‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 39 sur 188 · Chapitre huitième · texte numérisé non relu

Chapitre huitième

fondée dans l'église pour le service du château. Toutefois cette réserve faite, le seigneur de Douillet jouissait de la préséance et des droits honorifiques accordés aux patrons. Ainsi, indépendamment de la chapelle Saint-Jean, où il avait le droit de « faire dire messes et oraisons, et d'être ensepulturé lui, son épouse, et ses « enfants ou amis trépassés », il possédait dans le chœur un banc seigneurial avec ses armoiries ; pendant les offices il recevait l'eau bénite le premier ; à sa mort une litre ou ceinture funèbre, espèce de bande de couleur noire avec armoiries do distance en distance, était peinte à l'intérieur de l'église, en signe de deuil. En 1878 nous avons retrouvé, sous le badigeon des murs de la nef, les traces d'une de ces litres ; d'une largeur de 0'"65 centimètres soit environ deux pieds, suivant la règle commune, elle datait du XV» siècle et portait de chaque côté, en son point d'origine, un écusson aux armes des Ferquin, « d'argent à une croix de gueules » ; la bordure supérieure était à 4"'45 au-dessus du sol.

Au moyen-âge les seigneurs de Douillet avaient également droit de haute justice, et on vit jusqu'en 1788, à l'Est du cimetière, sur la voie publique, un poteau avec un carcan et une chaîne, indices ordinaires du droit de justice criminelle. N'ayant sur ce sujet aucun document particulier nous l'envoyons à la Coutume du Maine pour les droits des seigneurs haut-justiciers en matières civile, criminelle et administrative. Rappelons seulement que jusqu'au XVP siècle on reconnut généralement aux seigneurs justiciers la propriété des chemins publics et par conséquent l'obligation de les entretenir.

C'est de ce principe que résulta le droit de péage du seigneur de Douillet, qu'il nous reste à étudier. Il s'exerçait à deux gués ou ponts situés sur l'Orthe ; l'un au bas du bourg de Douillet, nommé le pont de Douillet ; l'autre « à demi « quart de lieue environ en amont, sur le chemin à aller dudit bourg de Douillet « au chasteau de la baronnie de Sillé », appelé le gué de l'Aune. Depuis un temps immémorial ces deux points étaient branch'eres de la baronnie, c'est-à-dire qu'on y percevait les droits de coutume et de prévôté au profit des seigneurs de Sillé (1). Plus tard ceux-ci transformèrent les droits de péage perçus au pont de Douillet et au gué de l'Aune en un flef distinct, et les concédèrent au seigneur de Douillet auquel ils revenaient tout naturellement, puisque le pont de Douillet et le gué de l'Aune formaient en quelque sorte les deux entrées de la seigneurie. Le péage se percevait « tant de jour que de nuit, sur toutes les marchandises tres- « passans par les détroits, fors sur celles qui allaient au corps \2) de la baronnie

(1) Branchères : Lieux où l'on a coustume d'ancienneté de mettre et d'asseoir la billette, hors la principale ville ou bourg. Coutume du Maine, art. GO.

(2) Ville principale de la Jjaronnie.

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a ou qui avaient passé par icelui corps », à charge pour le seigneur de Douillet de faire un acte de foy et hommage spécial, et de payer cinq sous tournois de service au baron de Sillé. Conformément à la règle posée par les coutumes, une pancarte ou billette était suspendue près du lieu où le péage devait être perçu, pour avertir les passants et constater le droit du seigneur (1).

Telle était la composition de « la terre, fief et seigneurie de Douillet » au moyen-âge. Pour avoir maintenant une idée exacte et complète de l'ensemble des possessions du seigneur de Douillet, il faut y ajouter : l»la terre, fief et seigneurie de la Bermondière, en Mont-Saint-Jean , l'élevant également de la baronnie de Sillé et qui fut toujours entre les mêmes mains que la seigneurie de Douillet (2) ; 2° le pré Drouet, près du Pont-Landry, aussi en Mont-Saint-Jean, dépendant du fief d'Illiers, qui relevait lui-même en arrière fief de la vicomte de Beaumont (3) ; 3° plusieurs pièces de terres détachées, sur divers points de la paroisse de Douillet et mouvantes d'autres seigneuries ; 4° des fiefs ou métairies situés dans les environs et appartenant momentanément au seigneur de Douillet par héritage, mariage ou achat, comme le fief de Chaligné h Vernie que nous avons vu Guillaume Tragin fieffer en 1380 à Guillaume Morel (4).

Pendant tout le XV" siècle la seigneurie de Douillet est possédée par la famille Ferquin, qui l'a reçue, à la fin du XIV" de la famille Tragin. Du mariage de Pierre Ferquin et de Jeanne Tragin sont nés effectivement deux enfants : Jean qui hérite de la terre de Douillet ; Marguerite qui reçoit dans son lot, entre autres choses, une rente de seize boisseaux de seigle et seize boisseaux d'avoine mesure de Sillé, sur le lieu du Pin Hallay en Mont-Saint-Jean, laquelle rente sera vendue par elle à Jean du Pin, écuyer, seigneur dudit lieu du Pin, et ensuite rachetée de ce dernier le 10 juillet 1454 par René de Hallay, écuyer, sieur du Pin-Hallay (5). Jean I de Ferquin, devenu à la mort de son père seigneur de Douillet, épouse Jeanne de Brée, puis Marie Le Brasseur et en a trois enfants : Jean II, Gervais, et Anne, mariée en premières noces à Robin Guion, écuyer, et en secondes noces à Jean du Pin ; il possède la seigneurie de Douillet pendant la domination anglaise. Son fils Jean II, marié le 13 juin 145G à Marguerite de Chevigné, fille de Girard de Chevigné, écuyer, et d'Isabeau Le Conte, hérite à son tour de la terre de Douillet et a six enfants ; Phihppe qui épousera Rose Bourel et deviendra seigneur de

(1) Chartrier du cliàt. de Douillet.

(2) Archives de la Sarthe E, 226, 227, 263, G, 460.

(3) Jbid. E, 203-204.

(4) Ifcid.E, 169, 174,263.

(.5) Ibid. E, 263.

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