Chapitre huitième
Brantalon ; 2» La seigneurie de Courtoussaint et le domaine de la Bougliere ; 3" la terre de la Bouteveillère ; 4" la seigneurie de la Droulinière.
i° Seigneurie de Douillet.
La terre, fief et seigneurie de Douillet relevait c nueraent, à foy et hommage lige » de la baronnie de Sillé (1). Pour rendre hommage à son suzerain le seigneur de Douillet devait se transporter au château de Sillé, appeler par trois fois à haute et intelligible voix « monseigneur, monseigneur, monseigneur le baron de Sillé », et lui dire : « Je suis venu icy exprès pour vous faire et jurer foy et hommage, « telle qu'elle vous est due à cause et pour raison de ma terre, fief et seigneurie ; « haute, basse et moyenne justice à moy appartenant ». Il reconnaissait ensuite les services anciens, « gageait le l'achapt quand il échoira (2), et offrait de bailler « aveu ou dénombrement toutefois que monseigneur le baron le deman- « derait (3) ».
Le château, qui servait d'habitation au seigneur de Douillet et pour ainsi dire de chef-lieu à la seigneurie, était situé, comme nous l'avons dit, au sommet du bourg, attenant à l'éghse, dominant la vallée de l'Orthe et les maisons du village. Malgré sa forte position au point de vue militaire, et bien que protégé naturellement d'un côté par les escarpements de la vallée de l'Orthe, il ne semble pas avoir été jamais un château fort. D'une part l'histoire n'a conservé le souvenir d'aucun épisode militaire relatif au château de Douillet, et d'autre part il n'a été retrouvé aucune trace de ces formidables enceintes qui entouraient alors les moindres forteresses. C'était sans doute un manoir de construction ancienne, en état de résister à une tentative de pillage, mais non de soutenir un siège régulier.
Au moyen-âge le parc n'était pas même enclos de murs comme il l'est aujourd'hui. Ce n'est qu'en 145G (4), au moment de la réorganisation générale qui succède à la guerre de Cent ans, que le seigneur de Douillet fait entourer ses
(1) Archives de la Sarthe E, 226. — « Nuement >• terme féodal indiquant que le fief de Douillet relevait directement de SiUé ; « à foy et hommage », ces deux termes confondus à une certaine époque ont exprimé longtemps deux choses différentes ; la foi, serment de fidélité dû par tout sujet ; ïhoramaijc, reconnaissance de la vassalité, c'est-à-dire du lien particulier que créait le contrat féodal. L'hommage lUje était un lien plus étroit que l'hommage simple : il entraînait une sorte d'aUiance offensive et défensive envers et contre tous, ainsi que l'obligation du service militaire partout et on tout temps. M. Roy. Cours d'institutions professé à l'École des Chartes.
(2) Le rachapt doit être pris ici, croyons-nous, dans le même sens que relief, c'est-à-dire droit de mutation à payer au suzerain.
(3) Minutes Urbain Deshais.
(4) S. d'Elbenne, Généalogie ms. de la famille Ferquin.
18 DouiUet-k-Johj avant il 80
bois de murailles en pierres sèches, peu élevées, sur un développement d'environ deux mille mètres, dans le but de retenir le gibier et nullement de fortifier son domaine.
La seigneurie de Douillet comprenait dans sa mouvance le bourg et un certain nombre de terres ou de métairies.
Dans le bourg signalons comme dépendances principales : les logis presbytéraux, jardins, vergers, terres labourables composant le temporel de la cure ; le moulin à blé ou mieux le moulin bZfo-e^, situé au pied du château et auquel les vassaux de la seigneurie, « demeui'ant dans la lieue du moulin (1) », étaient tenus de faire moudre leurs gi'ains ; la métairie du Boisfade ; les moulins à tan ou à foulon sur la rivière d'Orthe, à l'entrée du village : les vassaux, « demeurant dans les trois lieues (2) », étaient obligés de venir y fouler leurs draps, et celui qui les exploitait devait chaque année au seigneur de Douillet, le jour de Noël, « 60 soubs « de debvoir avec le foullaige de 30 aulnes de drap, fait également par chascun an « à la maison dudit seigneur (3) ».
Parmi les métairies relevant de la seigneurie nous citerons celles de la Jarretière, de la Foubayère, de Brantalon, du Cormier, duBignon, de laGrange, du Plessis, les bois des Boulays, le lieu des Prêtrises dépendant de la cure, et plusieurs pièces de terre détachées appartenant à la fabrique (4). D'une manière générale on peut donc dire que la seigneurie de Douillet s'étendait sur la majeure partie du plateau limité par la vallée de l'Orthe et le ravin duValaugu, c'est-à-dire sur la partie Sud-Ouest du territoire de Douillet.
Mais la suzeraineté sur le bourg et les terres que nous venons d'énumérer, qui avait pour conséquence, comme pour toutes les seigneuries, l'exercice des droits de censive, de terrage et de hatialité, ne constituait pas à elle seule le fief de Douillet. Il comportait en outre plusieurs auti'es droits seigneuriaux importants, droit honorifique de imlronage, droits utiles de justice et de péage.
Le seigneur de Douillet, il est \Tai, n'avait pas le droit de patronage dans toute sa plénitude. Comme l'église avait été bâtie par saint Hadouin, l'évêque du Mans avait conservé le di'oit de présentation à la cure, premier élément du droit de patronage ; et le seigneur qui l'avait simplement dotée, tout en ayant pris le titre de « fondateur de la paroisse », présentait seulement à la chapelle Saint-Jean
(1) Eeautemps-Beaupré. Coutumes cC Anjou et du Maine. Préface p. LXV.
(2) Ibid. p. LXXIX.
(3) Chartrier du chût, de Douillet.
(4) .\rch. paroissiales.