‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 35 sur 188 · Chapitre huitième · texte numérisé non relu

Chapitre huitième

Soutenu ainsi d'un côte par une hiérarchie fortement constituée, d'un autre par le prestige que lui donnaient la supériorité de son instruction et son caractèi-e sacerdotal, le curé de Douillet garda sans peine son influence vis à vis du seigneur et de la petite noblesse rurale ; ce fut même là, ainsi que nous l'avons dit, la cause de la prédominance de l'élément religieux, le fait caractéristique de l'histoire de Douillet. Non seulement le curé demeurait souverain juge dans le domaine de la conscience, mais encore il disposait sur les affaires de tout genre d'une prépondérance marquée, comme défenseur des faibles et intermédiaire naturel entre ses paroissiens. A la différence du seigneur, dont l'autorité ne dépassait guère les limites de son fief, le curé étendait son influence dans toute sa paroisse et en conséquence sur les vassaux de plusieurs seigneuries : c'était le lien commun, le chef incontesté de la société paroissiale.

Le centre de cette influence du curé était avant tout l'église où il exerçait dans toute sa plénitude cette puissance spirituelle considérable, que lui donnait son double titre de prêtre et de pasteur. L'église de Douillet, nous l'avons dit, ne présentait au moyen-âge aucun caractère architectural : elle était composée d'une nef ancienne, dont la façade supportait un modeste pinacle, d'un chœur à chevet carré ayant à sa droite deux chapelles, à sa gauche une autre chapelle bâtie au XV" siècle seulement par le seigneur de Corbon. C'était là, dans ce modeste édifice, que le curé donnait à ses paroissiens les conseils de la charité chrétienne, qu'il instruisait les enfants et enseignait à tous les doctrines civilisatrices de l'Evangile.

Sa juridiction s'étendait ensuite sur l'ensemble du territoire qui forme maintenant encore la paroisse de Douillet, dont les limites ne se sont pas modifiées sensiblement. A la fin du moyen-âge comme aujourd'hui, elle était bornée au Nord par Sougé-le-Gannelon ; à l'Est par Assé-le-Boisne et Saint-Aubin-de- Locquenay ; au Sud par Montreuil-le-Chétif ; à l'Ouest par Mont-Saint-Jean et Saint-Georges-le-Gaultier. La paroisse de Douillet allait ainsi au Nord jusqu'au bois Besnard, la chapelle de Sainte-Marguerite des Chardonnerets, eu Songé, lieu de pèlerinage fréquenté, le ruisseau de Coulonge et la Sarthe. A l'Est elle était séparée d'Assé par la Sarthe sur la rive gauche de laquelle se trouvait seulement le fief de la Grande-Courbe ; de Saint-Aubin par le bois des Laires, la croix Boulin et la croix des Elricheries, qui tenaient lieu en quelque sorte de devises, suivant un antique usage. Longtemps incertaine au Sud du côté de Montreuil, entre les croix des Etricheries et de Chêne brûlé, la limite rejoignait la rivière d'Orthe ; puis à l'Ouest, du côté de Mont-Saint-Jean et de Saint-Georges, elle était marquée à peu de chose près par la croix des Rambeudières, la lisière du bois des Boulais, le

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taillis de Beaucoudray et la croix des Guimerières. C'était en résumé les frontières actuelles, sauf deux ou trois exceptions; ainsi en 4415 la métairie de la Mulotière, aujourd'hui en Sainî-Aubin, fait encore partie de Douillet(i) ; vers la même époque le territoire compris entre le pont de Douillet, la croix Boutin, l'Etriclierie, le chemin du Mans, la Peraudrerie, la Coquinière, le moulin de l'Aune et la rivière d'Orthe, constitue sous le nom de Commune des paroisses de Douillet et Montreuil une sorte de territoire mixte sur lequel les deux curés exeixent le droit de dime ; enfin au Nord-Ouest, le taillis de Beaucoudray est à la fois réclamé par Douillet et Saint-Georges (2).

Le rôle administratif du curé est beaucoup moins important que son rôle au point de vue spirituel et moral. On peut même dire qu'il est indirect, puisque l'administration des affaires de la fabrique appartient à tous. Toutefois l'instruction étant peu répandue et le petit nombre de manants instruits l'ayant été par les soins du curé, l'opinion de ce dernier avait parfois un poids tout particulier, et lui seul souvent était en état d'aider le procureur de fabrique dans la tenue desescomptes. D'autre part le droit qu'il avait alors de recevoir les testaments et les actes publics, les fonctions de tabellion, qu'il exerçait en concours avec les notaires royaux de lacourdu Bourg-Nouvel (3), contribuaient à augmenter son prestige, l'introduisaient dans l'intérieur même des familles et lui donnaient une part plus grande dans la direction des afïaires.

En troisième lieu enfin, le curé avait la gestion et l'administration du temporel de la cure. Ici, il perdait sa situation dominante et devenait le vassal du seigneur. Depuis que le seigneur de Douillet avait en effet reconstitué la dotation de la cure et pris le titre de « fondateur temporel de la paroisse » le curé figurait en tête « des hommes et subjets tenus tant à foy que censivement du fief de Douillet (4) ». n lui rendait aveu pour tout son temporel qui comprenait : 1° les logis presbiléraux, jardins, vergers et terres labourables y attenant ; 1" le Ueu des Prêtrises près du gué du Ferret, sur les bords de l'Orthe ; le curé dirigeait l'exploitation de ces différentes terres et en passait les baux sauf approbation de l'Evêque. En outre, à ces revenus s'ajoutèrent peu à peu de nombreux legs, puis les dîmes qui consistaient dans la onzième partie des grains récoltés dans la paroisse et dans l'étendue du fief de Maulny en Saint-Pierre-la-Cour (5) ; ce dernier droit avait été concédé

(1) Chartrier du château de Douillet.

(2) Arch. paroissiales.

(3) Trouillard. Elude sur le Bowvj-Nouvel dans le Biillelin de la Société d'afjricultwe, scioices et arts de Ja Sartlie, XIX, p. 412.

(4, 5) Arch. paroissiales.

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