‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 47 sur 188 · III. — LES GENS DU COMMUN · texte numérisé non relu

III. — LES GENS DU COMMUN

Après le clergé et la noblesse se présentent ànous, dans la société paroissiale, les gens du commun, marchands, artisans, laboureurs, qui forment la masse de la population rurale. Bien qu'ils occupent encore une situation modeste, aux prises avec un labeur pénible leur permettant à peine de gagner « leur pauvre vie », et rarement de prendre part aux affaires, ils ont droit eux aussi à notre souvenir. Ce sont eux, intrépides travailleurs de la terre, qui constituent les forces vives du pays, la sève toujours vigoureuse à l'aide de laquelle la paroisse se repeuple après les longues guerres, le sol se défriche en s'améliorant.

Ce serait une erreur cependant de voir dans cette classe des gens du commun un ordre distinct, indépendant, analogue à, ce que sera bientôt le Tiers-Etat. Au moyen-âge en effet, le caractère principal des gens du commun, c'est-à-dii'e de tous ceux qui n'appartiennent ni au clergé ni à la noblesse, c'est d'être à un titre quelconque sous la dépendance des autres. Dans les premiers siècles delà féodalité les populations rurales se composent ainsi de serfs très nombreux, attachés à la terre qu'ils cultivent pour le compte du seigneur, comme les anciens colons gallo-romains, sans pouvoir disposer de leurs biens, puis de quelques hommes libres qui ont reçu de ces mêmes seigneurs des portions de terre à charge de services ou de redevances. Dès le XII« siècle toutefois, grâce h l'influence de l'Eglise d'une part, au besoin d'argent qu'éprouve la noblesse d'autre part, beaucoup de serfs sont affranchis ; il existe déjà en Normandie et en Touraine une classe nombreuse de petits propriétaires ruraux qui augmente de plus en plus sous le règne de saint Louis, de telle sorte qu'au XIV" siècle, après la fameuse ordonnance de Louis X (3 juillet 1315), on peut dire que, dans notre contrée au moins, les serfs sont affranchis.

Les gens du commun, ou vilains, se composent dès lors presque exclusivement de teyianciers, libres de leurs personnes et de leurs biens, pouvant se marier et tester, mais soumis à des redevances, ou services, envers les seigneurs dont ils

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ont reçu la terre, soit à titre de jouissance perpétuelle (fiefferme), soit sous forme de contrat tVemphythéose ou simplement de bail. Tous paient le cens dû au suzerain, la taille, l'aide et autres impôts levés sur les non privilégiés.

Dans une contrée essentiellement agricole comme le territoire de Douillet la grande majorité de ces tenanciers est formée par les laboureurs. L'absence de documents nous empêche d'apprécier leur nombre, même approximativement ; néanmoins nous pouvons dire qu'ils sont disséminés dans toute l'étendue de la paroisse, sur un plus grand nombre de points qu'aujourd'hui : hameaux, métairies, bordages, dont chacun forme un petit centre d'exploitation. Non seulement nous avons en effet constaté dès le XV» siècle l'existence de la plupart des noms de lieux actuels, mais encore il est certain que plusieurs ont disparu postérieurement, tels que la Gauffardière, la Charpentrie, la Butte, Yvré etc. Chacun de ces bordages, peu considérable suivant l'usage de cette partie du Maine où les exploitations sont d'une faible étendue et la propriété territoriale très divisée, est habité par une famille de paysans dont le nombre des membres varie selon les événements. Décimées parfois par la guerre et la misère, ces familles se reforment dans les périodes de calme, et à l'époque où nous sommes arrivés entre autres, api'ès la guerre de Cent ans, chaque foyer compte en général de nombreux enfants.

Ces enfants sont une richesse pour leurs parents. Le sol, abandonné en bien des endroits pendant la domination anglaise, exige, pour produire, un travail opiniâtre, et les difficultés de la culture sont encore augmentées à Douillet par la nature accidentée du terrain et le mauvais état des chemins. Creusés par le temps dans les pentes rocailleuses des coteaux ou obstrués dans les vallées par des boues épaisses, négUgés toujours par les seigneurs qui en sont réputés propriétaires, ces chemins sont à peine praticables pour les chevaux ou les attelages de bœufs employés exclusivement aux labours. Il en résulte que l'exploitation est pénible et demande un grand nombre de bras. Il en résulte aussi que les laboureurs, condamnés par la nécessité à ces durs travaux de la vie journalière, offrent dans leur caractère les défauts et les qualités inhérents à une telle situation ; c'est une race vigoureuse, énergique, mais un peu rude et quelquefois grossière ; le moindre prétexte suffit pour provoquer une querelle, surtout les jours de fêtes, dans les tavernes du village. Au reste, sauf cette rudesse plus accentuée du caractère, provenant d'un état social moins avancé, les différences avec les mœurs actuelles ne sont pas aussi grandes qu'on pourrait le croire.

Mais la paroisse de Douillet ne se compose pas seulement de ces terres légères ou marécageuses qui font couler tant de sueurs du front des gens du commun ; elle leur offre dans la partie Nord-Est un genre de culture plus avan-

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