouffer par là même les dernières chances de la résistance. L'année 1433 devait être décisive sous ce rapport, et le sort de la paroisse de Douillet, comme celui de toute la région, dépendait de la prochaine campagne. Les adversaires, saisissant fort bien la situation, redoublèrent d'efforts et se mirent en mouvement dès que le printemps parut.
Le l"' mai un détachement de la garnison de Fresnay vient planter un mai à la barrière de Saint-Cénery pour provoquer Loré. Celui-ci se met aussitôt à la poursuite des audacieux et les bat en route, dans une brillante escarmouche sur le territoire d'Assé-le-Boisne, paroisse limitrophe de Douillet. Un peu après, vers l'Ascension, le comte d'Arundel, qui s'est avancé entre Alençon et la Poôté pour surveiller Saint-Cénery (1), fait une tentative sur le château de Sillé ; Loré accourt et le force à lever le siège. Quelques jours plus tard il part de nouveau de Saint- Cénery, traverse la partie occidentale de la paroisse de Douillet, et disperse au même endroit un détachement de la garnison anglaise de Sainte-Suzanne (2). De tous côtés en un mot Douillet est environné de combattants, et chaque jour son territoire est sur le point de devenir lui aussi le théâtre d'une l'encontre.
II est permis d'ailleurs de présumer que le comte d'Arundel le traversait de part en part avec son armée vers le commencement de l'automne. Au mois d'août en effet le Régent avait résolu de reconquérir à tout prix les places des û'ontières de Normandie, et il avait chargé Arundel de cette importante mission. Le 31 celuici mettait le siège devant Bonsmoulins qui se rendait au milieu de septembre (3), puis il attaquait le château d'Orthe, et de là, s'il faut en croire Jean Chartier, venait directement passer la Sarthe, au gué de Grateil entre Fresnay et Saint- Cénery, dans l'intention évidente de surprendre cette dernière place par un mouvement tournant. Or la paroisse de Douillet est placée exactement sur la direction d'Orthe à Grateil, hameau de la paroisse d'Assé-le-Boisne, à quelques pas de la rivière, et où s'élevait alors un établissement de l'ordre de Malte relevant de la commanderie du Guéliant, ainsi qu'une chapelle dédiée à saint Eutrope, lieu de pèlerinage très-fréquenté. Il était donc impossible à l'armée anglaise d'atteindre,
(1) Arch. nat. JJ. 175 etc.
(2) Le Corvaisier. Vies des évêques du Mans, p. 704.
(3) Bibl nat. Fs. Fr. elc
6à Douillet-le-Johj avant 1789
sans traverser Douillet , le gué de Grateil situé sur la limite Est de cette paroisse.
Quoi qu'il en soit, il est certain que le comte d'Arundel après la prise du château d'Orthe vint se loger un soir dans le village de Grateil. Ambroise de Loré en fut innnédiatement averti, et, suivant une tactique qui lui avait souvent réussi, il résolut de prévenir l'ennemi. Parti de Saint-Cénery avec cent cinquante hommes environ, il arrive à Grateil au clair de lune, surprend les Anglais dans leur logis et s'en empare tout d'abord assez facilement ; mais les fuyards s'étant ralliés dans les bâtiments de la Commanderie reviennent à la charge avec ardeur, et les Français moins nombreux sont obligés de se replier à leur tour. Bien que forcés de suivre un défilé très étroit, ils regagnent Saint-Cénery en bon ordre, sans que l'ennemi puisse leur couper la retraite et après avoir désorganisé l'armée d'Arundel (I). Cette audacieuse surprise sauva momentanément Saint-Cénery et produisit dans la contrée une grande impression. Encore aujourd'hui on montre sur le bord de la Sarthe le chemin creux par lequel Loré se retira : il porte le nom significatif de rue du sac ; la largeur de la rivière seule le sépare du sol de Douillet.
Le comte d'Arundel toutefois ne se découragea pas et ne se laissa pas même arrêter par l'approche de l'hiver. Dès le 26 décembre 1433 il ouvre la tranchée devant Saint-Cénery, que Loré a été contraint de quitter quelques jours. Armange se défend bravement ; mais il est tué sur la brèche avec une partie de la garnison, et la place, écrasée sous le feu d'une nombreuse artillerie, investie par une véritable armée, est enfin réduite à capituler vers le milieu de janvier 1434 (2).
Arundel redescend sur le champ la vallée de la Sarthe, passe non loin de Douillet et vient avec toutes ses forces assiéger le château de Sillé, dernier refuge des Français dans la contrée. Après diverses péripéties que nous n'avons pas à raconter ici, et grâce à une ruse de guerre peu loyale, ce château est enlevé d'assaut à son tour. C'est à peine si Arundel consent « à recevoir à obéissance et » subjettion les gens d'église, bourgeois, commun, manans et habitans de la ville », par une capitulation qu'il leur accorde du Mans le 12 mars 1434 et qui sera confirmée à Rouen par le roi d'Angleterre le 25 août suivant (3). Comme ceux de Saint-Cénery, les remparts de Sillé sont aussitôt rasés.
La prise de Saint-Cénery et celle de Sillé entraînèrent forcément la fin de la résistance et la soumission définitive de la contrée. Les Français avaient perdu la
(1) Jean Chartier I, p. 160.
(2) Bibl. nat. Fs. Fr. etc.
(3) Arch. nat. JJ. etc.