Chapitre huitième
tageux, celle de la vigne. Au moyen-âge le plateau de la Beauce, principalement le versant de la Courbe, est planté en vignes, et cette culture remonte très haut puisque l'église de Douillet fut assujettie lors de sa fondation à une redevance en vin. Ces vignes sont très recherchées et divisées en nombreux clos. En 1415 par exemple Guillaume Cochet légua « un pot de vin » à la fabrique sur la vigne de Frobert ; en 1461 Etienne Hussct achètera 25 sols tourn. « un courtil contenant semure à un boisseau de blé » et un quartier de vigne situé près de sa vigne de Frobert, à la charge de faire 2 sols tourn. de rente à la fobrique au jour de Toussaint (1).
A côté des laboureurs et des vignerons nous devons distinguer ensuite les tenanciers des moulins à blé, à foulon et à papier, qui sont plutôt des industriels que des cultivateurs. Les moulins blarets étaient nombreux au moyen-âge ; à Douillet on en comptait six, quatre sur la rivière d'Orthe : le moulin de l'Aune exploité en 1470 par Thomas Huron, sur l'emplacement actuel de la forge de l'Aune qui n'existait pas encore ; celui de Bernay ; celui de Douillet ; celui de More ; un sur le ruisseau de Courtoussaint , le moulin dudit lieu valant environ 200 liv. et exploité par Robert Paris (2) ; enfin sur la Sarthe le moulin de la Courbe aujourd'hui détruit. Il existait en outre, comme nous l'avons dit, au bas du bourg un mouhn à foulon et un moulin à papier, appartenant au seigneur de Douillet. Le moulin à foulon, « avec la closture d'ycelui, très, pillons, auges, fers et toutes « autres choses estant de sa dépendance », fut vendu en mai 1476 par Jean Lebrun et Jacquette sa femme au curé d'Averton, messire Guillaume Le Roy, pour la somme de soixante livres en douze escus d'or, payés comptant, plus quinze sols de vin de marché (3). Le moulin à papier était lui aussi très ancien, mais nous ne connaissons pas la date de son établissement. Telle fut la situation bien modeste de l'industrie dans la paroisse de Douillet, pendant le moyen-Age. Le commerce n'était guère plus développé, entravé par les droits de péage, le mauvais état des voies de communication et le grand nombre des pillards.
Il faut admettre cependant qu'il s'était formé depuis le XIII" siècle, parmi les gens du commun, une classe de petits propriétaires supérieurs aux « hommes de labour », et composée de tous les travailleurs dont les affaires, comme celles des Bouteveile au XIV'' siècle, avaient prospéré. Nous trouvons en effet au XV" siècle plusieurs familles relativement aisées, propriétaires de bordages ou de terres, et au nombre desquelles il faut citer les familles Cochet, Cosnard, Busson, Belocier,
(1) Archives paroissiales.
(2) Arch. de la Sarthe E, 232.
(3) Chartrier du château.
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Julienne, Husset, Juillé, Boutin et Pelard, dont les descendants figureront à plusieurs reprises dans le cours de cette étude.
Un testament du 16 mars 1482, celui de Jean Cosnard et de sa femme Guillemette, fait d'ailleurs saisir très nettement la situation et les idées de cette classe supérieure des gens du commun. Après avoir recommandé leurs âmes « à Dieu, à « la vierge Marie, à monsieur saint Michel, à monsieur saint Pierre, à toute la cour célestielle » ; après avoir demandé que « leurs corps soient ensépulturés au cimece tière de monsieur saint Pierre de Douillet et qu'il soit célébré douze messes pour « chacun, tant àleur enterrage qu'à leur sepme », Jean Gosnard et sa femme lèguent chacun : « six blancs sol mançais à monsieur saint Pierre de Douillet, six blancs « à monsieur saint Michel de la Courbe, trois blancs à saint Supplice de Montreuil, « deux blancs à monsieur saint Georges-le-Gaultier et à monsieur saint Jehan du « Mont saint Jehan, quatre blancs à la fabrique de Fresnay, cinq deniers au curé « pour faire la prière, trois blancs pour les réparations de la chapelle de Saintece Marguerite-des-Chardonnerets, six deniers à Saint-Eutrope-de-Grateil, cinq « deniers à Sainte-Barbe de Fresnay, cinq deniers à Sainte-Marie-Magdeleine- « d'Assé et autant au curé, trois blancs à la réparation de monsieur saint Julien, « deux blancs à saint Michel du mont de la Tumbe, deux blancs à Saint Mathurin « de Larchant, un agneau et cinq deniers à saint Denis de Saint Aubin, dix deniers « tournois à saint Martin de Sougé, douze deniers à tous leurs filleuls et filleules « qu'on pourra trouver ». — Ils affectent ensuite un pré près le pont de Douillet, au fief de Courtoussaint, nommé la noe de Montralu , au paiement d'un pain bénit de douze deniers que la mère de Guillemette « feue Jehanne Lanesse », avait jadis laissé à saint Michel de la Courbe, avec deux deniers et une chasuble d'offrande le jour « de la dédication de monsieur saint Michel de la Tumbe ». Enfin ils lèguent au curé de Douillet, « pour être es prières et à toujoursmais perpétuellement », une rente de deux sols six deniers ; à la fabrique une demi journée de pré sise au pré Blanche, un journal de terre près le champ Marteau au fief de la Beauce, et une pinte de vin, mesure de Fresnay, sur leur vigne du clos de la Baste (1).
Il est évident d'après les dispositions de ce testament passé sous les sceaux du doyen de Fresnay, en présence de douze témoins, que Jean Cosnard et sa femme Guillemette possédaient quelque aisance, sans quoi ils n'auraient pu se montrer aussi généreux dans leurs pieuses aumônes. Ils n'appartenaient cependant pas à la noblesse ; il faut donc bien reconnaître l'existence à cette époque d'une classe de gens du commun parvenue à une certaine situation sociale.
Le testament de Jean Cosnard nous révèle en outre et par dessus tout les
(1) Arch. paroissiales.
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